Interview – Jean-Loup Izambert répond à Me Maktouf : «Vous oubliez l’essentiel !»

JLI Izambert
Jean-Loup Izambert. D. R.

Journaliste d’investigation indépendant et écrivain, Jean-Loup Izambert est l’auteur d’une trilogie sur les relations entre des dirigeants français et ceux d’organisations criminelles. Algeriepatriotique a présenté ces trois ouvrages publiés par IS Edition (www.is-edition.com), en version papier et numérique, sous les titres 56 – L’Etat français de groupes criminels, 56 – Mensonges et crimes d’Etat et Trump face à l’Europe.

AP lui donne aujourd’hui la parole pour prolonger le débat suite à l’interview de maître Samia Maktouf que nous avons publiée. Selon l’avocate, «la France n’a pris conscience du danger terroriste qu’en 2015». Pour notre confrère, «maître Maktouf oublie l’essentiel» et «ses silences contribuent à dédouaner les dirigeants français de leurs responsabilités dans le développement du terrorisme contre le monde arabe». Explications.

 

Algeriepatriotique : Vous avez déclaré à Algeriepatriotique que Maître Samia Maktouf se trompe. En quoi les propos tenus par maître Maktouf trompent-ils, selon vous, l’opinion publique ?

Jean-Loup Izambert : Je ne me prononcerai pas sur des affaires évoquées par maître Maktouf qu’elle connaît mieux que moi pour avoir travaillé sur ces dossiers importants, volumineux et, par certains aspects, très certainement pénibles. Par contre, je m’interroge sur le fait qu’une avocate comme elle fasse abstraction des principaux responsables du développement du terrorisme. A aucun moment dans l’interview que vous avez publiée, maître Maktouf n’évoque la responsabilité des dirigeants occidentaux, tout particulièrement étasuniens et français, et de leurs larbins des dictatures du Golfe. Que maître Maktouf découvre le terrorisme en 2012 est une chose. Une chose curieuse, à mon avis, car lorsqu’elle quitte sa Tunisie natale pour venir en France dans les années quatre-vingt-cinq, elle avait vingt-deux ans et le terrorisme des Frères musulmans tunisiens était déjà à l’œuvre. Les crimes commis en Tunisie comme ceux perpétrés en France par le réseau de Fouad Ali Saleh restent gravés dans les mémoires. Je rappelle qu’à cette époque les Frères musulmans, organisés au sein du Mouvement de la tendance islamique (MTI) – qui prendra par la suite le nom de d’Ennahdha –, préparaient à coups de bombes les tentatives de coups d’Etat qui échoueront en 1990 et 1992. Quand on a vingt ans et la Tunisie au cœur on ne peut vivre ces drames sans prendre parti et, généralement, on en garde souvenir, pas toujours heureux d’ailleurs. Ensuite, je ne peux être d’accord avec son propos lorsqu’elle déclare, évoquant les attentats des ces dernières années, qu’«il s’agissait plus de non-conscience, d’absence de prise en considération du danger terroriste». Ce discours s’inscrit dans la campagne médiatique en vogue actuellement en Occident selon laquelle le terrorisme serait une sorte de phénomène venu d’ailleurs et contre lequel on ne pourrait pas grand-chose, sinon faire voter des lois liberticides.

Vous voulez dire qu’elle ne dénonce pas les véritables causes du terrorisme ?

