Liban : remue-méninges pour lutter contre l’Alzheimer

Par René Naba – Le Parlement libanais a élu, le lundi 31 octobre dernier, Michel Aoun, à la présidence de la République libanaise, au terme de plus de deux ans de vacances de pouvoir. Le chef du Courant patriotique libanais, la plus importante formation chrétienne libanaise, allié majeur du Hezbollah, a bénéficié dernièrement du ralliement à sa candidature de M. Saad Hariri, le chef du clan rival de la formation chiite. La joie, réelle, qui a envahi les Libanais à l’annonce de cet arrangement électoral ne saurait masquer les turpitudes de la classe politique et leur volonté à l’époque de mater le général Aoun.

Ancien chef du gouvernement transitoire libanais en sa qualité de commandant en chef de l’armée, à l’expiration du mandat du président Amine Gemayel, en 1988, et opposant farouche à la présence syrienne au Liban, le général Aoun a dû s’exiler, en 1990, en France, au terme d’un combat fratricide interchrétien avec son rival politique Samir Geagea, à l’époque chefs des Forces Libanaises, les milices chrétienne; épilogue de l’arrangement inter libanais de Taef (1989) qui met fin à la guerre civile.

Dans ses mémoires, le président Elias Hraoui, le terne premier président effectif de la République post arrangement de Taef, relate les manigances de Walid Joumblatt, chef féodal du parti socialiste libanais, en vue de mâter le Général Aoun, ainsi que les engagements de Samir Geagea, l’un des grands criminels de la guerre libanaise et allié privilégié d’Israël de mettre une sourdine à sa campagne anti-syrienne, sous réserve que «soit mis fin à la situation anormale représentée par Michel Aoun».

Extraits des mémoires en arabe du président Hraoui

Dans son ouvrage intitulé La restauration de la République : des micro-Etats à l’Etat, le président Hraoui reproduit deux lettres l’une de Walid Joumblatt, l’autre de Samir Geagea, ayant trait à cette affaire.

L’engagement conditionné de Samir Geagea

Page 142, l’ouvrage reproduit une lettre manuscrite de Samir Geagea dans laquelle le chef des Forces Libanaises s’engage auprès du président libanais à «cesser les campagnes médiatiques contre la Syrie», à placer ses hommes -officiers ou simples combattants- sous l’autorité hiérarchique, de même que la restitution des armes de sa milice aux autorités légales».

La lettre, en date du 14 Février 1990, stipule que «de telles dispositions seront mises en vigueur dès qu’il aura été mis fin à la situation anormale de Michel Aoun».

La missive de Walid Joumblatt

Page 144, l’ouvrage reproduit une lettre manuscrite de Walid Joumblatt dans laquelle, le futur partenaire en affaires de Rafic Hariri, le milliardaire libanais saoudien, plaide ouvertement pour une intervention militaire libano syrienne contre le Général Michel Aoun

L’intégralité de la lettre

«Le rapport des forces semble évoluer en faveur de Michel Aoun. Il incombe de le priver d’une victoire militaire totale, par le biais d’une opération militaire conjointe syro-libanaise, depuis Souk Al Gharb», localité stratégique sur la route Beyrouth-Damas, dans la montagne libanaise, située en surplomb de la capitale libanaise.

«Nous sommes disposés à y participer. Mais le temps presse et il importe de passer à l’offensive dans les heures qui suivent, avant que Michel Aoun n’élimine Samir Geagea et ne s’intronise Roi des Chrétiens ou Gouverneur Suprême».

Epilogue

26 ans après cette correspondance, Samir Geagea faisait alliance avec Michel Aoun pour barrer la voie à Souleimane Frangieh, l’unique rescapé de la tuerie d’Ehden (1978) ordonnée par le chef des forces libanaises contre le clan Frangieh, pour éradiquer tout contestataire à son leadership.

Mais entretemps, que de deuils, de destructions, de vies brisées, de victimes innocentes des guerres picrocholines de la mafiocratie libanaise.

Signe du dysfonctionnement de la démocratie libanaise, tant célébrée ailleurs par des thuriféraires intéressés par sa précarisation, le Général Michel Aoun, est le 4eme officier supérieur à accéder à la magistrature en 47 ans d’indépendance, après le Général Fouad Chehab (1958-1964), Le Général Emile Lahoud (1998-2007), Michel Souleimane (2007-2013). Et le troisième d’affilée depuis l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, et turbulences djihadistes qui se sont ensuivies dans la zone.

R. N.

Comment (3)

    Ghazal Dilmi
    4 novembre 2016 - 15 h 42 min

    Ce qui se passe au Liban
    Ce qui se passe au Liban reflète l’état d’esprit des libanais eux-mêmes. Cette mosaïque qu’on trouve peu ‎dans d’autre pays rime avec l’antagonisme au point où elle s’est entretuée pour rester comme elle était
    Le Liban est un pays touristique qui adopte le tourisme politique pour subsister




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    TheBraiN
    4 novembre 2016 - 15 h 11 min

    Ce genre de revirements est
    Ce genre de revirements est une norme au Liban .
    Michel Aoun était l’ennemi N°1 de Damas , maintenant il en est le plus fidèle allié .
    Djoumblat , dont le père avait été assassiné par Damas , était tour à tour allié d’Israël » , de Damas puis de Doha .
    Le Liban est tout sauf une démocratie , selon les critères occidentaux,mais ce n’est , en aucune façon une dictature .




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    Laetizia
    4 novembre 2016 - 10 h 36 min

    Je l’avoue, je ne comprends
    Je l’avoue, je ne comprends pas grand chose à ce sac de nœuds que représentent les alliances gouvernementale et guerrière libanaises, mais une chose est sûre la paix pour tous doit être garantie pour le plus long terme. Espérons donc qu’il ne s’agit pas là d’un énième arrangement précaire tributaire des iraniens, des français ou des saoudiens. Espérons pour l’ensemble du Liban une paix durable et fraternelle libano-libanaise pour le bien du peuple uniquement.
    Avec toute ma considération et mon respect à monsieur René Naba, le plus algérien des journalistes libanais.




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