La morbidité du système économique

Bourse économie libérale
La Bourse de New York, cœur du capitalisme sauvage mondial. D. R.

Par Mesloub Khider – Les signes d’alerte de la phase dégénérative de l’économie libérale s’accentuent. L’électrocardiogramme du capitalisme indique que le cœur de l’économie mondiale est dans une phase d’essoufflement. L’économie est marquée par une contraction productive, guettée par une syncope commerciale. Son rythme de croissance enregistre une faiblesse d’activité. Son pouls de profitabilité ralentit. Son volume de circulation marchande dans le corps du commerce mondial en crise est menacé d’apoplexie économique, doublée d’une troisième mortelle conflagration hémorragique aux conséquences meurtrières, mondialement pandémiques en matière d’hémoglobine. Au reste, cette matière sanguinolente constituera prochainement l’unique moyen d’échange entre les pays en belligérance pour réguler la crise.

Aujourd’hui, rien n’arrête la morbidité du système capitaliste anémié. Aucune médication gouvernementale ou patronale ne peut guérir ce corps souffreteux moribond. Encore moins les onctions médicinales prônées par les charlatans politiciens de l’opposition réformiste de gauche comme de droite.

Une chose est sûre : depuis des décennies maintenant, le capitalisme, tel un toxicomane addict à la cocaïne, vit sous perfusion de crédit, alimenté par les banques, pourtant régulièrement asphyxiées par les défauts de paiement, comme lors de la dernière crise des subprimes de 2007-2008. En dépit de cette médication surdosée, administrée à coups de milliards de subventions publiques, le capitalisme frôle l’overdose. La survie de ce corps capitaliste drogué est en sursis. Plongé dans un coma artificiel économique, maintenu en survie à l’aide de sondes alimentées de subventions financières étatiques soutirées dans les caisses du budget social du peuple, réduit à la paupérisation au milieu d’une société d’abondance, son pronostic vital est engagé. Le compte à rebours est enclenché. Le crédit du capital s’effondre : auprès des banques qui lui octroient pourtant généreusement l’argent à taux zéro, comme auprès du peuple laborieux qui attend le moment opportun pour régler son compte à ce système mortifère. En tout cas, plus personne ne prête foi à ce système moribond. Ni n’accorde crédit à sa politique dégénérative. Ni à ses politiciens gangrenés par la corruption et la dégradation morale. L’heure des règlements de comptes avec le peuple spolié est venue.

Aujourd’hui, tous les indicateurs de l’économie capitaliste sont au rouge. Le moindre toussotement régional provoque un rhume mondial. L’apparition d’une bénigne grippe financière en Chine déclenche aussitôt des sueurs froides sur l’ensemble des places financières internationales, accompagnées d’attaques de panique agitant toutes les institutions économiques, déchaînant des convulsions au sein de tous les organes des corps étatiques, pris d’angoissantes inquiétudes sur l’issue de la crise.

Ainsi, à l’occasion de la dernière grave crise économique survenue en 2007-2008, tous les Etats capitalistes, affolés, se sont précipités pour injecter des milliards de dollars pour tenter de réanimer les banques, asphyxiées par les produits toxiques générés par l’insolvabilité de millions d’Américains propulsés, malgré eux, vers le rêve (illusoire et éphémère) américain, incarné par l’accession à la propriété privée, matérialisée par la possession de la majestueuse maison, connue de tous les téléspectateurs du monde entier grâce aux séries américaines hégémoniques, diffusées sur toutes les chaînes de télévision de tous les pays. Le cinéma impérialiste américain permet quotidiennement à chaque téléspectateur de tout le globe terrestre d’habiter virtuellement dans de somptueuses maisons, mais de dormir réellement dans son éternel taudis.

Depuis cette transfusion financière dans le corps bancaire malade pour renflouer ses coffres amputés de leurs sources boursières, évaporées sous l’effet du défaut de paiement de millions d’emprunteurs ruinés, la santé économique de tous les pays est toujours aussi fiévreuse, pathologique, invalide. L’économie mondiale ne s’est jamais remise de sa dépression. La chute a été trop brutale et profonde pour permettre une hypothétique rémission. Le corps capitaliste est encore gravement perturbé par les effets destructeurs de la dernière crise de 2007-2008. A l’instar des psychotropes qui soulagent l’anxiété avant de l’exacerber de plus belle, aucun rétablissement de santé économique n’est en vue. Bien au contraire, on s’attend à une rechute plus brutale.