Pour le moins. Le terrorisme a deux causes principales : la misère provoquée par les sociétés transnationales occidentales qui pillent les richesses des peuples, les privant ainsi de toute possibilité de développement et d’émancipation et son instrumentalisation par des Etats occidentaux depuis des décennies. Qui était derrière les assassinats des leaders indépendantistes et progressistes d’Afrique ? Les Etats-Unis, l’Angleterre, la France ! Qui était derrière l’OAS pour mettre hier l’Algérie en coupe réglée ? La France ! Qui a accueilli, plus tard, en 1990, des activistes de groupes armés islamistes soutenus par Washington ? Principalement les Etats-Unis et la France ! Qui instrumentalisait contre la Tunisie le petit groupe de colons, de patrons trafiquants et de nervis d’extrême droite baptisé la Main rouge ? Le SDECE français ! Qui organisa l’enlèvement et la disparition en France, en octobre 1965, du leader progressiste marocain Mehdi Ben Barka ? La France ! Qui a protégé des terroristes tunisiens d’Ennahdha recherchés par Interpol pour «association à une organisation extrémiste de terroristes» ? Encore la France ! Qui deviendra leur souteneur pour activer les «printemps arabes» de Washington contre l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte et la Syrie ? Toujours la France avec, selon les pays, un partage des opérations de subversion avec les services étasuniens et anglais. Qui relance aujourd’hui, dans un dernier sursaut, le terrorisme en Syrie en violation de la Charte et de résolutions de l’ONU ? Les Etats-Unis avec des pays de l’OTAN dont la France ! Je ne parle même pas de leurs valets du Golfe qui ne s’engagent dans ces sales coups contre le monde arabe que là où leurs maîtres occidentaux les appellent en renfort pour exécuter leurs massacres. On ne peut faire abstraction de tels faits historiques qui, parmi de nombreux autres, témoignent du soutien continu de dirigeants français à des organisations criminelles. Comment maître Maktouf peut-elle parler de «l’absence de prise en considération du danger terroriste» quand ce sont ces mêmes Etats qui, depuis des décennies, n’arrêtent pas de soutenir des groupes terroristes en fonction des intérêts de leurs sociétés transnationales… ?! Il faut être sérieux. Allez dire, comme le fait maître Maktouf, que «c’est cette absence de conscience et de prise en compte par les autorités et par l’ensemble des responsables politiques, de droite comme de gauche, de ce fléau, de cette gangrène qui a touché notre société et l’ensemble du monde» sans en désigner les vrais responsables, c’est tout simplement oublier l’essentiel : les responsables du développement du terrorisme qui ont un visage et une histoire dont elle trouvera les noms dans les deux tomes de 56.

Les dirigeants politiques et hauts fonctionnaires dont vous citez les noms dans les deux tomes de 56 pour avoir protégé ou soutenu des groupes terroristes n’ont donc pas attendu 2015 pour prendre conscience du danger terroriste comme l’affirme maître Maktouf ?

Bien évidemment, non. Contrairement à son propos, ces dirigeants sont parfaitement conscients du danger du terrorisme pour une raison simple : ce sont eux qui instrumentalisent ces groupes, voire les organisent, depuis des siècles contre les peuples qui veulent prendre ou préserver leur indépendance, leurs richesses et leur identité. C’est la même vieille politique étrangère française colonialiste et atlantiste qui se poursuit de Guy Mollet à Jean-Yves Le Drian et tous ces dirigeants ont le sang des peuples arabes sur les mains. Les 56 dirigeants français que je cite – je ne m’arrête qu’aux principaux d’entre eux dans la période contemporaine – ne peuvent qu’être conscients de cette «gangrène» puisque ce sont eux qui les ont tantôt protégés, tantôt soutenus en leur apportant des appuis logistique, médiatique, diplomatique, financier, matériel et militaire. Il y a donc bien des responsables au développement du terrorisme, et il me paraît curieux qu’un avocat comme maître Maktouf ne puisse identifier les coupables. C’est aussi pourquoi je me suis attaché à démonter les relations politiques entre ces dirigeants français et ceux d’organisations criminelles comme celles des Frères musulmans et d’autres de leur mouvance. Sans ces «amitiés franco-terroristes» et sans l’ingérence continue de Washington dans les affaires intérieures des peuples, exception faite du conflit israélo-palestinien et des dictatures du Golfe persique, il n’y aurait pratiquement plus de guerre aujourd’hui sur le Maghreb et le Proche-Orient. Par ailleurs, les poseurs de bombes et autres «mercenaires en herbe» ne sont que les «petites mains» de cette politique qui vise à diviser les peuples pour mieux les piller. En réalité le terrorisme pratiqué par des dirigeants occidentaux a plusieurs visages et il ne s’exerce que là où les transnationales espèrent s’approprier des richesses. Les attentats dans quelques pays occidentaux sont des «retours de flamme» de foyers allumés par ces mêmes pays.

 

Maître Maktouf a affirmé que «tous les Etats sont décidés à lutter contre le terrorisme et doivent combattre main dans la main», êtes-vous du même avis ?

