Les deux premières étincelles libératrices contre le colonialisme français éteintes

mada Madagascar
Monument à l'insurrection malgache contre la colonisation française en 1947. D. R.

Par Mesloub Khider – Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la population française était exsangue. Que dirait-on des populations «indigènes» des colonies françaises ? Dans tous ces pays colonisés, notamment l’Algérie et Madagascar, les populations étaient accablées de misère, affamées. Mais le grondement de la révolte troublait déjà sourdement l’atmosphère sociale. L’insurrection anticolonialiste, embusquée derrière le fracas des échos de la débandade française, accentués plus tard par l’effondrement du régime vichyste, fourbissait ses armes. L’heure de la lutte armée anticolonialiste sonnait l’alarme du réveil des consciences politiques subversives, libératrices.

Après le long sommeil d’asservissement, marqué d’une vie coloniale cauchemardesque, le soulèvement insurrectionnel s’est résolu de sortir de son lit pacifique pour emprunter la voie tempétueuse de l’indépendance révolutionnaire nationale.

Contre la pusillanimité des organisations indigènes œuvrant pour l’indépendance par voie légale et pacifique, indépendance conçue dans le cadre de l’union française et du maintien des intérêts économiques de la France, de nouvelles formations politiques révolutionnaires secrètes se sont donné pour programme maximaliste le soulèvement armé contre la puissance française colonialiste. Le baptême du feu a été déclenché en Algérie le 8 mai 1945.

En ce jour de la libération de la France du joug nazi, tandis que la population française fêtait dans l’allégresse sa liberté recouvrée, les Algériens ont cru bon de s’inviter aux festivités des libérations nationales pour revendiquer également leur indépendance, la restauration de leur souveraineté nationale. Mais, aux yeux de la France coloniale, l’indépendance de l’Algérie n’était pas prévue dans son menu de la restauration des libertés. Les Algériens ne peuvent prétendre goûter les délices de la libération, réservée, selon la conception coloniale, aux seuls Français. L’Algérien devait encore manger la vache enragée. Subir le joug colonial. Nourrir la France coloniale. Trimer pour les pieds noirs. Vivre dans l’indigence sous le code de l’indigénat.

Pourtant, sans avoir reçu d’invitation, le peuple algérien est entré dans la scène de la nouvelle histoire amorcée le 8 mai 1945, jour de la Libération. Il s’est emparé de la rue pour réclamer aussi sa libération, son indépendance. Dans la liesse, dans plusieurs villes d’Algérie, des manifestations populaires donnaient le la des revendications des indépendances nationales. Mais la France coloniale ne comptait pas laisser les Algériens occuper la rue, réclamer leur libération. Comme à l’accoutumée, la France coloniale réprimera dans le sang ces manifestations. Bilan : 45 000 morts en quelques jours.

A Madagascar, à partir de 1946, des manifestations violentes se déroulent dans différentes villes de l’île contre l’arbitraire. Ces manifestations se transforment rapidement en émeutes, aux cris de «Vive l’indépendance !».

Plus tard, le 29 mars 1947, des centaines d’hommes se soulèvent contre la misère et, surtout, contre les exactions des colons, ces colons imbus de leur supériorité, installés dans leur domination.

Armés seulement de sagaies et de coupe-coupe, ils attaquent des villes côtières et des plantations. Ils s’en prennent aux Européens. Le soulèvement s’amplifie. Rapidement, toute l’île s’embrase.

La réaction coloniale est violente et brutale. Elle débute le 4 avril, appuyée par l’instauration de l’état de siège.

La France coloniale dépêche immédiatement à Madagascar des troupes coloniales (tirailleurs sénégalais). Au total, 18 000 hommes début 1948 : infanterie, parachutistes et aviations attaquent les civils désarmés. La répression va s’abattre sur la population malgache révoltée.

Ces premières révoltes sont durement réprimées : tortures, exécutions sommaires, regroupements forcés, incendie de villages, etc. Au cours de cette expédition punitive à Madagascar, l’armée française expérimente une nouvelle technique de guerre psychologique : des suspects sont jetés vivants d’un avion pour terroriser les villageois de leur région.