Ainsi, en dépit des remèdes de cheval administrés à très forte dose financière alimentée par les fonds publics, pour lui assurer un prompt rétablissement, ces thérapies ne semblent d’aucune efficacité. Aujourd’hui, partout, la crise est à son paroxysme. La conjoncture économique est calamiteuse : baisse de la croissance chinoise, accroissement des protectionnismes, éclatement des accords commerciaux, exacerbation des tensions entre les Etats-Unis et la Chine, conflits militaires imminents, débâcle de l’Europe, effondrement des ventes, baisse de la production industrielle, explosion de l’endettement public et privé, défaillance des remboursements des dettes, progression du chômage, etc. Cette grave crise perdure en dépit des injections massives d’argent public, du soutien des Etats au moyen de subventions apportées aux entreprises et aux banques, grâce à l’argent du contribuable.

La dernière crise, aux effets toujours catastrophiques, marque une première dans l’histoire des crises du capitalisme. En effet, jusqu’à 2008, jamais l’Etat n’intervenait aussi massivement pour sauver les entreprises et les institutions bancaires en faillite. Les crises étaient résolues selon les normes de l’économie libérale : par la disparition des entreprises les plus fragiles. L’Etat laissait jouer les lois économiques du marché. En 2008, pour la première fois dans l’histoire du capitalisme moribond, l’Etat, refusant de laisser la crise se développer normalement par la liquidation des entreprises défaillantes, a décidé d’intervenir pour sauver avec les fonds publics les entreprises et banques menacées d’effondrement. Par crainte de voir toutes les entreprises s’effondrer par effet de domino, l’Etat a été acculé à intervenir pour soutenir les entreprises au moyen de l’endettement public porté à son summum. Par cette décision précipitée et improvisée de sauvegarde massive des entreprises et des banques, l’Etat venait de rompre ainsi avec les anciens cycles de crises résolues selon les lois de l’économie capitaliste : l’assainissement de l’économie par l’assassinat des entreprises et des banques les plus déficientes.

Autre nouvelle pathologie économique : les capitalistes n’investissent plus dans les secteurs de la production. Ils préfèrent investir dans la sphère spéculative. Signe d’une dystrophie musculaire économique : le capitalisme n’a plus la force de fonctionner comme à l’époque de sa flamboyante jeunesse productive. Atteints de sénescence, ils se réfugient désormais dans la spéculation financière, cette retraite anticipée avant l’heure de la chute finale, la mort imminente du corps capitaliste.

A l’heure actuelle, plus aucun capitaliste ne veut devenir industriel mais financier. De sorte que le capitalisme fonctionne désormais uniquement sur la finance, cette fabrique de la monnaie de singe très usitée dans la jungle économique contemporaine par les fauves de l’affairisme. Ces carnassiers financiers des temps modernes qui se nourrissent d’argent facile, tiré de la spéculation dévorante.

Mais accroître de manière exponentielle le capital sans augmenter en proportion les investissements productifs accélère encore davantage la pathologie mortelle de l’économie capitaliste. Surendettement et désinvestissement productif, voici à quoi est réduite l’économie parasitaire, capitaliste, sénile. Production atone, Etats surendettés, banques sur-subventionnées par les fonds publics, capitalistes devenus l’ombre d’eux-mêmes par leur fuite spéculative dans les hautes sphères de l’agiotage, ce sont là les signes d’une morbidité économique annonciatrice d’une agonie certaine.

De fait, les bouleversements politiques et sociaux actuels dans la majorité des pays, de la France avec les Gilets jaunes, en passant par l’Algérie avec le hirak, à l’Angleterre avec le Brexit et le Venezuela avec la guerre civile larvée, toutes ces convulsions sont l’expression d’une crise économique systémique du capitalisme, symbole d’un dérèglement de l’organisme gangrené par le cancer financier, incarnation d’une atrophie productive, d’une étisie des profits industriels, d’une stérilisation des investissements dans la production.

