Oléagineux : l’Algérie dernier de la classe au Maghreb

Longtemps, nous avons cru que l'huile produite en Algérie provenait de graines de colza ou de tournesol triturées localement. Or, il n'en est rien. Une étude du marché local montre que nous consommons essentiellement de l'huile de soja. Cette huile est importée principalement d'Ukraine à l'état brut puis raffinée localement. Une telle situation nous met bon dernier au Maghreb. En effet, Maroc et Tunisie triturent les oléagineux de l'huile qu'ils consomment. Sommes-nous condamnés à rester les derniers de la classe ? Les importations de graines oléagineuses, huiles végétales brutes et tourteaux sont de l'ordre de 1,4 milliard de dollars en 2011. Les huiles brutes occupent 61% de cette valeur et les tourteaux 36%. Après les céréales (4,4 milliards de dollars) et le lait en poudre (1,5 milliard de dollars), il s'agit là du troisième poste d'importation de produits alimentaires. Cette situation est désastreuse en matière de finances publiques. Elle est désastreuse également en matière d'aliments. Une trituration locale de graines importées pourrait permettre une production de tourteaux. Rappelons que les tourteaux sont très utilisés en alimentation du bétail. Mieux, il s'agirait de tourteaux frais, non oxydés, et donc de meilleure qualité. Différentes études marocaines montrent qu'en matière d'aliment de volaille, pour remplacer en partie le maïs importé par de l'orge, il est primordial d'augmenter les doses de tourteaux d'oléagineux. Par ailleurs, habituer les agriculteurs locaux à produire du colza, c'est aussi les initier à la possibilité de semer du colza fourrager. Il s'agit là d'un fourrage à pâturer qu'il est possible de semer dès le mois d'août avec, au début, une irrigation d'appoint. Rajoutons que les tourteaux de soja sont utilisables en alimentation humaine. Ils sont très consommés en Asie. En France, ils sont présents à raison de 15% dans certaines marques de steaks hachés. Enfin, cette situation est désastreuse du point de vue agronomique. Dans les rotations actuelles, les céréales à paille reviennent trop souvent. Cela est à l'origine de problèmes de désherbage, de maladies ou de ravageurs. Le colza ou le tournesol permettrait de rallonger les rotations. Afin de gagner en rendements céréaliers, les agriculteurs algériens ont un besoin pressant de diversification de leur système de culture. Au Maroc et en Tunisie, les situations sont différentes. Colza et tournesol sont beaucoup plus présents qu'en Algérie.
Des oléagineux fabriqués en Algérie
Avec une consommation de 12 kg par tête d’habitant, l'Algérie dispose d'une industrie de raffinage conséquente. On compte pas moins de 5 opérateurs : Cevital (50 à 60% du marché), Afia International Algeria (20%), Groupe La Belle (15%), Prolipos (6%) et Safia. Afin de réduire les importations d'oléagineux, une stratégie des pouvoirs publics pourrait obliger ces industriels à s'approvisionner en partie en oléagineux produits localement. Le groupe Cevital a même déposé auprès des pouvoirs publics une demande en ce sens. Ce projet comprend la construction d'une usine de trituration de graines oléagineuses d'une capacité de 3,3 millions de tonnes par an. Le volet agricole de ce projet prévoit la production locale de graines oléagineuses et de tourteaux. Ce projet serait en stand by. La société SIM a prévu de développer la production d'aliments de bétail avec un partenaire français, Sanders. Comme la production d'aliments de bétail requiert l'emploi de tourteaux, cette société aurait intérêt à contribuer au développement d'oléagineux dans son bassin d'approvisionnement : la région Centre.
Par ailleurs, comme pour l'industrie des oléagineux, les pouvoirs publics devraient imposer à tout producteur d'aliments de bétail de s'approvisionner, au moins partiellement, en matières premières locales.
Contractualisation ou production d’huile à la ferme
Les grands groupes agroindustriels de transformation sont les partenaires naturels des agriculteurs. Ces industriels ont besoin de matières premières. Une politique de contractualisation pourrait leur assurer une source d'approvisionnement en quantité et qualité. Indépendamment de ces industriels, les agriculteurs peuvent mettre sur pied des structures coopératives afin de maîtriser la production d'oléagineux et de transformer ces graines en huile et tourteau. Cela existe, par exemple, en France. Ainsi, Sanders, le partenaire de SIM, appartient à un grand groupe coopératif français. Certes, au vu de la situation de la paysannerie algérienne de tels projets peuvent paraître très ambitieux. On le voit avec la filière lait où les agroindustriels sont pratiquement privés ou étatiques, à l'exception de la Coopsel de Sétif. Mais on peut imaginer que dans des régions fertiles, de grandes et moyennes exploitations privées ou du secteur public développent une production de colza ou tournesol et une activité de trituration. De telles initiatives pourraient également être prises au niveau d'exploitations agricoles individuelles. Il existe sur le marché local des presses à huile. Elles peuvent convenir à une pression à froid des graines oléagineuses.
Capter un marché de 1,4 milliard de dollars
