Appel à écrire l’histoire par des plumes algériennes

Amirouche martyrs
Le colonel Amirouche Aït Hamouda et à sa droite le lieutenant Abdelhafid Amokrane dans le maquis de la wilaya III. D. R.

Des Universitaires et chercheurs algériens ont rappelé, lors d’une rencontre sur la «mémoire culturelle» organisée mercredi à Alger, la nécessité d’ «écrire l’histoire par des plumes algériennes à partir d’une  approche culturelle qui questionne l’histoire».

Cette rencontre a été animée à la Bibliothèque nationale, sous l’intitulé «Mémoire et planification culturelle», l’enseignant à l’université de Annaba, Ali Khefif a relevé la nécessité de «saisir les contenus culturels constituant la mémoire» pour comprendre l’histoire tout en tenant compte des aspects identitaires auxquels elle se réfère.

Selon lui, les productions éditoriales et artistiques (films, pièces de théâtre, chansons, poésies …) qui consacrent l’histoire par des plumes et des conceptions culturelles autochtones et dévoilent les zones d’ombre entretenues par la «pensée occidentale», demeurent «insuffisantes».

De son côté, l’enseignant à l’université de Médéa, Salim Hayoula, a souligné l’importance de «réhabiliter» la mémoire nationale en réécrivant l’histoire «à partir de ses non-dits», citant les exemples de, Frantz Fanon qui a permis, a-t-il précisé, de «saisir le fait colonial» et Rachid Boudjedra qui a mis à nu, dans son ouvrage «L’hôtel Saint Georges», l’influence de l’esprit colonial, «réducteur» à l’égard des Algériens et «émancipateur» à l’endroit des occupants.

Evoquant le texte d’Edward Said, « Albert Camus, ou l’inconscient colonial », et « Le premier Homme », roman autobiographique inachevé d’Albert Camus, publié en 1994, Salim Hayoula a mis en avant le paradoxe de la mutation intellectuelle chez Camus, avant de rappeler la nécessité de « revaloriser les manuscrits » et consacrer ainsi l’identité culturelle, comme assise à l’écriture de la mémoire.

Le professeur à l’université de Khemis Miliana, Khaled Otmanine, a communiqué sur «l’inconscient colonial» régnant à l’époque, semé, entre autre, à travers la multiplication des publications qui avaient fini par inonder le marché, allant jusqu’à inciter les colons à «écrire leurs propres littératures», ce qui a amené, dans la première moitié du XXe siècle, l’émergence de «l’Algérianisme», un mouvement intellectuel qui avait pour mission de «véhiculer et généraliser l’esprit conquérant».

Khaled Otmanine a préconisé d’ «étudier cette période» pour établir cette stratégie malveillante de plus, destinée à mettre à exécution les intentions colonialistes de l’occupant français.

L’enseignant à l’université Alger 2, Ouahid Benbouaziz a quant à lui, basé son rendu sur «la décolonisation de l’histoire», expliquant d’abord les concepts des vocables, «histoire et mémoire» et la relation entre les deux, avant d’aborder la pensée colonialiste à travers plusieurs exemples d’œuvres qui prônent le «retour de l’esprit conquérant», à l’instar de «la mémoire, l’histoire et l’oubli», ouvrage du philosophe Paul Ricœur.

R. C.

Comment (8)

    Kahina-DZ
    23 février 2021 - 18 h 16 min

    Exactement !! C’est aux Algériens d’écrire leur histoire…Nous avons TROP tardé pour le faire, ce qui a ouvert la porte aux manipulations.
    Même l’histoire de la décennie noire/et la souffrance des Algérien doit être écrite par ceux qui l’ont vécue.
    Je n’ai Jamais compris pourquoi l’Algérie ne mémorise son histoire par des écrits…Il n’ya que l’écrit qui reste intacte(??).
    Dépêchez vous…Le temps passe vite….

    Yacine taxi🚕
    20 février 2021 - 23 h 09 min

    A bas la censure vive L ‘Algerie

    Yacine taxi🚕
    20 février 2021 - 22 h 13 min

    [email protected]
    Effectivement je te le concède ce Monsieur Azzi se trompe énormément

    Algerien Pur Et Dur
    20 février 2021 - 18 h 08 min

    S’il est vrai que l’histoire est ecrite par les vainqueurs non pas par les vaincus, ce que j’ai vu venir des notres jusqu’a ce jour est une histoire pour la plupart ecrite par des planqués qui veulent se donner un profile de vrai moujahid. Malheureusement la vraie histoire de notre guerre de liberation n’est pas prete à sortir de ses braises d’autant plus que ceux qui l’ont vecu sont ou soit mort les armes à la main durant la guerre ou pour la plupart décédé apres 1962. Le tres peu qui reste sont d’un age si avancé qu’ils se souviennent a peine de ce qu’ils ont mangé le jour d’avant. Apres les massacres economique, politique, sociologique, historique, linguistique, et culturel commis sous l’egide et les dictats du faux FLN d’apres 1962, il faut aussi mettre a son actif la valsification de la vraie histoire de la guerre de liberation. Les trois lettres de noblesse du FLN doivent etre solennellement mises au musee alors que ses adherants depuis 1962 doivent etre mis dans la poubelle de l’histoire.

    Elephant Man
    19 février 2021 - 20 h 06 min

    Perfect !
    Je ne reviens pas sur ce que j’ai déjà écrit à maintes reprises, l’Histoire s’écrit par le Vainqueur et non le bourreau criminel vaincu.