En l’espace de quelques mois, la «pacification» fera 89 000 victimes malgaches. Les forces coloniales perdent 1 900 hommes (essentiellement des supplétifs malgaches). On compte aussi la mort de 550 Européens, dont 350 militaires.

Au reste, il faudra plusieurs mois aux forces armées coloniales pour venir à bout de la rébellion. Le 7 décembre 1948, De Chevigné, haut commissaire de France à Madagascar, déclare : «Le dernier foyer rebelle a été occupé.» Bilan : l’île est ravagée et on dénombre 89 000 morts reconnus officiellement, sans compter les blessés, les personnes arrêtées, les torturés.

Tristement, au cours de ces longs mois de massacres, dans la métropole, les organisations malgaches et françaises ont brillé par leur silence criminel. Aucune formation politique n’a dénoncé les répressions, encore moins apporté son soutien aux insurgés indépendantistes. De même, les dirigeants du mouvement ouvrier ne manifestent aucune sympathie pour des insurgés mais prononcent, au contraire, une condamnation sans appel.

Comme lors de l’écrasement du soulèvement du peuple algérien le 8 mai 1945, le Parti communiste français, participant au pouvoir colonial français, a également observé un silence criminel. En revanche, il a manifesté son soutien indéfectible à l’empire colonial français.

En juin 1947, au onzième congrès du PCF à Strasbourg, Maurice Thorez déclare : «A Madagascar, comme dans d’autres parties de l’Union française, certaines puissances étrangères ne se privent pas d’intriguer contre notre pays.» Déjà, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, dans l’organe théorique du PCF, Les Cahiers du communisme d’avril 1945, on peut lire : «A l’heure présente, la séparation des peuples coloniaux avec la France irait à l’encontre des intérêts de ces populations.»

Il est de la plus haute importance de relever que l’une des plus sanglantes interventions militaire de l’impérialisme français commence sous un gouvernement socialiste, auquel participe également le PCF. Ce dernier occupe, entre autres, le ministère de la Défense nationale (François Billoux). Le parti communiste ne manifeste aucune opposition catégorique à l’envoi de renforts militaires, comme à la répression des insurgés. Déjà, lors de la répression contre le soulèvement du peuple algérien le 8 mai 1945, le ministère de l’Air et de l’Armement était dirigé par un membre du PCF, Charles Tillon.

Sous le ciel de la France, les nuages des massacres poursuivent toujours leur pérégrination, de siècle en siècle.

M. K.

Comment (7)

    orso
    21 février 2019 - 4 h 57 min

    Les tirailleurs ont été d’une remarquable fidélité . ils étaient nés sous la colonisation. et ne connaissaient que la Colonisation Ils savaient ce qu’ils défendaient . En général ,le tirailleur avait une bien meilleure instruction que le restant de la population .A la retraite ils étaient honorés dans les villages .La France a été souvent ingrate envers eux . Leurs petits enfants vivent aujourd’hui dans l’incertitude,les guerres tribales,la gabégie ,le désordre et la pauvreté.Ils goutent aux fruits amers de l’indépendance . Ils deviennent des migrants qui s’enfuient. Les harragas algériens sont les premiers à prendre les risque de la mer

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    Rayah
    20 février 2019 - 10 h 16 min

    Je rappelle qu’il y a une difference entre les communistes du systeme politique colonial et ceux au niveau individulel epris de justice et de paix, qui avaient sans cesse defendu avec courage la cause algerienne pendant les moments les plus difficiles. Les communistes sont tombes les armes a la main dans les maquis pour l’independance de notre pays, ils avaient subi la torture entre les mains des sinistres paras de l’armee coloniale, ils avaient sacrifie leurs carrieres professionnelles pour la Cause alors qu’ils avaient le choix. Je rappelle que les porteurs de valise etaient communistes. Des communistes ont meme ete guillotines a Serkadji. L’Algerie n’oubliera jamais les sacrifices de tous les hommes et femmes qui avaient tant donne pour l’Independance de notre pays.

