Khalifa Laroussi change de camp (III)

Laroussi vire sa cuti. Il fait acte d’allégeance à Houari Boumediene contre son ancien compagnon d’armes, pour s’assurer le maintien dans les rouages du système. Il atteint son objectif et se fait nommer ministre de l’Industrialisation sous Ben Bella, puis ambassadeur à Londres pour quelque temps, puis directeur général d’Air Algérie. Il se donne au plus offrant. Il participe en 1967 au coup d’Etat fomenté par Tahar Zbiri contre Boumediene. Pour le gagner à la cause, le colonel Zbiri lui fait miroiter le poste de chef de gouvernement. Après une crise latente qui dure deux mois, Tahar Zbiri décide de renverser Boumediene. L’absence du chef d’état-major aux festivités du 1er Novembre et au défilé militaire n’est pas orthodoxe. Une sédition se prépare. La nuit du 27 décembre 1967, des troupes ralliées à Zbiri font mouvement vers Blida. Les factieux trouvent en travers de leur chemin des élèves en formation dans les écoles de guerre, des unités restées loyales à Boumediene, des unités de gendarmerie et des escadrons de l’aviation. Laroussi, qui prend fait et cause pour Zbiri, est mû par des considérations régionalistes. La tentative de putsch échoue lamentablement après quelques coups de bazooka et de roquettes tirées d’avions Mig 17 et 21. Laroussi est arrêté au domicile des Kebbache, ses beaux-parents, à Béjaïa, où son beau-père occupe la fonction de président de la Chambre du commerce et de l’industrie. Il tente de fuir accoutré en femme, mais il est vite rattrapé par la police politique de Boumediene. Jugé par la Cour révolutionnaire d’Oran, il écope d’une peine de prison ferme. Laroussi sort de prison après avoir purgé neuf mois. Il est sans le sou. Abattu, il se retourne vers son voisin du Paradou, dans le quartier cossu de Hydra, Mohamed Lemkami, à qui il demande de l’aider pour faire des études de pharmacie. Lemkami tombe des nues. C’est que Laroussi avoisine la soixantaine et a largement dépassé l’âge d’être admis à l’université. Lemkami, une autre figure de proue du MALG, alors directeur général de la Pharmacie centrale, et bien que sceptique, sollicite à son tour le Doyen de la faculté d’Alger, qui accepte. Entre-temps, Lemkami recrute Laroussi et lui octroie le même salaire que le sien, en plus d’un véhicule de service avec chauffeur, eu égard à son passé révolutionnaire. Il termine son cursus en 1974 et sollicite à nouveau son aide pour l’ouverture d’une agence alors que la loi interdit que des officines publiques soient cédées au privé. Lemkami s’en va transmettre la demande de Laroussi au ministre de la Santé, Omar Boudjellab. Ce dernier donne son accord à la condition que la pharmacie soit située en dehors d’Alger, pour éviter que cette entorse à la loi ne s’ébruite. Il prend possession d’une agence à Chéraga après avoir obtenu une dérogation des autorités officielles. Mohamed Lemkami revient sur cet épisode de la vie de Khalifa Laroussi dans son livre Les hommes de l’ombre(1). Il écrit : «Quelques mois après mon installation(2), j’avais reçu une vieille connaissance du MALG, Khalifa Laroussi qui venait de sortir de prison, condamné par la fameuse Cour révolutionnaire d’Oran, après la tentative de coup d’Etat du Tahar Zbiri dans lequel il avait été impliqué. Il était déprimé et venait solliciter mon aide. Il voulait à son âge reprendre ses études universitaires pour faire pharmacie. Il n’avait aucun salaire ou autre moyen pour vivre et faire vivre sa famille surtout que ses enfants étaient encore en bas âge.
C’était l’ancien directeur de cabinet de Boussouf du temps du GPRA et je ne pouvais pas le laisser tomber. Je l’avais immédiatement recruté au poste de directeur avec le même salaire que le mien. J’avais mis à sa disposition bureau, voiture et chauffeur pour toute la durée de ses études qui, d’après lui, ne devaient durer que deux ans, étant déjà ingénieur agronome. A l’obtention de son diplôme de pharmacien, il était revenu m’offrir ses services. Je lui avais conseillé d’aller plutôt ouvrir une pharmacie à son compte en déposant pour cela une demande au ministère. Je lui avais conseillé de choisir une agence de préférence à la périphérie, plus facile à obtenir et pour éviter au ministère des problèmes de passe-droits très gênants. Connaissant sa situation matérielle catastrophique, j’avais, avec l’accord du ministère, décidé de lui attribuer l’agence d’Etat de Chéraga qu’il avait proposée parmi d’autres. Je lui avais laissé tout le stock et l’agencement de cette agence qu’il allait payer à tempérament au bout de deux ou trois ans. Même le personnel avait été pris en charge sur les plans salaires et charges sociales par l’entreprise durant la même période.» Laroussi sortait petit à petit de la fange, profitant de ce que son passé révolutionnaire lui avait laissé comme sas ouvert par lequel il lui était permis de reprendre rang dans le très fermé club de Boumediene. C’est que ce dernier, en ces temps où la Sécurité militaire avait pour maître mot l’ubiquité, ne pouvait pas ne pas être au fait de cette perche tendue par le directeur général de la Pharmacie centrale au putschiste déchu.
Plus que l’argent, Khalifa a hérité de son père un désir ardent de réussite et d’opulence. Par tous les moyens.
M. Aït Amara
Demain : Les dessous d’une fortune
(1) Les hommes de l’ombre, éditions Anep, pp. 329, 330.
(2) A la tête de la Pharmacie centrale, en juin 1971.
 