Une analyse de la filière huile en Algérie montre l'absence de stratégie cohérente de la part des pouvoirs publics. Cette incohérence se traduit par une hémorragie en devises ainsi qu'un manque dans la création induite d'activités et d'emplois en amont et en aval de la filière. A ce titre, on peut dire que les tenants de la ligne du «tout importation» ont une lourde responsabilité dans le marasme actuel de la filière. Des mesures simples telle l'obligation d'une trituration locale complétée d'une obligation d'approvisionnement partiel en graines produites localement auraient pu permettre un début d'intégration nationale. L'argument selon lequel il s'agit de hiérarchiser les priorités ne tient pas. On ne peut prétendre réussir l'intensification céréalière et ensuite développer les oléagineux. Les deux doivent progresser ensemble. Agronomiquement, ils sont complémentaires. C'est le cas lorsqu'on considère les rotations culturales et l'alimentation animale. A ce propos, il est regrettable que le projet proposé par Cevital n'ait reçu aucun écho de la part des autorités. L'absence de stratégie actuelle fait que les agriculteurs n'ont rien à attendre des pouvoir publics. Les oléagineux sont des productions de grandes cultures. Il revient tout naturellement aux céréaliers d'en avoir la charge. Déjà 20 000 ha sont plantés en colza. Ils ont permis, en 2012, la production de 50 000 t. A eux de s'emparer de ce dossier et d'un juteux marché de 1,4 Md de dollars. Depuis 2011, le prix plafond de l'huile est de 120 DA/l. En cas de réduction des marges, suite par exemple à une hausse des cours mondiaux de l'huile brute, un mécanisme de compensation étatique indemnise les industriels. Pourquoi les paysans producteurs d'oléagineux et développant une activité de trituration ne pourraient-ils pas profiter d'un tel mécanisme ? Les récents progrès techniques en matière d'itinéraires techniques (semis directs, désherbage, irrigation d'appoint) permettent des marges rémunératrices. Surtout en comptant sur des circuits courts de commercialisation et sur la valorisation des sous-produits tels les tourteaux. S'ils ne le font pas, d'autres le feront à leur place comme Danone dans le cas de la filière lait. Déjà, par rachat d'entreprises locales, le groupe Lesieur est présent au Maroc. Il y développe, avec succès, une huile associant soja, colza et tournesol. En Algérie, la marque d'huile Afia appartient à une filiale du groupe saoudien Savola. Certes, une société telle Lesieur dispose d'un savoir-faire technique certain. Cependant, les profits générés par leurs activités profitent avant tout à leurs actionnaires. L'idéal serait des partenariats plus équilibrés de type win-win.
L'agriculteur ne doit pas se contenter d'une courte vue. Son horizon ne doit pas être limité à la parcelle, et encore moins à son exploitation. Il doit également viser le marché. C'est à des leaders paysans audacieux de se préoccuper du marché et de tracer la voie vers la culture des oléagineux. A eux de créer de mini-bassins de production et de fédérer les composantes d'une future interprofession. A partir d'un noyau de producteurs, il est possible de développer une politique d'essaimage d'autant plus que le matériel de culture des oléagineux est quasiment identique à celui des céréales. En association avec des agriculteurs privés ou des ingénieurs agronomes des EAC, les élites rurales (diplômés sans emploi, fonctionnaires en reconversion, jeunes retraités, bénéficiaires de l'Ansej) peuvent mettre sur pied des huileries approvisionnées par des oléagineux produits localement. Avec les huileries approvisionnées en olives, les agriculteurs locaux disposent déjà d'un modèle local de production d'huile. A eux d'imposer aux pouvoirs publics un rapport de force leur étant favorable. Rapport pouvant permettre, par exemple, de disposer de postes budgétaires afin de créer des cellules agronomiques de recherche-développement et d'appui technique aux producteurs. Une collaboration avec des partenaires étrangers tel Cetiom.fr permettrait la mise au point plus rapide de référentiels techniques. La filière des oléagineux en Algérie a besoin de visionnaires paysans, ruraux et agroindustriels… patriotes.
D. B.
Ingénieur agronome

Comment (4)

    Anonymous
    15 juin 2017 - 13 h 38 min

    Bonjour. Les gens qui
    Bonjour. Les gens qui connaissent le développement de l’algerie ont les laisse écrire des articles et les gens qui connaissent rien au développement on les laisse agir et aprés on dit pourquoi tous va de travers… Merci Monsieur pour votre article.




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    Sofiane
    15 mars 2017 - 20 h 23 min

    Bonsoir, svp j’ai besoin des
    Bonsoir, svp j’ai besoin des informations sur les points suivants:
    1-La production et la consommation des huiles en Algérie.
    2-Les huiles usagées dans le monde.
    3-Les huiles usagées en Algérie.
    4-La quantité des huiles usagées recyclées en Algérie.
    5- La quantité d’huile usagée utilisé dans chaque secteur (biodiesel, combustible…Etc)




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    kellali narimane
    29 octobre 2016 - 19 h 54 min

    puis je avoir l’adresse e
    puis je avoir l’adresse e-mail de l’auteur SVP c’est pour des fins pédagogiques




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