Document secret – Comment le SDECE français a voulu piéger le GPRA

Melnik infiltrés
Constantin Melnik. D. R.

Par Kamel M. – Les services de renseignement de l’ALN avaient des agents infiltrés dans les rouages les plus insoupçonnés du pouvoir français. Ces éléments fournissaient à l’Armée de libération nationale, à travers le ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG), des informations précieuses qui allaient contrecarrer des actions décidées par les autorités politiques françaises.

Dans un document classé «très secret» obtenu par les services d’Abdelhafid Boussouf, et daté du 6 février 1961, Constantin Melnik, coordinateur des services de renseignement auprès du Premier ministre français, Michel Debré, de 1959 à 1962, évoque «l’expérience de l’opération clandestine de contacts avec le GPRA» qui, selon lui, permettait « de tirer deux conclusions».

Ce document revêtait une importance extrême pour le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) dans le cadre des négociations qui allaient être engagées entre la France et l’Algérie et qui allaient déboucher sur la fin de la colonisation. La partie algérienne devait connaître l’état d’esprit du négociateur en face et détecter ses manœuvres. «Quand le contact est personnel ou officieux, les dirigeants rebelles sont très ouverts et acceptent facilement la discussion», écrit le conseiller du Premier ministre français. «Dès que le contact prend un caractère un tant soit peu officiel, ces mêmes dirigeants se referment, se montrent formalistes, pointilleux et pusillanimes. Ils paraissent alors surtout dominés par le souci de ne pas perdre la face.»

Constantin Melnik conseille alors à Michel Debré de privilégier la «discussion officieuse» car « beaucoup plus facile». «Il suffit que l’agent central du réseau Calliope pose des questions sur les garanties possibles pour les Européens d’Algérie et sur la présence de l’armée pour que le GPRA annonce immédiatement urbi et orbi que ces points étaient importants, faisaient l’objet d’études et pourraient aboutir à un accord avec le gouvernement français», suggère l’auteur de Mille Jours à Matignon : De Gaulle, l’Algérie, les services spéciaux. Il explique que «par contre, il a fallu plus de deux semaines et des palabres complexes pour que le GPRA admette l’idée d’une rencontre en pays tiers avec un envoyé du gouvernement».

Pour le conseiller de Debré, «cette différence provient en partie du fait que dans le premier cas, tout ce qui est dit peut servir à intoxiquer l’opinion française et internationale sur la bonne volonté du GPRA». Le stratège en géopolitique chargé du dossier algérien auprès du Premier ministre français propose à son chef d’orienter la vision des dirigeants du FLN en les «documentant» sur «la nature même des problèmes qui pourraient, à l’avenir, se poser à eux en Algérie». Car, écrit Constantin Melnik, «il ne semble pas que les dirigeants rebelles aient la moindre expérience des choses de l’Etat devant lesquelles ils paraissent assez désarmés», bien que le GPRA, pense-t-il, «compte des habiles politiciens, des organisateurs efficaces en matière militaire, des négociateurs de talent et des propagandistes très qualifiés».

Le conseiller de Michel Debré propose alors de «piéger» le FLN en «tentant de former la pensée des leaders de la rébellion». Mais une telle « tâche», avertit l’auteur de la note secrète, «ne pourra être menée à bien pendant des négociations à caractère officiel, d’une part, parce que celles-ci seront nécessairement courtes et générales et, d’autre part, car elles risquent d’être viciées par la susceptibilité quasi maladive des rebelles». Les services spéciaux français, que leurs homologues algériens avaient infiltrés, voulaient mettre en place une «formation» que Constantin Melnik suggérait qu’elle fût confiée à un service du SDECE (le service du renseignement extérieur, ancêtre de la DGSE) qui «l’ajouterait à ses missions normales de renseignement et d’intervention».

Le responsable du renseignement auprès du Premier ministre français de l’époque conclut sa note ainsi : «A cette fin, on pourrait envisager de faire transmettre par l’agent central du réseau le maximum tant de dossiers que de questions suggérant (le mot est souligné, ndlr) les solutions concrètes que nous voudrions voir aboutir ; d’organiser même des rencontres strictement privées (le mot est mis entre guillemets, ndlr) entre les dirigeants rebelles et des personnalités françaises soigneusement choisies et préparées».

Ce que Constantin Melnik ne savait pas, c’est qu’Abdelhafid Boussouf savait tout.

K. M.

(Suivra)

Comment (11)

    A3ZRINE
    2 novembre 2018 - 0 h 26 min

    Arrêté si non je vais croire que la France coloniale qui a crée les coups bas , était en réalité naïve au point où une poignée de jeunes révolutionnaires arrivent à exfiltrer son service secret. Bravo MALG!!!