Le capitalisme se meurt : aidons-le à mourir. Ce ne sera que la fin d’un monde (marchand), et non la fin du monde. Car sa mort contient déjà dans ses entrailles le nouveau monde humain (naissant), fondé sur la satisfaction des besoins et non sur le profit, sur la gratuité et non sur les rapports marchands. Avec sa disparition s’éteindront l’échange marchand, l’économie de marché (de dupes car ce sont toujours les puissants qui raflent la mise) et le pouvoir de l’argent, vecteur de toutes les pathologies sociales inhumaines.

La «civilisation capitaliste» a atteint une telle phase de dégénérescence que se résoudre, enfin, à l’euthanasier révolutionnairement, puis l’ensevelir dans le cimetière de l’histoire, dans le «carré» réservé aux systèmes barbares, est aujourd’hui l’action la plus salvatrice de l’humanité.

M. K.

 

Comment (9)

    Zaatar
    2 septembre 2019 - 9 h 38 min

    Cher Abou Stroff je te salue,
    Merci pour ton développement plein de justesses et d’objectivité qui image fidèlement le contexte économique de notre pays ainsi que celui mondial d’une manière générale à la lueur des évolutions historiques qu’a connue l’humanité.

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    Ahmed
    1 septembre 2019 - 21 h 53 min

    Enfin un article: un très bon article
    Merci

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      Elephant Man
      2 septembre 2019 - 17 h 36 min

      @Ahmed
      Je me joins à votre commentaire.
      Excellente contribution.
      The big short : le casse du siècle, film qui peut illustrer la crise des subprimes et le capitalisme mortifère.
      Sans parler de l’affaire Jérôme Kerviel quelle tartufferie.

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    Elephant Man
    1 septembre 2019 - 11 h 36 min

    Avant lecture de la contribution : participation de l’Algérie (après 6 ans d’absence) à la 61 ème foire internationale de Damas du 28 Août au 06 Septembre afin de développer les partenariats fructueux avec les entreprises Syriennes et de la région du MO et le produit national à l’export.

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    ABOU NOUASS
    1 septembre 2019 - 11 h 29 min

    N’oublions pas aussi ce grand pays , l’INDE, qui montre progressivement le bout de son nez et qui prend chaque jour jour que Dieu fait ses parts de marchés sur la rive extrême-orientale , voire même en Afrique.

    Pour l’Algérie, on devra encore attendre, malheureusement !!!!!!!!!!!!!!

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    Abou Stroff
    1 septembre 2019 - 10 h 36 min

    « La morbidité du système économique » titre M. K..
    je pense que, jusqu’à preuve du contraire, le capitalisme en tant que système reposant sur l’extorsion de la plus-value en tant que rapport fondamental n’est pas prêt d’être dépassé par des chimères du genre: « le nouveau monde humain (naissant), fondé sur la satisfaction des besoins et non sur le profit, sur la gratuité et non sur les rapports marchands. »
    en effet, comme l’a noté K. Marx, « : Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s’y substituent avant que les conditions d’existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. »
    et tout indique que les forces de la production continuent à se développer au sein de ce système soi disant moribond, que, grâce à ce développement jamais égalé dans l’histoire, certains terriens pourront, dans un futur proche coloniser la planète Mars et enfin, que nulle part dans le monde les conditions d’éclosion de rapports post-capitalistes ne semblent exister.
    moralité de l’histoire: je pense que l’auteur confond le commencement de la fin de l’hégémonie du capital financier mondial (qui sert, en premier lieu, les actionnaires et les banquiers) sur la capital, en général et de l’idéologie néolibérale en tant qu’idéologie dominante avec une fin peu probable du capitalisme en tant que système.
    en d’autres termes, les crises récentes suggèrent que des restructurations nécessaires seront mises en place et que l’idéologie néolibérale sera abandonnée en faveur d’un nouveau paradigme qui replacera l’Etat en tant que « régulateur à distance » du marché.
    PS1: la crise est une partie intégrante du mode de fonctionnement du capitalisme ou de sa dynamique. par conséquent, contrairement aux apparences, la crise n’affaiblit pas le capitalisme mais le renforce grâce à la destruction-reconstruction du capital qui lui permet de se renforcer (voir les guerres qui accentuent le développement des forces de la production) en tant que rapport social.
    PS2: je pense que la formation sociale algérienne n’est guère concernée par la « morbidité » apparente du capitalisme. en effet, la tâche historique qui nous incombe est de nous débarrasser du système basé sur la distribution de la rente et sur la prédation qui nous avilit et nous réduit à des « moins que rien ». lorsque ce système aura été dépassé par un système basé essentiellement sur le travail (le capitalisme?), nous nous poserons la question du dépassement de ce dernier mais certainement pas avant.

