Coup d’éclat pathétique ou coup d’Etat politique ?

pouvoir
La rue s'est exprimée immédiatement, le 11 mars. New Press

Par Mesloub Khider – D’aucuns affirment que le pouvoir, face à la contestation populaire de la rue, a reculé. Certes il a reculé, mais juste la date de sa fin qu’il tient à pérenniser à tout prix, pour continuer à siphonner les derniers deniers publics «claniquement» privatisés.

Ainsi, par un tour de prestidigitation pathologiquement pathétique, le régime opaque caporalisé a procédé subrepticement à un coup d’Etat politique déguisé en coup d’éclat pathétique, poétique, annoncé par une missive rédigée dans un style littéraire où l’envolée lyrique le dispute aux épanchements intimes cliniques ; les effusions personnelles le disputent aux confusions politiques. De l’aveu de Bouteflika, il n’a jamais songé se présenter à sa propre succession. Succéder à sa présente propre personne. Sa probité intellectuelle plaide pour sa gouverne, étant entendu que sa gouvernance préside avec probité morale.

D’autant que, eu égard à son état fragile, il n’a plus, selon ses aveux, la capacité physique de diriger son Etat tout aussi fragilisé. Pour preuve de son honnêteté intellectuelle, il déclare, dans son émouvante lettre larmoyante de vérité morale et de virilité politique, avoir décidé ne pas candidater à la magistrature suprême et d’annuler la prochaine élection présidentielle. Par cet aveu de son incapacité médicale à briguer un cinquième mandat, lors de l’élection prévue initialement le 18 avril prochain, Bouteflika confesse ainsi ne plus être en mesure de remplir dès lors ses fonctions présidentielles à compter de cette date. La logique voudrait qu’il se démette de ses fonctions, en raison justement de son état de santé.

Mais, avec ce régime, la logique perd sa raison. Mais pas la raison d’Etat.

Ainsi, en démocrate fièrement assumé, Bouteflika vient de prendre la résolution la plus arrangeante, la moins dérangeant, pour le régime. En républicain patenté, Bouteflika n’a jamais été tenté par la monarchie. Juste par l’accommodation de la Constitution pour «monarchiser» sa présidence républicaine. Aujourd’hui, pour pérenniser sa monarchie républicaine ou sa république monarchique, il décrète surseoir sine die l’élection présidentielle pour mieux assoir définitivement sa présidence. C’est ce qui s’appelle, dans la logique bouteflikienne kafkaïenne, s’assoir sur le pouvoir du peuple, s’assoir sur les revendications du peuple. C’est ce qui s’appelle aussi siéger à vie sur son fauteuil monarchique présidentiel. Présider «monarchiquement» sans lever un jour le siège du pouvoir.

En attendant cette arlésienne élection présidentielle, le peuple peut toujours continuer à valser dans la rue. Le pouvoir n’est pas près de se faire valser. Le peuple peut continuer à chanter poétiquement à tue-tête. Le régime n’est pas près de se laisser tuer politiquement la tête de son pouvoir.

Le peuple peut continuer à peupler la rue de son pouvoir de protestation. Il n’est pas près de peupler le pouvoir par sa domination. A moins que le peuple se résolve à ruer dans les brancards, pour mettre définitivement ce pouvoir au rancart.

M. K.

Ndlr : les opinions exprimées dans cette tribune ouverte aux lecteurs visent à susciter un débat. Elles n’engagent que l’auteur et ne correspondent pas nécessairement à la ligne éditoriale d’Algeriepatriotique.

Comment (6)

    Anonyme
    14 mars 2019 - 10 h 22 min

    Le peuple Algerien aura le dernier mot….la supercherie Bouteflika et son clan a tout devoile au peuple..la veritable monarchie republicaine qu ils veulent nous imposer par la fourberie et le mensonge ne passera pas..Qassaman.
    Tout le pays se levera en un seul homme pour exprimer sa souveraite enfin retrouvee et imposer l Etat de droit et le respect de la constitution…Le peuple Algerien ecrit la plus importante page de son histoire apres celles de la guerre contre l occupant Francais et celle de son independance confisquee par ce clan des tetes de beton..

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    Re-Med
    14 mars 2019 - 7 h 29 min

    Optimisme de la volonté ou pessimisme de la réalité? Le timing a été bien étudié par Bouteflika et son clan. Le coup d’état est clair et net et s’en contrefiche de la constitution. Le chef du Conseil constitutionnel est d’ailleurs un proche des auteurs du coup d’état. La rationalité est en quelque sorte déterminée par la passion, soutenait Hegel. Dans notre cas de figure une passion maladive. Mais la rationalité sera-t-elle celle du peuple ou celle du système? Un système qui a réalisé entre autre le désarmement industriel du pays qu’il a offert et continue à offrir à la voracité des investisseurs étrangers. Mais les jeux ne sont pas encore faits. Les prochains jours nous le diront.

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    Socrate
    14 mars 2019 - 0 h 44 min

    La partie est encore loin d’être gagnée pour les adversaires du régime. Il a paru accéder aux demandes du peuple pour mieux retomber sur ses pieds ensuite. Le plus probable est que l’armée va garder le contrôle de la situation comme en Egypte et concéder quelques réformes « libérales » mais le pire n’est jamais sûr.

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    El pueblo
    13 mars 2019 - 15 h 06 min

    Tres bel article
    je vous vois réservé à la fin moi je crois que le clan des ripoux s’éffrite déjà et va tomber inchallah
    Car pour cette fois tout le peuple est uni autour de ce projet

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    Abou Stroff
    13 mars 2019 - 14 h 51 min

    le coup d’état ou coup d’état de notre bienaimé fakhamatouhou national me semble être un coup de maitre.
    en effet, contrairement aux précédentes journées de protestation, celle d’aujourd’hui, 13 mars est, totalement contrôlée par la vermine islamiste qui montre ainsi, après s’être retenue pour calculer la direction du vent, qu’elle est là pour remplacer la marabunta qui nous gouverne et ainsi, sauver le système rentier qui est partie intégrante du monde ancien que la vermine appelle de tous ces voeux.
    en d’autres termes, la vermine islamiste « algérienne » développe la même stratégie que ses homologues tunisiennes ou égyptiennes ou autres. cette vermine se place en embuscade et attend son heure sans avoir à faire des efforts.
    moralité de l’histoire: l’histoire est elle en train de se répéter en obligeant les algériens lambda à choisir entre la peste et le choléra?

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    Khaled
    13 mars 2019 - 12 h 41 min

    Je ne suis pas d’accord avec vous Monsieur Khider; la mobilisation pacifique du peuple algérien fera tomber le régime de Bouteflika dans un délai très court; détrompez-vous. Aucun dirigeant aussi rusé ou mégalomane comme Bouteflika fut-il; il tombera comme une feuille morte d’automne. Le régime est au crépuscule de sa vie. C’est la fin biologique du régime.

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