Diderot, Voltaire, Montesquieu : la France glorifie les racistes d’hier et condamne ceux d’aujourd’hui

Le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, même latents chez beaucoup de Français, et qui se manifestent de façon impromptue et dans des formes inattendues quand l’occasion l’impose, trouvent leurs racines dans les idées exposées par les grands philosophes et penseurs que furent, par exemple, Diderot, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu, pour ne citer que les Lumières. Un site spécialisé dans le Top 10 des plus insolites et drôles, voire choquants, a pris les 10 citations les plus racistes des philosophes des Lumières et ça donne un résultat très instructif sur des gens qui se prétendent civilisés et qui sont venus nous coloniser à ce titre, et dont les tares, finalement, ne datent pas d'aujourd'hui. Ainsi, pour Diderot (Encyclopédie, 1772), les Nègres, comme il les appelle, ont peu d'esprit. Quant à Voltaire, dans «Essai sur les mœurs et l'esprit des nations» (1753), il s’en prend directement aux juifs, aux aveugles et aux «Nègres», comme il l’écrit lui aussi. Dans «Le Dictionnaire philosophique» (1769), il récidive contre les juifs («la nation la plus détestable», écrit-il) et à nouveau il est raciste contre les Nègres dans le «Traité de métaphysique». Il raille les femmes dans «Le Sottisier» (paru post-mortem en 1883). Que dire de Jean-Jacques Rousseau qui n’épargne pas les femmes. Montesquieu va plus loin dans l’expression du racisme. Parlant des Noirs, il écrit: «Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes» (De l'esprit des lois, 1748). L’antisémitisme chez les philosophes des Lumières ne souffre d'aucune ambiguïté. Il serait intéressant aussi d’avoir un recueil d’écrits sur le colonialisme, on constaterait que bien des auteurs français contemporains de l’occupation de l’Algérie par leur pays n’étaient pas hostiles, à l’image de Victor Hugo, à l’expansion coloniale. Ils faisaient même dans l’apologie du colonialisme et ne cachaient pas leur mépris des populations africaines. En attendant cette étude, comment aujourd’hui pouvoir parler de l’égalité entre les hommes et les femmes, et des droits des Noirs, à des élèves «nourris» aux idées de philosophes des Lumières qui, eux-mêmes, on l’a bien vu, sont intolérants, voire racistes ? Comment attendre des jeunes, des banlieues ou d’ailleurs, qu’ils renoncent à leurs préjugés contre les «autres»? Qu’ils soient tolérants devant les différences ? Ne parlons pas de la lutte contre l’islamophobie, d’autant plus que cette forme de racisme et de xénophobie est entretenue à longueur de médias et quotidiennement, subtilement ou ouvertement, par des relais d’opinions et parfois des philosophes ou des écrivains. La couleur de la peau de l’«autre», son origine ethnique, sa religion quand elles ne sont pas «conformes» sont rejetées et sont l’objet d’une discrimination bien enracinée. Mais à l’intérieur même de la société «civilisée», il y a une discrimination qui vise les femmes dont on a lu ce qu’en pensaient les philosophes des Lumières. Selon une étude récente, pour avoir les mêmes droits et devoirs sur leur lieu de travail, hommes et femmes en France devront encore patienter très longtemps.
Houari Achouri

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