Enquête sur l’assassinat d’Hervé Gourdel : la justice algérienne privilégie-t-elle les médias français ?

Selon une dépêche de l’agence française AFP, citant une source judiciaire algérienne, la justice algérienne a lancé des poursuites aujourd'hui jeudi contre 15 terroristes, en fuite, soupçonnés d'avoir participé à l'enlèvement et à l'assassinat de l'otage français, Pierre Hervé Gourdel, exécuté le 24 septembre dernier. Abdelmalek Gouri, aussi appelé Khaled Abou Souleïmane, le chef du groupe terroriste Jund Al-Khilafa, se déclarant affilié à la nébuleuse de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie, figure parmi les suspects poursuivis notamment pour «création d'un groupe armé terroriste», «prise d'otage» et «assassinat avec préméditation». Ces informations ne sont étrangement rapportées par aucune source officielle algérienne. Et la question qu’on ne peut, alors, s’empêcher de se poser est de savoir comment et par quel biais l’agence de presse française a eu l’exclusivité de ces informations, en citant une source judiciaire algérienne sur cette affaire dont les faits tragiques se sont déroulés en Algérie. Les juges algériens chargés de l’enquête ont-ils été instruits d’en donner la primeur aux médias français ? Sinon, y a-t-il eu une fuite organisée des informations inhérentes à l’instruction de cette affaire qui est toujours en cours ? Si on ne peut encore, à ce stade, parler de violation du secret d’instruction, on sait que seul le ministre de la Justice, Tayeb Louh, était jusque-là habilité à informer l’opinion publique. Dans sa réponse, hier mercredi, à une question orale d’un député, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’était référé à une déclaration de Louh qui avait annoncé que des auteurs de l’enlèvement de l’otage français avaient été «identifiés». Fabius ajoutait que son gouvernement continuait à «travailler avec les autorités algériennes» sur cette affaire, que l’enquête «se poursuivait» et qu’elle devait «aboutir». Mais le chef de la diplomatie française n’a pas précisé les termes de cette coopération ni le rôle exact des autorités françaises dans l’enquête. Or, cette nouvelle incursion médiatique exécutée par l’intermédiaire de l’AFP laisse planer des doutes sur la volonté des Français à respecter la souveraineté de l’Algérie dans l’enquête qu’elle a ouverte sur l’assassinat du ressortissant français sur son territoire. Elle rappelle, en tout cas, comment Paris s’est emparé, le 24 juillet dernier, de toutes les opérations d’investigation liées au crash du vol AH 5017 affrété par Air Algérie, ne laissant à ses partenaires, Algérie en tête, que des rôles protocolaires à jouer.
R. Mahmoudi
 

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