Cette affirmation ne correspond pas à la réalité. Tous les Etats ne sont pas décidés à combattre le terrorisme d’autant que certains d’entre eux, comme les Etats-Unis, la France ou les dictatures du Golfe persique le soutiennent. La France, qui a soutenu le terrorisme en allant jusqu’à armer et faire entraîner des groupes irréguliers et criminels contre la Libye puis contre la République arabe syrienne, tantôt dans le désert du Qatar, tantôt en Jordanie, peut difficilement prétendre aujourd’hui «lutter contre le terrorisme». Le président Macron affirmait, en décembre 2017, qu’il avait «gagné la guerre avec la coalition internationale». Permettez-moi de rappeler qu’Emmanuel Macron a participé à un gouvernement qui a déployé une intense activité pour développer et entretenir la guerre, a fait équiper, armer et entraîner des groupes irréguliers et criminels et s’est livré à une manipulation de l’opinion publique par la diffusion de fausses informations. Ensuite, la France engagée dans la coalition de Washington, qui n’a rien d’«internationale», a laissé, sous commandement étasunien, les groupes terroristes continuer leurs attaques en Syrie tout en prétendant, par médias interposés, les en empêcher. Cette guerre terroriste continue aujourd’hui puisque les services étasuniens arment et entraînent en territoire syrien des factions kurdes avec des éléments venant d’autres groupes terroristes. Emmanuel Macron était alors ministre du gouvernement Valls d’août 2014 à août 2016. Il a donc pris part aux conseils des ministres de cette période et à leurs décisions de politique étrangère de la France. Il était donc en situation d’exprimer son désaccord avec cette politique belliciste s’il le souhaitait, ce qu’il n’a pas fait. En conséquence, le ministre Macron, qui a participé à un gouvernement qui a recouru au terrorisme d’Etat contre un autre pays, ne peut être l’année suivante le président Macron qui «gagne la guerre contre le terrorisme» et, de ce fait, est disqualifié pour parler de lutte antiterroriste. Pourquoi maître Maktouf ne dénonce-t-elle pas ces «amitiés franco-terroristes» ? Parler des victimes du terrorisme et les soutenir, c’est bien. Mais une analyse honnête oblige à désigner les responsables de cette montée de la violence politique et sociale.

Vous disiez que le terrorisme a plusieurs visages et maître Maktouf affirme qu’«il peut prendre différentes formes». N’avez-vous pas une convergence de vues sur ce point ?

Je ne le pense pas. Quand je dis que le terrorisme a plusieurs visages, je parle de l’une des caractéristiques dominantes du terrorisme contemporain : son instrumentalisation à grande échelle par quelques Etats occidentaux sous la tutelle de Washington. La forme la plus grave de ce terrorisme politique est la négation du droit international par des politiciens aux fins d’imposer par la force un ordre politique et économique. Celui-ci se développe au mépris de la Charte de l’ONU et, tout particulièrement, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Qui le pratique ? Des dirigeants occidentaux, principalement des Etats-Unis, qui violent la Charte des Nations unies et les différents traités signés qui ont pour objet de favoriser la paix, le commerce, la coopération entre les peuples. Les dirigeants de Washington et de l’Union dite «européenne» ne cessent d’agir contre ces principes et ces textes du droit international : blocus économique et diplomatique décidés unilatéralement par Washington, endettement financier d’Etats par des organismes dominés par les Etats-Unis pour les mettre sous la coupe de sociétés transnationales étasuniennes, campagnes de propagande médiatiques menées par le gouvernement américain et des think-tanks pour déstabiliser des Etats et des entreprises, espionnage à grande échelle par l’administration étasunienne sous couvert de «lutte contre le terrorisme», soutien politique, diplomatique, financier et militaire à des organisations criminelles en quête de pouvoir et de territoires pour leurs trafics mafieux, tentatives de bloquer les transactions financières de la Fédération de Russie, provocations militaires, coups d’Etats et ouverture de conflits en Europe, sur tout le Maghreb, le Proche-Orient et en Asie centrale, etc. N’est-ce pas là du terrorisme avec des conséquences terribles pour les peuples ?! Tous ces conflits ouverts par Washington et menés de front depuis des décennies en font «le pays de la guerre» ainsi que je le montre dans Trump face à l’Europe. Je ne peux donc partager l’affirmation de maître Maktouf selon laquelle «tous les Etats sont décidés à lutter contre le terrorisme». Il y a ceux qui le combattent comme l’Algérie, la Fédération de Russie, l’Iran, la Syrie, l’Ouzbékistan, la République populaire de Chine et d’autres, et il y a ceux qui le soutiennent comme les Etats-Unis, la France, la Libye «démocratisée», à la mode Sarkozy, le Maroc, la Jordanie, Israël et les dictatures du Golfe persique pour ne citer que les principaux.

