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Quand Ghannouchi redéfinit l’extrémisme

ghannouchi.D. R.
Rached Ghannouchi, chef des islamistes tunisiens. D. R.

Au cours d’une conférence tenue hier à Tunis sous le thème «La laïcité et la relation entre la religion et l’Etat selon la vision d’Enahdha», cheikh Rached Ghannouchi a déclaré qu’il existe deux types d’extrémisme, celui des islamistes et celui des laïcs. «Les premiers veulent imposer la religion tandis que les autres veulent imposer la séparation totale entre la religion et l’Etat», a expliqué le leader d’Enahdha qui a estimé toutefois qu’«on n’a pas besoin d’imposer la religion puisqu’elle est partie intégrante de notre culture». Cela dit, le cheikh n’a pas soufflé mot sur le sort des cinq étudiantes portant le niqab (voile intégral) traduites, au même moment, devant le conseil de discipline à la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, pour «non-respect du règlement intérieur de la faculté induisant l’interruption des cours». Il n’évoquera pas non plus les nombreuses rixes et autres échauffourées qui continuent à émailler la vie de la communauté universitaire. Il faut souligner à ce sujet que la faculté de la Manouba est devenue, par la force des choses, le fief de la résistance en Tunisie contre les forces rétrogrades. Le doyen de la faculté de Manouba Habib Kazdoghli, reste, malgré les tentatives de déstabilisation, déterminé à appliquer les dispositions réglementaires en vigueur à l’université tunisienne. Les enseignants, eux non plus, ne sont pas en reste dans leur détermination à assurer leur enseignement malgré les menaces physiques des partisans du niqab. Ils continuent à fustiger, tous les jours, les groupuscules islamistes qui s’échinent à saboter leurs cours. Les enseignants s’estiment, ainsi, liés par un contrat de travail qui comporte une obligation pour l’Etat de protéger ses fonctionnaires, d’assurer leur sécurité dans l’exercice de leurs fonctions et d’empêcher les agressions dont ils pourraient être victimes. Ghannouchi a fait l’impasse, pour sa part, sur les évènements qui secouent la faculté de Manouba, où se joue très certainement l’avenir de l’université tunisienne. Et même au-delà !
Aïcha K.