Energie : l’Union européenne tient bien au gaz algérien

L’Union européenne ne compte pas renoncer aux fournitures algériennes en gaz. Le porte-parole du commissaire européen en charge du climat et de l’énergie, Anna-Kaisa Itkonen, assure que l’UE tient bien au gaz algérien. L’Algérie, faut-il le rappeler, est le troisième fournisseur de l’Europe en gaz, derrière la Russie et la Norvège. Et elle restera un «partenaire clé» de l’Union européenne dans le cadre de sa stratégie visant à assurer la sécurité énergétique de l’Union. «Les estimations de la consommation européenne de gaz, quel que soit le scénario, montrent que l’UE continuera à être un grand marché pour le gaz. L’UE restera en tout cas un importateur de gaz dépendant des fournisseurs externes. Dans ce contexte, l’Algérie continuera à être un fournisseur clé pour l'Europe, et pourra même augmenter ses parts de marché», a-t-elle souligné, considérant que la nouvelle stratégie énergétique de l’Union table sur le développement du GNL. Ainsi, l’UE envisage la construction de nouveaux terminaux et leur raccordement au réseau européen de gazoducs. Une telle option confirme que l’Algérie a à la fois une opportunité et un défi à relever. «Il y aura davantage de points d’entrée en Europe pour le gaz algérien, mais il y aura aussi davantage de concurrence de la part d’un nombre grandissant d’autres fournisseurs en gaz», a soutenu la porte-parole du commissaire Canete. Les infrastructures d’accès au marché européen ne posent pas de problème dans la mesure où des infrastructures importantes de transport du gaz de l’Algérie vers l’Europe existent déjà. Ces grandes infrastructures sont d’ailleurs «sous-utilisées». Pour l’UE, donc, «le vrai défi se pose au niveau de la production : il faut relancer les investissements dans de nouveaux projets d’exploration et production de gaz». Et la relance de la production et de l’investissement n’est pas chose aisée. Elle requiert «un cadre réglementaire et des conditions dans lesquelles les compagnies étrangères opèrent». Les assurances de l’UE sur le maintien des parts de marché de l’Algérie en Europe interviennent dans un contexte marqué par l’arrivée en masse du gaz américain, mais aussi qatari. Le gaz de schiste américain, en surproduction, arrive ces derniers mois en grandes quantités sur le marché du Vieux Continent. Selon une étude réalisée par le professeur émérite à l’université Paris-Dauphine, Jean-Marie Chevalier, pour le compte du Cercle des économistes, l’Europe a reçu sa toute première livraison de gaz de schiste américain il y a deux mois. «Elle a été effectuée pour le compte de la société suisse Inéos et apparaît comme une révolution dans le secteur de l’énergie sur le Vieux Continent», a relevé ce grand spécialiste du marché mondial énergétique, précisant que «les premières livraisons d’éthane sont arrivées en Europe en 2015, donnant à la pétrochimie européenne une matière première abondante et bon marché». Ce membre du Cercle des économistes, un acteur reconnu du monde économique, a affirmé que les prochaines livraisons de méthane (le gaz naturel) sont attendues en 2016-2017, notamment au Royaume-Uni et en France. Ce qui est encore plus inquiétant est que le coût de revient du gaz de schiste américain reste très faible, ce qui le rend très compétitif. «Ceci devrait avoir pour effet de renforcer les pressions à la baisse sur les prix du gaz à l’importation et, donc, sur les prix aux consommateurs. Ce nouveau flux gazier renforce l’interconnexion des marchés gaziers internationaux entre le marché américain qui peut à la fois approvisionner les marchés européens et les marchés asiatiques. L’avantage américain est fondé sur le faible coût de son gaz de schiste», a insisté Chevalier.
Sonia Baker

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