L’Algérie observe la France jouer à la roulette russe et viser son propre pied
Une contribution du Dr A. Boumezrag – Entre passé colonial, énergie stratégique et diaspora méditerranéenne, la France se lance dans un jeu risqué. A force de tirer sans regarder, elle finit par toucher… son propre pied. Ironie du sort ou habitude diplomatique, la rentrée 2025 promet d’être un test de prudence pour Paris, entre Alger et Rome, entre mémoire et intérêts.
La France a longtemps cru que son rang de puissance lui permettait de tirer à l’aveugle. Chaque mot pèse. Une déclaration mal pensée, un geste symbolique raté, et c’est le scandale : visa refusé, ambassade rappelée, opinion publique froissée.
La diplomatie algérienne, subtile et méthodique, observe le manège et joue sur mémoire, énergie et diaspora. Résultat : Paris tire… et touche son propre pied. Et si Alger est un miroir déformant, Rome commence aussi à refléter les maladresses françaises.
A l’été 2025, la tension avec l’Italie a atteint un nouveau sommet : Matteo Salvini qualifie Macron de «va-t-en-guerre» à propos de la politique française sur l’Ukraine, et Paris convoque l’ambassadrice italienne. Même la coopération stratégique sur le gaz méditerranéen et la politique européenne ne suffit pas à calmer les critiques.
La rencontre Macron-Meloni de juin 2025 à Rome illustre un double défi : concilier l’amitié européenne, la compétition économique et les divergences géopolitiques. Chaque faux pas avec Alger trouve ainsi un écho à Rome, où l’Italie observe, critique et parfois profite des maladresses françaises. Dans ce contexte, tirer sur Alger peut indirectement augmenter le risque de se blesser par ricochet sur d’autres fronts diplomatiques.
Les millions de Français d’origine algérienne incarnent à la fois un pont et un champ de mines. Chaque tension diplomatique rebondit dans le quotidien : visas, discours sur l’islam de France, débats sur l’intégration. Ironie du sort : Paris cherche à protéger la laïcité, mais fragilise sa propre cohésion intérieure. Les balles tirées sur Alger ou Rome reviennent parfois dans les rues de France.
L’Algérie maîtrise ses leviers : gaz, mémoire et symboles culturels. L’Europe a besoin de gaz, l’Algérie le sait. Chaque position française sur le Sahara Occidental ou l’histoire coloniale est décortiquée. L’Italie, dépendante de ce gaz, observe avec attention. Rome devient un acteur stratégique : les tirs ratés de Paris sur Alger peuvent se transformer en pression italienne sur l’énergie ou la politique européenne.
L’automne 2025 s’annonce compliqué : inflation, salaires, logement, colère sociale. La politique étrangère devient politique intérieure. Les tensions avec Alger et les critiques de Rome alimentent un terrain déjà fragile. Chaque maladresse diplomatique devient un catalyseur, et la France se retrouve à la fois tireur et cible dans un jeu à plusieurs dimensions.
Roulette russe : une balle, un risque, une erreur stratégique… Et souvent, c’est le tireur qui saigne. Entre mémoire et intérêts, Paris navigue entre coups ratés et incidents évités de justesse. Dans une Europe méditerranéenne recomposée – entre Rome, Paris et Alger – chaque étincelle venue d’un partenaire peut embraser un terrain déjà sec.
Entre Alger qui ajuste son barillet, Rome qui observe et Paris qui tire à l’aveugle, la diplomatie française en 2025 ressemble moins à un jeu de stratégie qu’à une roulette russe où le seul pied visé… est le sien.
A. B.