Le monde joue sur les mots pendant que le terrorisme se propage et redouble de férocité

C’est à une conférence internationale sur «l’extrémisme violent» et non pas sur «le terrorisme» que prendra part, à Washington, notre ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, Abdelkader Messahel, qui dirigera une importante délégation à ce rendez-vous international dont les travaux se déroulent mercredi et jeudi. Les appellations chez les Occidentaux revêtent toute leur importance, et chaque mot est pesé avant d’être jeté aux médias qui s’en accaparent et le diffusent en boucle jusqu’à devenir un automatisme. Il en est ainsi du «printemps arabe» dont le nom a été accrédité pour distinguer les soulèvements dans les pays arabes de ceux, parfois aussi violents, qui éclatent dans les capitales occidentales. Il en est de même de la «répression des manifestants» dans cette partie du monde et dans des pays comme la Chine ou la Russie, par opposition au «rétablissement de l’ordre» à Paris contre le délaissement éhonté des banlieues par le pouvoir central, à Londres contre les violences policières, à New York contre les bavures répétitives dont sont victimes les minorités noire et hispanique ou encore Montréal contre les mesures d’austérité. A Washington, ce mercredi, il ne sera pas question explicitement de terrorisme, mais d’extrémisme violent. Pourquoi cet intitulé pour une conférence qui regroupe la moitié de la planète et qui est censée débattre de ce phénomène transnational et déboucher sur des recommandations pour y faire face ensemble ? En tout cas, Abdelkader Messahel s’y rend, nous apprend l’APS, pour y exposer – encore une fois – «l’expérience algérienne dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, notamment les actions de déradicalisation». Un concept (déradicalisation) qui montre que l’Algérie a dépassé l’étape de la lutte antiterroriste centrée sur la solution sécuritaire et qu’elle est passée à celle du travail de fond sur la réintégration sociale de cette frange d’«égarés», là aussi un concept «créé» par l’Algérie pour expliquer que les islamistes qui ont pris les armes ont dévié du droit chemin et ont été initiés à des doctrines étrangères à notre islam séculaire. Les réticences américaines à utiliser le mot «terrorisme» pour désigner une rencontre qui lui est dédiée pourraient trouver leur explication dans la crainte de ses initiateurs de voir cette conférence réduite au seul terrorisme islamiste et, ainsi, provoquer la circonspection des pays arabes et musulmans, sans le soutien desquels une telle démarche serait vouée à l’échec. Les participants devront, dès lors, se mettre d’accord sur les concepts avant de pouvoir unifier les efforts contre un terrorisme paradoxalement financé, appuyé et armé par certains pays qui seront présents à Washington ce mercredi.
Karim Bouali
 

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