Maître Maktouf souligne que les «magistrats ont pris conscience qu’une femme est l’égale de l’homme et qu’elle peut commettre un acte aussi bien criminel que terroriste». Vous avez évoqué dans 56 le rôle que jouent les magistrats français dans la lutte antiterroriste…

Belle découverte des magistrats français si l’on en croit le propos de maître Maktouf ! La magistrature française a de curieux rapports avec les dirigeants de groupes terroristes comme avec le pouvoir politique. Le fait que les «magistrats aient pris conscience qu’une femme est l’égale de l’homme» est assez comique. Je rappellerai que les femmes algériennes du FLN comme Nafissa Hamoud, Fadila Saâdane, Djamila Bouhired et tant d’autres ont joué un rôle important pour combattre le terrorisme et libérer leur pays de l’occupation et du colonialisme français. De même, les Vietnamiennes étaient les égales des hommes pour chasser l’agresseur yankee de leur pays comme le sont aujourd’hui les Syriennes contre les gangs des Occidentaux. Les femmes sont souvent à l’avant-garde du combat pour défendre la vie, leur terre et leur culture. Pour ce qui est de la magistrature française, après avoir protégé des criminels recherchés par Interpol des années 1990 à 2011, celle-ci ne poursuit pas aujourd’hui les dirigeants français qui ont commis des crimes d’agression ou en sont complices. Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais également leurs Premiers ministres, ministres de la Défense et des Affaires étrangères peuvent être poursuivis et jugés par une juridiction criminelle française pour s’être rendus coupables de crimes relevant de la compétence de la Cour pénale internationale : le crime d’agression et le crime contre l’humanité. Le trafic d’armes ordonné par l’ancien président Hollande et organisé par le ministre de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian, actuel ministre des Affaires étrangères du gouvernement Philippe, accompagne juridiquement le crime d’agression. Cette procédure judiciaire est rendue possible en France par l’application de la Convention portant Statut de la Cour pénale internationale du 18 juillet 1998 intégrée dans le droit interne de la République française. Ainsi que l’explique l’ancien ministre des Affaires étrangères, ancien président du Conseil constitutionnel et avocat Roland Dumas dans l’une de ses interventions, «les chefs d’Etat eux-mêmes ne peuvent, en aucun cas, être exonérés de leur responsabilité pénale (un rapport de 2001 du Conseil de l’Europe confirme que les auteurs de crimes de masse, en dépit de leur rang, ne peuvent échapper à cette justice). Si les subordonnés ne peuvent invoquer la responsabilité du supérieur hiérarchique, ce sont les commanditaires qui sont principalement visés (…) La Cour pénale internationale est complémentaire des juridictions criminelles nationales. Elle n’est pas destinée à se substituer à ces juridictions. Elle n’exerce sa compétence que lorsque la juridiction nationale n’a pas la volonté ou les moyens de poursuivre en justice, ou qu’une affaire lui est déférée par le Conseil de sécurité.» De plus, «la Cour pénale internationale serait fondée à se déclarer compétente pour carence du système français de poursuite des crimes internationaux pour lesquels la Statut de Rome sollicite la coopération et la collaboration des Etats parties. Le système général de protection des droits fondamentaux, auquel la France a adhéré, serait réduit à un système sélectif de protection de certains droits à l’encontre exclusivement de certains dirigeants responsables d’une certaine politique étrangère…» On ne peut être plus clair. Pourquoi maître Maktouf, présentée par des médias comme «l’avocate patentée des victimes du terrorisme», et que l’on suppose donc qualifiée dans ce domaine, ne dénonce-t-elle pas cette situation dans les affaires liées au terrorisme qu’elle a en charge ? Elle pourrait d’autant plus le faire qu’elle plaide sur ces dossiers délicats au sein d’un système judiciaire est l’un des derniers des 45 pays du continent européen pour son efficacité et dont la hiérarchie est impliquée dans la protection de criminels…!

Selon maître Maktouf, «la loi devra être appliquée à tout ressortissant français impliqué». Y aurait-il une justice pour les dirigeants français coupables de soutenir et d’alimenter le terrorisme ?

