Que pèse encore l’amour de la patrie chez les Algériens ?

Par Abdelkader Benbrik – La classe politique nationale existe-t-elle vraiment en Algérie ? Oui et non. Car que dire quand d’anciens responsables de la Révolution sont marginalisés, quand d’anciens militants ont été d'une manière abusive écartés du FLN, que feu Boudiaf avait qualifié de parti mort en 1962, et quand d’anciens patriotes de la décennie noire sont exclus dans plusieurs régions du pays, même pas honorés ! Du côté de l'opposition, que dire aussi du MSP qui siégeait en accord avec les deux partis qui partagent le pouvoir ? Que dire de la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, qui accuse et soutient en même temps le pouvoir, et revendique des élections anticipées ? Ou à un RCD qui n'avance pas dans son opposition et s'accroche au centre. Là aussi rien ! Hanoune, en 1997, criait haut et fort à la fraude électorale lors des législatives, mais elle continue à siéger au Parlement (avec les fraudeurs) et percevoir les trente millions de salaire. Comme tous les députés, sénateurs, ministres et tous ceux qui font partie du sérail. Quelle horreur ! Voilà le résultat de 53 ans de gouvernance ! Voilà le résultat d'un 5 octobre fabriqué de toutes pièces par le système. L'Algérie est donc bel et bien à la croisée des chemins. Après 53 ans de gouvernance, le même système revient chaque fois avec le même mot quand la rue commence à bouger : réformes. Un «nouveau» départ, une «nouvelle» recette avec les mêmes vieilles marmites, pas de place pour les cocottes nouvelle génération. Un pouvoir qui prend en otage une révolution de 132 années et s'autoproclame «famille révolutionnaire». Alors que tous les Algériens font partie de cette famille révolutionnaire, à l'exception des traîtres, des collabos et des harkis qui sont d'ailleurs connus. La «politiquerie» mesquine et traîtresse, la démocratie à la RND et FLN, la liberté antinationale d'une certaine presse ont amené l'Algérie bien trop loin : pauvreté d'une large population, départs massifs des jeunes vers l'autre rive, enseignement médiocre, suicides quotidiens, mafia qui a tout accaparé, de l’import-export à la corruption au sein de la plus haute hiérarchie et la dilapidation des biens du peuple. Le plus étrange dans tout ce qui arrive à la majorité pauvre des Algériens est cette extraordinaire chape de plomb qui lui est tombée dessus, alors qu’ils sont «bombardés» par des «missiles» d'augmentation des prix des produits de première nécessité, par des «canons» qui tirent pour propager l'inflation, par une hogra administrative, qui, par exemple, pour se faire délivrer un extrait de naissance à la mode dite «S12», tout un parcours du combattant doit être exécuté. A Tunis ou Rabat ou Nouakchott, on délivre ces documents à la minute ! Comme il est indiqué, nous butons, nous les Algériens, chaque fois sur des problèmes déjà entrevus ou rencontrés, en passant dans le cours du même développement sur les crises de croissance ou «maladies infantiles de l'indépendance», preuve, s'il en est, de l'imbrication des diverses composantes d'un processus de cette ampleur dont il est difficile d'isoler les éléments constitutifs. Preuve aussi que même lorsqu’une société donnée ne souffre pas manifestement, c'est-à-dire au grand jour, de ces «contretemps» ou de ces péripéties contrariantes dans le court terme, elle n'en traînera pas moins les conséquences qui, bien plus tard, pourraient connaître la décomposition sinon la gangrène généralisée. Et ce, d'autant plus que les facteurs mis en cause paraissent innocents, surtout au regard du moralisme hypocrite de certains, parce que l'on se fie trop à la vigueur supposée de la société et non à son implacable exigence. Nous avons évoqué aussi l'insidieuse autorité de la tradition qui remplit le vide idéologique – ou même spirituel quand il s'agit de la religion – imprudemment resté béant autant par excès d'autosatisfaction que par tricherie, puisque seule la tradition dite sacrée (au sens propre du mot) pourrait prétendre à l'absolu, selon un certain consensus. Dans le rapport au monde vécu (périls, souffrances, épreuves endurées, victoires ou revers, etc.), dans la motivation socioculturelle inhérente, au prix que l'on attache aux traditions menacées ou dominantes, aux attitudes devant la mort, l'exil, le sacrifice. Ainsi, il va de soi que de ce point de vue là seulement, l'islam vécu ou ressenti ou défendu par un Salah Eddine Al-Ayoubi ou un Emir Abdelkader n'avait pas beaucoup à voir avec ce qui s'appelle de ce nom dans l'Algérie actuelle, où il existe plus de mosquées luxueuses et «d'innovations» suspectes dans les questions les plus logiques, les interrogations les plus innocentes. Alors qu'une propagande est déclenchée par certains médias pour faire «tambour», bien que le vrai journaliste n'est pas au service de la propagande, même si sa sensibilité profonde va colorer obligatoirement sa manière d'anticiper voir d'aborder, comme de réaliser, le sujet maître. Mais ceci est valable dans tous les métiers du monde et heureusement, me diriez-vous. Sauf que le métier du vrai journaliste et par nature un contre-pouvoir qui bien souvent dérange, voir même plus. Une profession qui dérange les politiques de notre pays. Les vrais journalistes se lèvent chaque matin avec une seule motivation, une seule ambition, celle d'aller à la rencontre de la vérité et surtout de la révéler aux lecteurs. Certains journalistes ne seraient que des courtisans patentés du pouvoir, des responsables et des hauts gradés, qui n'ont en fait de journaliste que la carte nationale de presse. Les doutes les plus forts ont été balayés de la scène politique depuis la disparition tragique du président Boumediene et depuis que Chadli l'a remplacé, à la tête de l'Etat, des hommes que rien ne prédestinait à jouer un tel rôle. Nous insistons toujours pour dénoncer les crimes contre l'humanité des autres. Dans un pays riche comme l'Algérie, obliger la jeunesse à prendre le large à bord de chaloupes de fortune pour une aventure suicidaire, n'est-ce pas un crime contre l'humanité ? Quand le plus haut salaire mensuel dépasse les 100 millions de centimes et le SNMG arrêté à 18 000 DA, et faire travailler les universitaires dans le cadre du filet social, n'est-ce pas un crime ? Gaspiller des fortunes pour le ballon, faire venir des joueurs de l'étranger et négliger ceux qui sont au pays, n'est-ce pas un crime ? Le prix du kilo de sardine oscille autour des 500 DA et ceux du sucre, du café et de l'huile restent élevés malgré la baisse considérable dans le monde après la chute des prix du pétrole ! Reste-t-il aux Algériens appauvris un cœur pour soutenir les politiques ? Je ne crois pas. L'année 2016 nous apportera la réponse exacte.
A. B.

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