Interview – Le Palestinien Mohamed Madi : «Le régime marocain me menace»

Palestine Madi
Mohamed Madi brandissant le drapeau sahraoui. D. R.

Dans cette interview, le président du Comité palestinien de solidarité avec le peuple sahraoui, Mohamed Madi, réagit aux menaces marocaines diffuses dont il fait l’objet, et qui se sont accentuées depuis l’apparition du drapeau sahraoui dans les manifestations palestiniennes. Il rappelle, à l’occasion, les accointances du régime de Rabat avec l’entité sioniste.

Algeriepatriotique : Pouvez-vous nous décrire la situation qui prévaut actuellement à Ghaza ?  

Mohamed Madi : La situation dans la bande de Ghaza est explosive, avec notamment les massacres et les crimes contre l’humanité commis par l’ennemi sioniste, alors que la Marche était pacifique et que «les camps du retour» regorgent de familles et de civils vivant dans des tentes. La riposte sera foudroyante de la part de la résistance palestinienne. De son côté, l’Autorité va poursuivre les dirigeants ennemis sionistes dans les instances internationales, exigeant d’inscrire les dirigeants ennemis sur la liste noire pour les présenter devant les juridictions pénales internationales.

D’ici, du camp du retour planté devant les barbelés dressés à l’est de la bande de Ghaza, nous réitérons la poursuite de la Grande Marche du retour jusqu’à la victoire finale ou la mort.

Des sources médiatiques ont fait état de menaces lancées par les services de renseignements marocains contre vous. Confirmez-vous ces informations ?

Ces menaces existent et elles n’ont jamais cessé, en fait. Je confirme que les services marocains et leurs alliés ont commencé à exercer leurs pressions et à m’adresser leurs menaces depuis déjà plusieurs années. La dernière en date était concentrée sur ma famille à travers les réseaux sociaux, à l’effet de m’amener, moi personnellement, à abandonner mon soutien à la cause et au peuple sahraouis. Et je crois que la presse sahraouie et internationale a traité le sujet avec détails.

Je rappelle que le port du drapeau du Sahara Occidental relève des activités traditionnelles du Comité palestinien de solidarité avec le peuple sahraoui pour faire connaître cette cause qui, faut-il le rappeler, a un lien historique avec la lutte du peuple palestinien depuis les années soixante-dix. La visite effectuée par George Habache dans les camps de réfugiés sahraouis en 1979 et la rencontre qui avait eu lieu, avant, entre le fondateur du Polisario, Ouali Mustafa Essayid, et George Habache à Beyrouth prouvent à quel point les deux causes sont liées.

Quel type d’activités entreprenez-vous dans le cadre du comité que vous présidez ?

Le Comité palestinien de solidarité avec le peuple sahraoui essaie depuis sa création en 2016 de mener des actions dans des circonstances parfois difficiles, notamment depuis que les autorités de la bande de Ghaza ont décidé, il y a deux ans, d’interdire le Comité de toute activité. Il faut noter ici que le Comité n’a reçu aucune notification attestant cette interdiction, alors qu’il est le premier concerné par l’affaire. Nous l’avons appris par les médias, et notamment marocains, et nous avons dénoncé cela dans une déclaration. Donc, faute de notification officielle, nous avons continué à activer dans les limites de nos possibilités, et nous avons pu mener plusieurs actions de soutien à la lutte du peuple palestinien, sans que cela ait pu nous détourner de nos actions en faveur de la cause sahraouie. La dernière en date fut l’exhibition de l’emblème du Polisario lors des Marches du retour et, avant cela, notre participation à la manifestation pour la victoire d’El-Qods de juillet 2017, avec un nombre incalculable de drapeaux sahraouis et algériens. A cela, il faut ajouter les forums de débat pour faire connaître aux citoyens le Front Polisario comme un mouvement de libération et le peuple sahraoui comme un peuple ami historique du peuple palestinien. Ceci pour ce qui concerne le travail de terrain. L’autre activité concerne la diffusion de déclarations pour réagir à la moindre évolution de la question sahraouie, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, en plus de notre participation aux différentes rencontres internationales ayant pour thème la question sahraouie, et des visites effectuées dans les camps de réfugiés sahraouis, comme cela s’est passé à l’occasion de la tenue du Congrès des travailleurs de Seguia El-Hamra et Orio de Oro en décembre 2016. Ajoutez à cela l’envoi, le 31 mai 2017, d’une sculpture en céramique vers les camps de réfugiés en hommage aux deux martyrs sahraouis, Mustafa Essayid et Mohamed Abdelaziz.

Un dirigeant du Hamas a dénoncé l’initiative prise par des manifestants palestiniens de hisser le drapeau sahraoui lors de la Marche du retour. Il a même expliqué à un journal marocain que cet incident ne reflétait pas, selon ses termes, l’opinion dominante au sein du peuple palestinien. Que répondriez-vous?