Une justice «à deux vitesses», oui ! Maître Maktouf ne parle que des «mercenaires en herbe» qui sont des paumés devenus criminels après avoir rejoint des groupes terroristes. Ils ont fait le choix de partir en guerre, de s’engager dans des organisations criminelles, de tuer des victimes innocentes. Sauf à laisser leurs crimes impunis, ils devraient donc être jugés en Syrie comme des criminels de guerre. Maître Maktouf tient le même discours que ces avocaillons petits bourgeois qui voudraient nous faire pleurer sur le sort de ces assassins de retour au pays après qu’ils soient partis tuer dans les pays du Maghreb, en Libye, en Syrie ou ailleurs. Par contre, elle ne désigne jamais les dirigeants français qui se sont livrés à des crimes graves, en protégeant et en soutenant ces organisations criminelles et cela bien que leurs crimes aient conduit à la destruction de pays entiers comme la Libye et la Syrie, à la mort et au déplacement de millions de personnes ! Pourtant, d’autres avocats comme maître Damien Viguier ou maître Fabrice Delinde, des juristes comme Mélanie De Groof, universitaire et juriste du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, spécialiste des questions de transfert d’armes, de l’utilisation des drones et des aspects juridiques des actes liés à la violence armée, n’ont pas manqué de rappeler les principales dispositions du droit de l’Union européenne et du droit international sur ces questions. Rien ne justifie qu’un Etat comme la France arme des groupes – quel que soit leur statut – qui violent de façon flagrante et systématique les règles les plus fondamentales du droit. Que dit maître Maktouf sur ces principaux responsables du développement du terrorisme ? Rien ! Pas un mot ! Voilà qui fait beaucoup de silences pour une professionnelle du droit de la responsabilité. De fait, maître Maktouf oublie l’essentiel et ses silences sur la responsabilité des dirigeants français dans le développement de la violence contribuent à les dédouaner des crimes qu’ils commettent contre les pays arabes. Mais il ne faut pas s’en étonner quand des magistrats font eux-mêmes silence sur la complicité de dirigeants français avec des individus liés au crime organisé.

Vous voulez dire que des magistrats français ont protégé aussi bien des dirigeants impliqués dans la protection ou le soutien à des groupes criminels que des membres de ces organisations ?

Oui, raison pour laquelle mon travail fait l’objet d’une véritable censure en France, exception faite de médias comme Afrique-Asie ou TV Libertés. Il ne faut surtout pas dénoncer les complicités de dirigeants de l’Etat français avec ceux d’organisations criminelles ! Concernant la magistrature, des magistrats comme Alain Marsaud ou Jean-Louis Bruguière se gardent bien de mettre en cause la responsabilité des dirigeants politiques. Pourtant, les autorités policières et judiciaires françaises ont reçu les notices d’Interpol concernant plusieurs de ces criminels. La hiérarchie du ministère de la Justice français a donc été parfaitement informée des recherches d’Interpol comme de la présence en France de ces individus. De même, des preuves existent concernant le trafic de matériel militaire et d’armes comme de l’entraînement et de l’encadrement de certains de ces groupes par des instructeurs militaires français. Force est de constater que ces magistrats se taisent aujourd’hui tout comme ils se taisaient hier sur le rôle de leurs supérieurs hiérarchiques dans les bas-fonds des «amitiés franco-terroristes». Dans le cadre de mon investigation, j’ai voulu interviewer, début 2016, le juge Alain Marsaud sur cette situation. Cet ancien magistrat était bien placé pour répondre à mes questions car il était l’un des initiateurs de la 14e section du parquet de Paris, dite «section antiterroriste» et n’était plus en fonction, ce qui lui autorisait une certaine liberté de penser. Il n’a jamais répondu à mes questions malgré plusieurs relances orales et écrites. Je pense que ma première question a dû le mettre mal à l’aise : «Comme ancien magistrat fondateur du Service central de la lutte antiterroriste au parquet de Paris, comment expliquez-vous techniquement et politiquement cette protection accordée à des criminels ?» On peut y ajouter aujourd’hui les 56 dirigeants que je dénonce. Maître Maktouf peut s’en inspirer pour replacer les responsabilités là où elles sont d’autant que les victimes d’actes terroristes sont également indirectement celles de l’Etat français. En armant des groupes terroristes présentés comme une «opposition modérée» pour renverser des gouvernements, les dirigeants français ont également contribué à radicaliser des Européens ordinaires en plein désarroi économique, financier et moral. Si plusieurs de ces criminels ont des prénoms d’origine arabe, la plupart d’entre eux sont nés en Europe occidentale. Ils y ont grandi et la grande majorité d’entre eux refusent toute culture, ne sont pas musulmans et préfèrent la violence à la religion, en citant Jean-Paul Laborde, ancien magistrat à la chambre criminelle de la Cour de cassation, directeur exécutif du Comité contre le terrorisme (CTED) de l’ONU. Il est du reste intéressant de constater que pour les médias de ce côté de la Méditerranée les mots ont changé depuis que les attentats frappent également la France. De «révolutionnaires», «rebelles» ou «opposants modérés» en Syrie, les criminels des mêmes gangs des Frères musulmans, ou influencés par eux, sont devenus des «tueurs». Ils ne font plus la «révolution» mais commettent des «assassinats terroristes». Le ministre de l’Intérieur français devrait dire s’il considère comme son protégé Fahad Al-Masri, «porte-parole de l’opposition modérée» qui jugeait les attentats en Syrie comme des «opérations de qualité», que celles-ci le sont également lorsqu’elles frappent en France…

