Université en danger

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L'université n'est pas épargnée par la violence. New Press

Par Kamel Moulfi – De nombreux témoignages confirmés par les communiqués d’organisations syndicales indiquent que l’Université est devenue un espace à haut risque pour les enseignants. On savait depuis quelque temps que l’insécurité frappait déjà les étudiants et on découvre maintenant, avec les affaires d’agression contre les enseignants, qu’un palier dangereux est franchi dans la détérioration des conditions qui prévalent dans l’enseignement supérieur.

Face à cette situation gravissime, les responsables au plus haut niveau – c’est-à-dire les ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Education nationale – veulent cacher le soleil à l’aide d’un tamis en minimisant les faits. Au lieu d’agir pour combattre le mal qui ronge le système d’enseignement à tous ses paliers, ils cherchent à dédramatiser en persistant dans une démarche de communication, pinaillant sur des détails insignifiants, qui a contribué à conforter l’insécurité, alors qu’il faut la réduire. Ils semblent ignorer le risque que les choses s’aggravent et tendent vers l’irréversible.

Ce ne sont pas les agents de sécurité qui manquent, mais il n’est pas rare qu’ils se fassent les complices de voyous infiltrés dans les campus, les fameux baltaguia, et qu’ils s’en prennent, au contraire, à des étudiants sérieux, alors qu’ils sont censés avoir pour mission de les protéger et leur créer le climat de sérénité indispensable aux études. Comment sont recrutés ces agents ? Quelle formation et quelles consignes leur sont données ? Sont-ils contrôlés et sanctionnés en cas de dépassement ? On se demande si l’administration a une quelconque prise sur eux. Quant aux enseignants, ils donnent parfois l’impression d’être sous leurs ordres.

Au final, l’enseignant qui se voit abandonné perd de son autorité et se trouve contraint de mettre sa conscience professionnelle de côté pour penser à sa propre sécurité, voire tout simplement à sauver sa vie. C’est la crédibilité de l’institution qui en subit les conséquences.

Les autorités montrent un laxisme incompréhensible à l’égard de comportements, en apparence anodins, d’incivisme manifeste dans la rue, mais aussi à l’intérieur d’établissements publics, et pas seulement dans le secteur de l’enseignement. La notion de règlement intérieur, qui imposait le respect de la discipline un peu partout dans les espaces publics, n’existe plus. Les auteurs de gestes d’incivisme font ce qu’ils veulent sans être rappelés à l’ordre, et cela commence dès l’enfance, comme le prouvent les scènes que l’on peut observer directement dans la rue.

K. M.

Comment (7)

    Zaatar
    24 juin 2017 - 8 h 27 min

    On est abasourdi par ce qui vient de se passer a l’universite? Mais comment pourrait on l’etre du moment que c’est tout le pays qui est dans le meme etat? Pour moi ce n’est que dans la continuite des choses, la degradation de la societe pour une raison que tout le monde connait et qu’il soit inutile de la repeter tellement elle a ete rabachee.




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    Mello
    24 juin 2017 - 8 h 03 min

    L’universite en danger ? C’est trop peu dire. Le pays Algerie est en danger, un risque enorme d’effonfrement, nous attend au coin de la rue. Je viens d’apprendre ce qui s’est passe au gala pour familles demunies , a la grande poste, il ne reste pratiquement rien , juste nos yeux pour pleurer. La violence est presente partout, generalisee par ceux qui en avait fait leur moyen de garder le pouvoir: police-matraque-tete de jeune ensanglantee. Paysage lugubre d’une Algerie qui a perdu sa rahma, sa convialite, sa joie de vivre. L’universite , dernier lieu du savoir et de l’intelligence , n’est pas epargnee par tous ces tatonnements de nos gouvernants sur quel bout prendre ce lieu du savoir, afin de lui tordre le cou.




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    Nasser
    24 juin 2017 - 1 h 53 min

    “Nos problèmes ont été créés par l’homme et nous pouvons donc les résoudre. Nos possibilités ne connaissent pas de limites. Aucun problème humain ne va au delà nos capacités.”
    John Fitzgerald Kennedy
    De John Fitzgerald Kennedy / A l’université de Washington – 10 Juillet 1963




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    Nasser
    24 juin 2017 - 1 h 46 min

    Lorsque vous observez que les échanges sont réalisés non par consentement mutuel, mais par obligation,
    Lorsque vous observez que pour produire vous devez obtenir l’autorisation d’hommes qui ne produisent rien,
    Lorsque vous observez que l’argent coule vers ceux qui échangent non des biens ou services, mais des faveurs et des privilèges,
    Lorsque vous observez que ces hommes s’enrichissent par l’appropriation des biens d’autrui plus que par le travail,
    Lorsque vous observez que vos lois ne vous protègent pas contre eux mais les protègent contre vous,
    Lorsque vous observez que la corruption est récompensée et que l’honnêté devient un sacrifice…
    Vous pouvez commencer à vous rendre compte que votre société est condamnée.
    Ayn Rand
    Something to Reflect on, 1959




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    Zombretto
    23 juin 2017 - 16 h 49 min

    L’Université en Algérie a dépassé le stade de “danger” il y a de cela déjà plusieurs décennies. En ce moment le danger s’est réalisé et on est en pleine catastrophe. Quand des ignarissimes paysans ont pris la destinée de l’école algérienne et l’ont violemment tirée vers le bas, c’est à dire vers leur propre niveau, en l’arrimant aux ignarissimes moyen-orientaux dans les années 70, ce n’était plus qu’une question de temps. Les résultat sont là aujourd’hui. L’un des pires est que nous sommes passés de 9 millions à plus de 40 millions en 50 ans dans un pays qui ne peut pas supporter plus de 15 ou 20 millions. Je ne parle pas des autres conséquences car ça me traumatise trop d’y penser : l’ignorance, la violence, la religiosité morbide, etc.




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    Abou Lahab
    23 juin 2017 - 15 h 45 min

    En Algérie tout tourne à la comédie tragique . On emprisonne des citoyens honnêtes pour un croûton de pain croqué à la va vite dans un coin discret la journée pendant le ramadhan ou une gorgée d’eau et on ferme les yeux sur les voyous dictant leurs lois dans les rues, les campus universitaires et les établissements scolaires et on réhabilites les criminels sanguinaires islamistes et ceux qui ont détournés à coup de millions de dollars l’argent du peuple .




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    Abou Stroff
    23 juin 2017 - 13 h 57 min

    « Université en danger » titre K. M.. malheureusement pour nous, il n’y a pas que l’université qui soit en danger. en effet, la société algérienne dans sa globalité est en danger et nous sommes tous en danger pour une raison simple: l’algérien lambda (et particulièrement le « voyou ») sait qu’en Algérie, il n’y a pas d’Etat. l’absence de l’Etat implique que la loi du plus fort s’impose et tout le reste n’est que potion insipide que même les cochons rechigneraient à ingurgiter.
    PS: je pense que l’université est en danger parce que la médiocrité a été érigée en valeur essentielle pour grimper les « échelons ». pour confirmer mes propos, il suffit de faire une enquête en vue de déterminer comment sont nommés les « responsables » (ministre, recteurs, doyens, chefs de département, agent de sécurité, etc.) de l’université. on découvrira rapidement que le critère essentiel à la nomination aux postes de direction est l’aplaventrisme le plus abject et l’appartenance à un réseau de clientèle.




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