    Enfin il ont compris !
    18 février 2021 - 17 h 52 min

    Personne au monde ne charge une autre personne étrangère pour lui écrire son histoire, c’est tout simplement insensés et du jamais vue.
    Heureusement que l’Algérie à compris tardivement leur grave erreur.
    Mieux vaut tard que jamais.

    Chaoui
    18 février 2021 - 17 h 10 min

    Il n’est jamais trop tard pour bien…faire…

    Très bonne initiative de nos Universitaires et Enseignants.

    Je l’encourage autant que cette démarche constitue une affaire de chacun de nous, Algériens.

    Comme nombre d’autres endroits de notre Pays, ma demeure dans mon Douar Boudherem (Khenchela/El Hamma) dont les ruines sont encore visibles sur Google Maps (ici : 35.40036197558687, 7.089849443554202 ) avait été alors bombardée au napalm par l’aviation de l’occupant colonial français, tuant ma Grand-Mère et me brûlant moi-même tandis que je ‘avais que 3 ans, faits que je suis en train d’invoquer dans le livre que j’écris…).

      Thachawith
      20 février 2021 - 14 h 58 min

      Je crois plus, à mon âge, à l’écriture de l’histoire algérienne. Depuis 1962, on a masqué les évènements,les faits, les lieux marquants de la lutte d’indépendance. Comme les archives de la révolution.
      Concernant les bombardements au napalm voici un extrait concernant ce qui s’est passé à l’est de l’Algérie :

      Les aviateurs français ont peu parlé de
      leurs missions comportant des attaques au
      napalm. L’un d’entre eux, pourtant, le pilote
      de bombardier Germain Chambost, dans le
      troisième volet du documentaire diffusé à
      la télévision française en 1991 “Les années
      algériennes”, est le premier, semble-t-il, à
      avoir accepté d’avouer, longtemps après les
      faits il est vrai, qu’il a utilisé des “bidons
      spéciaux”. Se rendait-il compte du résultat
      de tels bombardements ? Un jour, “un
      avion marqueur avait largué un fumigène
      (pour indiquer la cible comme d’habitude),
      j’ai largué là les bidons spéciaux” et “j’ai
      vu un type courir que j’avais brûlé”. Mais,
      ajoute-t-il, “on ne se posait pas de questions”,
      tout simplement “on obéissait aux ordres”.
      Est-il possible d’en apprendre un peu
      plus aujourd’hui ? Nous avons rencontré
      récemment le général Robineau, pilote
      puis commandant d’un escadron de chasse
      pendant la guerre d’Algérie avant, beaucoup
      plus tard, de diriger le service historique
      de l’armée de l’air. Il a bien voulu nous
      parler longuement de ce qu’il avait fait et
      de ce qu’il avait vu après nous avoir fait lire
      l’article “Chasseurs des djebels” qu’il a écrit
      pour une revue. Dans ce texte, il évoque
      notamment la consommation “intense”
      de “bidons spéciaux” sur la grande base
      aérienne de Telergma au sud de Constantine,
      qui “desservait le Constantinois, l’Aurès, les
      Nementcha, l’Ouarsenis et leurs marches”
      et d’où décollaient les Mistral, Skyraider,
      Thunderbolt et autres aéronefs pour des
      missions d’appui des troupes au sol ou des
      missions “de bombardement systématique de
      points définis dans les zones interdites”. Des
      zones où “était ennemi tout ce qui bougeait,
      le plus souvent des bourricots et autres
      quadrupèdes qui servaient à la rébellion
      de moyens de transport et de réserves
      alimentaires” et où “il fallait entretenir
      l’insécurité”, autrement dit “rendre la vie
      impossible”. Il se souvient qu’à Telergma, “on
      pouvait voir chaque jour un adjudant-chef
      au profil de sorcière touiller avec un grand
      bâton dans un chaudron énorme le napalm
      qu’il transvasait aussitôt dans les bidons.”
      Quand on commente avec lui son article,
      il admet immédiatement que, sans qu’on
      puisse quantifier précisément le phénomène,
      le napalm était largement utilisé puisque
      c’était pour les aviateurs français une arme
      comme une autre, “banale” en fait. D’autant
      que, comme le pétrole ne coûtait alors
      presque rien, de même que les bidons en
      tôle contenant le liquide, c’était une arme
      “commode car la moins chère”. Les avions,
      précise-t-il, étaient souvent équipés de deux
      ou trois bidons de 500 litres, parfois en
      combinaison avec des roquettes et en sus des
      armes de bord. Le napalm, affirme-t-il, n’est
      pas seulement une arme pour effrayer, elle
      est “dégueulasse mais efficace” : “Si vous êtes
      dessous” quand on la largue, “la température
      passe immédiatement à 1000 degrés, vous êtes mort.”

      Et encore les fameuses opérations dans les Aures :
      Pendant la guerre d’Algérie le napalm fut utilisé notamment lors des opérations Aloès (décembre 1954), Véronique (janvier 1955) et Ariane. L’usage du napalm devint de plus en plus fréquent notamment lors de l’exécution du plan Challe du 6 février 1959 au 6 avril 1961.
      Lire ce qu’a été l’opération Eckhmül apprendra à tous que c’est la 1ère opération organisée par l’armée française après le 1 novembre , dans les Aurès.
      Il y a quelques jours le moujahid Azzi affirmait que c’est en wilaya 3 qu’a été déversé le napalm, pour la 1ère fois en 1958 !!!
      Juste pour dire que je ne ferai jamais confiance dans ce qu’écrivent les historiens …algériens, pour le moment, le but est de nous occuper et faire disparaitre les derniers témoignages !

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