Ahmed Attaf : «La diplomatie algérienne a été réduite à une coopération sécuritaire»

«Le ministère des Affaires étrangères compte un grand nombre de cadres compétents, dont l’actuel ministre, mais ce n’est pas une question de personnes», a regretté Ahmed Attaf, qui attribue le recul de notre diplomatie à une «politique étrangère dirigée» par le président de la République. «La gestion de la politique étrangère était plus démocratique sous le parti unique que maintenant», s’est étonné l’ancien ambassadeur d’Algérie en Grande-Bretagne, «bien qu’il ne soit écrit nulle part dans le protocole diplomatique qu’un ministre ne doit pas visiter un pays en pleine campagne électorale», a-t-il ajouté, néanmoins. «En effet, a-t-il expliqué, ces questions étaient discutées au sein du comité central du FLN tous les six mois» pour fixer les règles et trancher sur les questions internationales touchant directement aux intérêts de l’Algérie. Interrogé sur la visite du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, dans ce contexte électoral, Ahmed Attaf n’a pas caché qu’il était lui aussi étonné par le choix de cette date, ajoutant que l’Algérie n’était pas classée par Washington comme pays allié ou ami, mais qu’il venait en troisième position, en tant que pays «partenaire» : «Il est regrettable de constater qu’en quinze ans, le président de la République n’ait pas été invité aux Etats-Unis, alors que le roi du Maroc et le président tunisien ont effectué une visite d’Etat à l’invitation de l’Administration américaine.» Ahmed Attaf confirme ainsi que l’Algérie, contrairement à ce qu’affirment les partisans de Bouteflika, a failli dans sa politique étrangère. Une faillite que l’ancien diplomate ajoute à celle qui caractérise nos relations avec le Maroc voisin : «Je puis vous assurer, a-t-il dit, qu’aussi bien Boumediene, Chadli et Zeroual ont fait du dossier marocain une priorité», ajoutant que «si les causes de la fermeture des frontières avec le Maroc sont toujours existantes, il n’en demeure pas moins qu’aucun effort n’a été fait, depuis, pour trouver une solution viable à ce problème». Ahmed Attaf parle – sans le dire – d’une sorte de fuite en avant et d’échec dans la gestion de ce dossier dont les tenants du pouvoir actuels se sont contentés de gérer au jour le jour sans perspective aucune. «Or, il faudra bien que les questions du Sahara Occidental et des frontières fermées avec le Maroc soient réglées un jour», a-t-il insisté. A la question de savoir si les puissances étrangères pouvaient imposer un président à l’Algérie, l’ancien ministre a réfuté cette hypothèse de façon catégorique : «Jamais une puissance étrangère quelconque peut décider à la place du peuple algérien, à condition que le choix du peuple ne soit pas spolié, c’est-à-dire que le vote ne soit pas entaché de fraude.» Ahmed Attaf pense, par ailleurs, que les conditions qui ont conduit au «printemps arabe» existent aussi en Algérie et que «l’Etat algérien s’éloigne des moyens qui peuvent éviter qu’un tel scénario se répète en Algérie», d’autant que «les mêmes facteurs» qui ont abouti aux soulèvements dans les pays arabes existent aussi chez nous : «tribalisme, régionalisme, népotisme, atteinte aux libertés, etc.» «Les peuples arabes ne sont pas moins avides de démocratie et de liberté que n’importe quel autre peuple dans le monde», a souligné l’ancien ministre des Affaires étrangères. A une question sur la récente position de l’Union européenne au sujet de l’élection d’avril et des rapports négatifs des ONG sur la situation des droits de l’Homme dans notre pays, l’invité d’Echorouk TV a expliqué que les appréciations négatives des étrangers à l’égard de l’Algérie ne peuvent être imputées qu’à des erreurs dans le traitement de ces questions par les autorités algériennes elles-mêmes. Ahmed Attaf en veut pour preuve l’absence de rapports que l’Exécutif devrait soumettre au Parlement comme cela se fait au sein de l’Union européenne.
Karim Bouali

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