Exclusif – L’ancien patron de la DST Yves Bonnet : «Le plan Vigipirate ne sert à rien !»

Algeriepatriotique: Une série d’attentats sans précédent vient d’avoir lieu à Paris. Comment expliquez-vous qu’une action terroriste d’une telle envergure ait pu se dérouler au cœur de la France ?

Algeriepatriotique: Une série d’attentats sans précédent vient d’avoir lieu à Paris. Comment expliquez-vous qu’une action terroriste d’une telle envergure ait pu se dérouler au cœur de la France ?
Yves Bonnet : Ce genre d’attaque est relativement facile à concevoir et organiser. L’assaillant a un coup d’avance sur le défenseur. Quels que soient les dispositifs défensifs, ils pèchent nécessairement par leur caractère statique. En fait, on ne combat et on ne peut prétendre gagner qu’en passant à l’offensive, en identifiant les réseaux et en les démantelant. Le plan Vigipirate ne sert à rien.
Les autorités françaises ont décidé de fermer les frontières terrestres quelques jours avant la survenue des attentats. Est-ce à dire qu’elles redoutaient une telle action et qu’elles étaient informées que quelque chose se préparait ?
La fermeture des frontières était prévue dans le cadre d’une sécurisation avant le Sommet de Paris. Mais ce genre de mesures est lacunaire et ne peut que générer un sentiment de sécurité aléatoire.
Comment la France va-t-elle réagir concrètement après cette vague d’attentats meurtriers ?
Je ne sais pas ce que le gouvernement décidera, à part une augmentation des moyens humains, techniques et réglementaires. Cela ne suffira pas. Les mesures à court terme ne peuvent résoudre des problèmes devenus structurels. En revanche, des mesures à long terme comme un renforcement de la coopération avec les services amis – et je place l’Algérie au premier rang de ceux-ci – et le rétablissement du service militaire sont des armes de bon rapport. Il va falloir être patient et tirer, sur le plan de notre diplomatie, des enseignements définitifs : la France n’a pas à s’immiscer dans les affaires des autres pays, comme nous l’avons fait en Libye. Elle doit, par contre, bien choisir ses partenaires et ses amis.
L’armée française a, depuis longtemps, prévu un plan pour faire face à ce genre de situation. Jusqu’où ira Hollande dans la mobilisation des forces armées, selon vous ?
Notre armée est devenue une armée de professionnels. On ne peut donc en augmenter rapidement les effectifs. La seule solution consiste à établir un service de conscription.
Y a-t-il une menace sur les libertés et la démocratie dans le sillage des mesures draconiennes que le pouvoir va prendre pour faire face à cette guerre ?
Oui. Il ne faut pas tomber dans le piège de l’illégalité ni des mesures d’exception. Les Français eux-mêmes ne le comprendraient pas.
Ces actes terroristes vont-ils aggraver la dichotomie dans la société française ou, au contraire, souder les Français pour prévenir un déchirement intercommunautaire dont seraient victimes les Français de confession musulmane ?
Il n’y a pas de «Français musulmans» ; il n’y a que des Français ou des résidents en France qui acceptent nos lois. Je connais le courage avec lequel les Algériens ont abordé et subi la guerre qui leur fut imposée. Je souhaite que mes compatriotes soient également responsables sans tomber dans le faux prétexte de la xénophobie.
Comment protéger à la fois les Français de la menace terroriste et la communauté musulmane d’éventuelles représailles ?
Les droits sont les mêmes pour tous. Je milite pour un rétablissement du service militaire qui ressouderait la communauté au-delà des origines ou des religions.
La France doit-elle poursuivre sa politique interventionniste en Syrie, en Libye, au Sahel, en Ukraine, etc. ou devrait-elle plutôt revenir à la politique de non-ingérence prônée par Chirac ?
Il ne faut pas tout mélanger. La France a raison d’intervenir en Afrique subsaharienne et elle ne peut d’ailleurs faire autrement puisqu’elle est liée à ces Etats par des accords d’assistance et de coopération. En revanche, elle doit s’abstenir d’intervenir comme elle le fait en Libye ou failli le faire en Syrie. Nous n’avons aucune vocation à nous mêler de ce qui ne nous regarde pas.
Propos recueillis par M. Aït Amara

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