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    AlwaysTamurth
    20 février 2019 - 9 h 19 min

    Je ne sais pas si c’est drole ou plutot malheureux, qu’il est devenu HONTEUX et INAPPROPRIE de dire la verite de l’HISTOIRE TELLE QUELLE. Le 8 mais 1945 c’est 45 000 CHOUHADAS a (ordre alphabetique): GUELMA, KHERRATA, SETIF. un point a la ligne.
    Le 8 mais 1945 ce n’est PAS DES VILLES D’ALGERIE. LE FLOU VEUT NOYER LE POISSON DANS l’EAU. LE FLOU Veut faire oublier qui a repondu a l’appel du devoir envers TMURTHNA. Le FLOU est une INSULTE aux 45000 CHAHIDATES and CHOUHADAS de GUELMA, KHERRATA, SETIF et les familles de ces CHAHIDATES et CHOUHADAS. C’est une insulte a tous les CHOUHADAS MORTS pour que TMURTHNA soit LIBRE.
    TAHYA TMURTH.

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      Mesloub Khider
      20 février 2019 - 12 h 22 min

      Réponse à AlwaysTamurth
      Avec ta grille de lecture berbériste, kabyliste, tribaliste, racialiste, qui ne s’élève jamais au-delà de ton minuscule village accroché sur les flancs des montagnes escarpées de la Kabylie, tu es incapable de te hisser au sommet de la connaissance de l’histoire de l’Algérie, encore moins de l’histoire universelle.
      L’histoire nous enseigne que toutes les révolutions, révoltes, soulèvements, s’ébranlent systématiquement à partir d’une ville (quelconque) pour se répandre ensuite à d’autres villes. Dans le cas du soulèvement du 8 mai 1945, il a certes démarré dans trois villes limitrophes (dont deux villes mitoyennes). Mais, à peine la révolte nationaliste, indépendantiste et anti-colonialiste déclenchée dans ces trois villes, que la France coloniale a déchaîné une répression sanglante contre les insurgés indépendantistes. Paralysant ainsi l’extension et l’élargissement de la Révolution à d’autres villes algériennes. À cette époque, dépourvue des moyens de communication (pas de téléphone, pas de réseau Internet, ni médias audiovisuels), la Révolte n’avait aucune chance d’être étendue (entendue ?) aux autres régions d’Algérie. Qui plus est, la répression (bombardements, pogroms) a été tellement atroce qu’elle a terrifié et dissuadé les autres compatriotes algeriens de se mobiliser. D’ailleurs, ils n’avaient aucune chance de se mobiliser contre la France coloniale tant les forces répressives surarmées quadrillaient toutes les villes. Alors, de grâce, épargne-nous ce discours berbériste qui s’attribue tous les mérites du combat anticolonialiste. Sous-entendant que les autres Algériens « arabophones » n’ont pas participé à la libération du pays. Ce discours berbériste tribaliste suinte la xénophobie, le racisme anti-arabe. Et c’est un Algérien kabyle qui l’écrit.

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    Chaoui Ou Zien
    19 février 2019 - 22 h 06 min

    Ah ces sacres tirailleurs senegalais. Ils n’ont pas tire une seule cartouche pour liberer leur propre pays d’une colonisation abjecte mais ils n’ont pas rechigne a faire la sale besogne de leurs maitres dans les autres colonies; de l’Algerie a Madagascar. L’article ne parle pas des tabors marocains. Ont ils ete utilises uniquement en Algerie? Ca ne m’etonnerait pas de la part de fafa …

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    Moh
    19 février 2019 - 9 h 56 min

    Le ministre de la défense au 8 mai 1945 qui a ordonné le pilonnage des villages de l’est algérien par l’aviation et les bateaux de guerre pour massacrer des milliers de paysans était communiste.
    La légion étrangère tuait, égorgeait, violait, jetait tout algérien se trouvant sur son chemin dans des ravins.

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    Rayes Al Bahriya
    19 février 2019 - 9 h 12 min

    Comble de la domination colonial qui est encore en vigueur , même l’indice boursier de la bourse de paris , porte des relents colonialistes !
    CAC40 , au lieu de CACAO !
    Le 4 est une illusion optique du A!
    Comme dans le digne Dollard US $ , symbole du sionisme international!
    Le CACAO est surtout produit dans l’Afrique de l’Ouest , les pays de la CEDEAO , zone Franc CFA ! , alors que le franc français n’existe plus depuis 1999 , sa disparition, et son remplacement par la monnaie unique l’euro!
    Oh , l’Afrique à fric fait des euros !!!!

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