En effet, nous avons lu les propos tenus par le porte-parole du Hamas, Sami Abu Al-Zahri. Nous comprenons les pressions que subit le Hamas de la part du Maroc sur cette question. Mais, en même temps, nous devons dire que la lutte des Sahraouis est liée à celle que mène le peuple palestinien, et tout le monde sait que le cas du peuple sahraoui reflète bien la célèbre devise de George Habache : «Le meilleur que vous puissiez donner à la cause palestinienne, c’est de lutter contre les régimes réactionnaires.» Je pense que, de mon point de vue personnel qui est partagé par tous les membres du Comité, la lutte du peuple sahraoui contre l’occupation marocaine est en soi une forme de soutien indirect à la lutte du peuple palestinien. Ceci pour une raison fondamentale, à savoir que le Maroc entretient des relations historiques avec l’entité sioniste. C’est lui qui a facilité l’émigration destinée à la colonisation vers les Territoires palestiniens occupés. Ce n’est pas moi qui le dis, mais d’anciens officiers des services marocains. Il s’agit surtout du fameux «CAB 1» (actuelle DGED, Ndlr), qui a monté de nombreux complots contre les Palestiniens. Je profite donc de cette tribune pour demander au commandement du peuple palestinien de revoir un certain nombre de positions et d’alliances qui n’offrent rien à la cause palestinienne. Quant à dire que le drapeau du Polisario ne reflète pas l’opinion dominante du peuple palestinien, je ne sais pas franchement quel critère est utilisé par l’auteur de ces propos.

Comment les Palestiniens réagissent généralement, à Ghaza et en Cisjordanie, aux derniers développements relatifs à la question sahraouie face à l’escalade ordonnée par les autorités marocaines ?

Deux facteurs expliquent cette présence intermittente de la cause sahraouie dans l’esprit des Arabes en général : le premier a trait à l’absence de la cause du peuple du Sahara Occidental dans les médias arabes. Rares sont ceux qui connaissent l’histoire du peuple sahraoui et, du coup, la majorité n’est pas au fait des derniers développements pour. L’autre raison est que les citoyens arabes et palestiniens sont trop meurtris par les guerres et occupés par leur propre survie. Plus de la moitié de nos populations n’ont pas de quoi manger, comment voulez-vous qu’elles débattent des questions de libération ? Ces deux facteurs ont donc incontestablement un impact sur les Palestiniens que le Comité palestinien tente de briser, en sensibilisant toujours davantage le peuple palestinien sur cette expérience du Polisario qui mérite d’être connue et peut servir d’exemple aux autres peuples de la planète.

Avez-vous des contacts réguliers avec les représentants du peuple sahraoui ? Si oui, à quel niveau ?

Le Comité palestinien de solidarité avec le peuple sahraoui a une forte assise au sein du peuple sahraoui, et presque tout le peuple sahraoui connaît notre Comité et en connaît les membres et le bureau exécutif, grâce à notre attachement aux préoccupations quotidiennes du peuple sahraoui, et je pense qu’aussi longtemps que durera cette grande amitié avec le peuple sahraoui, nous entretiendrons le même rapport avec la direction sahraouie.

Entretien réalisé par Mohamed El-Ghazi

Comment (4)

    ALgerien06
    12 juin 2018 - 20 h 32 min

    Faut Faire Fleurir Le Drapeau RASD dans le Monde Entier
    Au coté du Drapeau Palestinien
    Qu’ils viennent nous l’enlever des Mains

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    Anonyme
    18 mai 2018 - 7 h 37 min

    Tant que shlomo 6 se faisait passer pour le protecteur d’El Quods la discrétion du soutien palestinien vis à vis de la cause sahraoui pouvait s’expliquer. Plus maintenant que la supercherie a été mise à nue avec la décision de Trump et que complicité maroco-israélienne est de plus en plus voyante et assumé. Les colonisations marocaine et israélienne sont d’ailleurs très proches; en quelque sorte, qui s’assemblent se rassemblent.
    Les sévices des Sahraouis dans les territoires du SO occupés sont aussi inhumains que ceux subits par les Palestiniens.

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    Mme CH
    17 mai 2018 - 22 h 30 min

    Une multitude de peuples ont réussi à gagner leur indépendance en luttant, au moment même où les peuples Palestinien et Sahraoui sont mis dans l’impossibilité de s’opposer à l’aboutissement de la colonisation systématique à laquelle la Palestine et le Sahara occidental sont soumis depuis des décennies. Donc une solidarité entre les deux peuples est tout à fait légitime, je ne vois pas pourquoi le Makhzen a les boules….Ah! j’ai failli oublié que c’est Azoulay qui commande par conséquent le Crif et les sionistes de l’Etat voyou…! Toutefois, ce qui a été pris par la force, sera repris par la force…!

    Ramadhan Karim aux deux peuples frères qui souffrent de la colonisation, de la traîtrise et du silence…ça fait beaucoup..!

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    BabElOuedAchouhadas
    17 mai 2018 - 20 h 58 min

    Moi je ne crois pas trop les Palestiniens et donc le peuple du Sahara occidental doit faire attention à ce soutien palestinien et ce n’est ni les peuples de la Syrie ni celui du Yémen qui vont me contredire.

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