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi

 

Comment (8)

    Rayah
    28 février 2018 - 5 h 46 min

    Dans son interview, Mme Maklouf parle pour ne rien dire. Elle evite de discuter des vrais sources du terrorisme. En oubliant l’essentiel ou plutot en le cachant elle innocente les vrais responsables, les pays qui saisissent la moindre opprtunite pour eliminer tout chef d’Etat qui ne coopere pas. J’aurai souhaite qu’elle nous explique peut etre pourquoi, comment, un terroriste qui arrive a planifier son attentat au detail pret mais laisse neanmoins ses papiers d’identite sur les lieux du crime. Il faut du courage pour etre pret a mettre sa carriere en jeu afin de defendre la justice comme vous le faites si bien M. Izambert. Malheureusement Mme Maklouf n’en a pas.

    Farid1
    27 février 2018 - 19 h 56 min

    Merci pour la clarté!!!….
    J’ajouterai : qui est derrière la main rouge qui a assassiné dans les années 50 plusieurs résistants algériens, tunisiens et marocains et européens? …

    Mazouzi
    27 février 2018 - 15 h 58 min

    Cher Monsieur, votre interview avec A.P. est claire et je vous en remercie pour votre courage.
    En effet, comme on dit chez nous les responsables européens et surtout français ne voient que la bosse de leurs congénères quand à la leur…invisible. C’est ça l’art de se cacher derrière un tamis, nous espérons tous qu’un jour la justice internationale s’attaque à ces
    « irresponsables » et leurs faire avouer leurs méfaits et leurs destructions à travers nos contrées.
    Quand à la petite Tunisienne, rien d’étonnant de son côté, il ne faut surtout pas égratigner fafa ou quiconque de ce côté de la méditerranée. On appelle ça le complexe et la sous.fifrerie, c’est bien connu chez ces gens là quand il s’agit de la « mère patrie ».

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    issam
    27 février 2018 - 14 h 50 min

    Les dirigeants français impliqués dans le terrorisme s’appellent alain juppé,françois hollande,manuel valls plus tout les députés qui ont votés pour le bombardement en LYbie

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    1
    Anonyme
    27 février 2018 - 13 h 38 min

    La vérité finit toujours par éclater. Dieu merci,il y’a encore des hommes et des femmes intègres, quoique très rares, qui travaillent au service de cette vérité. Éclairer, et mettre à la lumière les sombres coulisses des magouilles internationales, est en soi une rude tâche, et monsieur Jean- Loup Izambert le sait. Ce monsieur
    a le mérite de révéler des faits que l’histoire retiendra. Bravo monsieur, pour les tonnes de travail réalisé,grâce à vos efforts,mais aussi bravo pour votre intégrité intellectuelle et votre bonne foi.

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    Kassaman
    27 février 2018 - 12 h 38 min

    Ouf! on respire…Après les versions … que l’on a pu lire lors de l’interview de Me maktouf.
    Ce M. Izambert, comme le dit le précédent commentaire, est le bienvenu en Algérie.

    17
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    anonyme
    27 février 2018 - 8 h 40 min

    M. Izambert, vous êtes le bienvenu en Algérie et chez moi, car vous êtes un homme de vérité !

    30
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    Argentroi
    27 février 2018 - 8 h 22 min

    On ne peut plus clair. Quelle maestria !

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