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    Anonyme
    1 septembre 2019 - 10 h 07 min

    À vous lire monsieur, je dois me préparer à la fin du monde 🌍. Très dramatique sans autant de preuves. Salam

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    baraa
    1 septembre 2019 - 8 h 56 min

    L’économie mondiale se serait effondrée depuis longtemps s’il n’y avait pas eu le poids de l’économie chinoise qui démontre la fausseté des dogmes libéraux. Car en Chine, l’Etat garde le contrôle macro-économique de l’économie et son noyau reste le secteur public qui garantit l’équilibre du tout. Ce n’est certes pas encore un économie totalement socialisée mais c’est une économie dynamique et organisée, qui a réussi à tirer de la pauvreté 800 millions de personnes au cours des dernières décennies et se prépare à tirer les 400 millions de pauvres restant au cours des deux prochains plans quinquennaux. Cette évolution n’aurait pas été par ailleurs possible si la Chine n’avait pas préparé le « marché socialiste » par des investissements étatiques de base planifiés centralement au cours des années 1949-1978. Dans les pays qui ont suivi la logique « d’ouverture » totale et de « marché libre et non faussé », on a, au mieux, dans les pays impérialistes, stagnation ou, au pire, régression sociale de masse. Il suffit d’aller par exemple dans le Rust belt US ou dans les régions périphériques de France pour constater la tiers-mondisation du pays qui commence à s’attaquer au centre du pays. Au point où l’Union européenne, par exemple, a été obligée récemment de demander à ses Etats membres d’intégrer dans le calcul de leur PIB le commerce illégal des drogues afin de camoufler la dégradation réelle de la situation. L’Algérie qui, à la différence des autres pays arabes (Syrie mise à part), n’a pas encore totalement ouvert ses « marchés » a donc un atout majeur à jouer pour éviter de tomber dans la dépendance morbide, la désindustrialisation et l’émiettement social qui caractérise les pays voisins.

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      Anonyme
      3 septembre 2019 - 9 h 00 min

      Trés en accord avec vos propos. j’ajouterais que l’Algérie a initié dans les années 70 les concepts économiques maoistes ( Agriculture dirigée, Industries industrialisantes, économie planifiée, etc ..) mais malheureusement il s’est avéré que dans les années 80 les incompréhensions politiques ( des ministres agriculture/industries/économiste juste parachutés sans aucune vision et ni intelligence agile) et une mentalité algérienne encore trop fataliste n’ont pas permis de faire le saut économique encore trop limité .. et puis est arrivé la décennie noire qui a tout détruit l’embryon ! Mais l’Algérie et les algériens ont pris la mesure des nouveaux concepts de management à la chinoise Wei Ji : Crise = Opportunité ! d’où les milliardaires et autres richesses qui ont éclos dans les années 90 et 2000 ! à présent, en espérant que politiquement, la situation du pays va s’améliorer vers une démocratie à l’algérienne ( avec nos propres limites à ne calquer sur les européens et autres …mais passons ce point c’est un autre débat) … cela devrait donner d’autres motifs/boosters pour développer l’économie algérienne et commencer l’assaut vers d’autres pays pour capitaliser sur les savoirs-faires et technologies … beaucoup d’entreprises mondiales sont en déclin et c’est le moment pour les entreprises algériennes de prendre des actifs à l’exterieur ! exemple : prendre le contrôle de certaines industries : automobile même assiatique, biotech commencé avec les américains, petrochimie commencé avec des raffineries à l’international, même dans le transport et le service ( ex:Tassili Airways/Air Algérie et Sonatrach auraient beaucoup à gagner à reprendre Aigle Azur actuellement en dépot de bilan … c’est une opportunité énorme pour avoir des slots aériens sur Paris-Orly) … dans l’armement en rachetant certaines filiales sud africaines etc …..

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