    Chibl
    1 novembre 2018 - 22 h 06 min

    Et tout ca pour ca?

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    karimdz
    1 novembre 2018 - 15 h 43 min

    L état français a tenté de contrôler les événements de d’écrire l’histoire à sa manière, pour discréditer la résistance algérienne.

    Il n’en demeure pas moins que cette France occulte toujours son passé, et procède toujours de manœuvres dilatoires et sournoises, pour éviter de reconnaitre le génocide qu’elle a commis en Algérie.

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    Felfel Har
    1 novembre 2018 - 15 h 37 min

    Je suis surpris que notre patriote Ould Abbès ne se soit pas encore identifié comme l’un de ces barbouzes du MALG qui, infiltré dans la haute administration française, renseignait le FLN. Il est tellement fantasque que je m’attends à ce qu’il prétende avoir conseillé De Gaulle pour négocier les Accords d’Évian. Pour un menteur congénital, plus le mensonge est gros et plus il a de chance d’être crû par les imbéciles qui ne savent séparer la fiction de la réalité.. Quarante ans aprés les faits, on veut encore nous bassiner avec des exploits, des prouesses, des hauts faits d’armes qu’eux-seuls ( les Malgaches) ont vécu …. dans leur monde imaginaire. L’Histoire a ceci de particulier: elle ne se laisse pas escamoter, enjoliver, manipuler car les faits historiques sont têtus, vérifiables.

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      Erracham
      1 novembre 2018 - 21 h 51 min

      Les rares légendes dont le Malg tente de se prévaloir ne parviendront pas à rehausser sa mauvaise réputation de planificateur et d’exécuteur des sales coups portés à notre révolution et à ses authentiques leaders. Les langues se délient et des révélations sont maintenant faites en toute liberté. Le pouvoir a exercé sur certains de ses membres une telle fascination, qu’assassiner leurs frères ne les empêchait pas de dormir. « La fin justifie les moyens » était leur leitmotiv. Ils ont mal été récompensés puisqu’ils s’en vont, un à un, dans la disgrâce et la honte, eux qui s’attendaient à des lauriers.

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    rabah
    1 novembre 2018 - 13 h 40 min

    Arrêtez de débiter des mensonges au sujet du malg.
    Si ceci était vrai, pourriez-vous nous donner ne serait-ce que les initiales de ces hommes et femmes infiltrés au plus haut sommet de l’état français et qui tuyautait Boussouf & co ?
    Le malg n’a pas fait une seule action qui a aidé les moudjahidines et les moussebilines de l’intérieur du pays.
    Le malg et l’armée des frontières n’attendaient que la fin de la guerre pour ramasser le butin. Et ce fut fait.

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      Amcum
      1 novembre 2018 - 15 h 01 min

      Ya si Rouibah, comme l’a si bien et beau dit Matoub,
      Serait tu par hasard de ceux qui lisent l’histoire de notre pays dans des livres du pseudo politicien converti en historien ? Je parle du dérangé Saïd-Samedi ? Ou pire, des articles de journaux qui le paraphrasent ….
      L’article parlent de faits documentés et d’autres révélations restent à divulguer, sur ce que le peuple Algérien a accompli toute frange confondues. Tout ce que tu trouves à dire c’est « je ne crois pas » ? Sais-tu que « Je ne crois pas » n’est pas une preuve mais plutôt un état d’esprit ? Aucun état d’esprit ne peut se dresser contre les faits !
      Je te conseille très fraternellement de laver ton cœur du racisme et de régionalisme que beaucoup expriment sans se rendre compte par un discours patriotique, mais dans les faits, un discours qui divise.
      C’est comme ce voyous de Nourdine Ait Hamouda qui parle aux Algériens dans l’APN pour leur dire que c’est nous les kabyles qui vous ont libéré …. De quoi devenir schizophrène ….
      Lavez vos cœurs avec l’amour inconditionnel de votre pays et de son peuple pour une Algérie, unie forte et majestueuse.

      Amcum

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        Anonyméa
        1 novembre 2018 - 15 h 45 min

        Amcum, allah idjazik c’est des commentaires comme le tien que nous voulons lire sur ces colonnes et des algériens comme toi que nous voulons pour notre pays. Il y a effectivement beaucoup de dupes qui se laissent prendre par les discours fallacieux et menteurs de la division.

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    Alec
    1 novembre 2018 - 9 h 59 min

    C est de l info je ne pensais pas que nos services était aussi bien renseigné à cette époque et que les négociations se bases sur des renseignements provenant du MALG

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    Farid
    1 novembre 2018 - 9 h 13 min

    Et c’est pour ça que 56 plus tard la France n’en finit pas de continuer encore et toujours à comploter contre l’Algérie. Décidément, quelque chose lui restera toujours au travers de la gorge.

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