Comment (9)

    Benouazzani
    31 décembre 2016 - 10 h 40 min

    Je ne crois jamais aux voyous
    Je ne crois jamais aux voyous




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    maleh
    5 avril 2013 - 12 h 15 min

    Moujahidine Vs Jihadistes Vs
    Moujahidine Vs Jihadistes Vs Shouhada Vs …




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    abdelkader wahrani
    5 avril 2013 - 11 h 20 min

    @ melah. el marhoum Bachir
    @ melah. el marhoum Bachir Boumaaza et Mohammed Harbi sont des valeureux moudjahidene, honnêtes, intégres et dignes de respect???.




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    Maleh
    4 avril 2013 - 21 h 19 min

    Après, c’est au tour de qui?
    Après, c’est au tour de qui? Boumaâza? Harbi?

    P.S : Pour tef-tef, benchicou s’en est déjà occupé, dommage pour AP.




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    AL
    4 avril 2013 - 20 h 43 min

    ce n’est pas gentil pour les
    ce n’est pas gentil pour les poulpes dont l’un d’eux est aussi célèbre mais pour d’autres miracles !




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    abdelkader wahrani
    4 avril 2013 - 12 h 28 min

    khelifa laroussi n´a pas
    khelifa laroussi n´a pas d´amis ex francais ancien sous-prefet de la france sa femme est une francaise c´est une taupe des services de renseignement de la france coloniale. détournement de l´argent du GPRA (trésor de guerre du FLN), laroussi khelifa il a trahi son maître si Abdelhafid Boussouf dit si Mabouk (rahimah Allah) laroussi khelifa ancien directeur du cabinet de Boussouf si Mabrouk mis sur la touche par si mabrouk et qui était passé avec armes et bagages a Boumediene. laroussi khelifa n´a pas d´amis, il n´a que des intérêts!!!.




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    Anonyme
    4 avril 2013 - 12 h 15 min

    « Plus que l’argent, Khalifa a
    « Plus que l’argent, Khalifa a hérité de son père un désir ardent de réussite et d’opulence ».Il a réussi et il a monté son empire!Dans le domaine des affaires ,il faut être toujours du coté du plus fort.Ce n’est pas de la sorcellerie . Hélas ,Moumème a fait de faux calculs sinon il serait,aujourd’hui le  »grand industriel » Algérien comme l’a fait le patron de cevital. Là,il a été naïf: Dommage!




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    Anonyme
    4 avril 2013 - 10 h 43 min

    Je pense que Laroussi devait
    Je pense que Laroussi devait en connaitre des casseroles gênantes et s’est pour cela qu’il a été remis dans le circuit et a eu accès à ces passes droits alors qu’il a participé a une tentative de coup d’état.Son fils doit en connaitre aussi pas mal,sinon je ne vois pas comment il a pu en si peu de temps construire une telle fortune alors qu’il avait et a toujours certainement le QI d’un poulpe.




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    Hamdi Sellami
    4 avril 2013 - 10 h 18 min

    Ou ce qu’on nous dira pas
    Ou ce qu’on nous dira pas dans les manuels scolaires 🙂
    Merci.




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