Quand un média français brise le tabou des massacres d’Algériens le 8 mai 1945

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Le ministre français Jean-Marc Todeschini à Sétif en 2015. D. R. Todeschini

Par Mohamed K. – L’Obs est revenu sur les massacres commis par la France coloniale en Algérie au moment où le monde fêtait la fin de la Seconde Guerre mondiale. «Les massacres de Sétif en Algérie, un long déni français», titre le magazine français qui écrit : «Le jour de la capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945, une manifestation de musulmans dégénère dans le Constantinois. La répression est terrible. La presse minimise les massacres. Et jusqu’à ce que la guerre éclate neuf ans plus tard, elle refusera de voir l’ampleur du mouvement nationaliste.»

«C’est un jour de fête, la France et ses colonies célèbrent la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. La première Armée française, qui a participé au débarquement de Provence et à la libération de la France, est composée à 90% de soldats venus d’Afrique du Nord. Les Algériens ont, eux aussi, obtenu le droit de fêter ce 8 mai 1945 et de descendre dans la rue. A la condition − formelle − de ne pas exhiber de panneaux, de ne pas entonner de chants, de ne pas arborer le moindre signe nationaliste», rappelle le média français.

«Mais, ce jour-là, à Sétif, dans le Constantinois, des fanions sont agités, des libérez Messali Hadj, du nom du leader nationaliste emprisonné à Brazzaville, sont criés. Un clairon scout musulman de 26 ans, Saâl Bouzid, brandit le drapeau qui allait devenir celui de l’Algérie indépendante – blanc et vert avec croissant et étoile rouges. En quelques minutes, la manifestation tourne au cauchemar», souligne L’Obs, qui note que «l’enchaînement des faits reste encore confus soixante-quinze ans après». «Un gendarme tire sur le jeune scout et le tue. Cinq autres manifestants algériens sont blessés. Le cortège se transforme en émeute», se remémore l’hebdomadaire fondé par Jean Daniel et Claude Perdriel, deux années après l’indépendance de l’Algérie.

La question de la repentance et de la reconnaissance des crimes commis par la France coloniale en Algérie continue d’alimenter la polémique et empêche l’ancienne puissance coloniale et son ancienne colonie de tourner la page sanglante de 132 longues années d’occupation, de spoliation, d’aliénation et de génocides. Emmanuel Macron a tenté une percée, en affirmant que le «colonialisme a été une erreur profonde, une faute de la République» et, joignant le geste à la parole, il a décidé, d’un commun accord avec le président Tebboune, de mettre en place une commission mixte sur la Guerre d’Algérie, coprésidée par les historiens Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi. Un effort de réécriture de l’histoire commune des deux pays qui a donné lieu à une réaction hostile des nostalgiques de l’Algérie française.

M. K.

Comment (8)

    Kahina-DZ
    29 octobre 2020 - 10 h 36 min

    Enfin !! Ils reconnaissent que la France coloniale n’a pas ramené de la civilisation, mais elle a brillé par ses tortures et ses massacres.

    ils en parlent parce qu'un film algérien est aux oscars
    26 octobre 2020 - 13 h 39 min

    les français commencent à en parler car un film algérien de l’excellent djaafer gacem Héliopolis, qui va être projeté aux oscars au mois d’avril et qui va montrer au monde entier juste une partie infime des crimes de la france en algérie qu’elle nie par mépris et haine.

      Elephant Man
      26 octobre 2020 - 18 h 27 min

      @Ils en parlent parce qu’un film Algérien est aux Oscars
      Commentaire perspicace.

        @elephant man, oui
        26 octobre 2020 - 20 h 26 min

        oui, parce que ce film algérien va gagner bi idn allah l’oscar du meilleur film étranger et le monde entier verra les massacres du 8 mai 1945! ce journal qui dépend du groupe le monde,ne le fais pas pour nos beaux yeux. et comme ça ils vont dire vous voyez on en parle en france et on ne méprise pas les algériens

        CITOYEN ALGERIE
        27 octobre 2020 - 8 h 07 min

        Mais à l’independance, la nuit coloniale
        avait muée en independance spoliée au peuple
        Algerien seul héros de cette terrible lutte pr une
        Algerie libre et democratique.
        60 années de hogra et de spoliation..
        La preuve boutesrika wa akhawatouha
        Avaient fait de la corruption et de la rappine
        Leur religion sacrée…!
        Où va l’Algerie… ?
        Helas encore et toujours…

      Merrikh
      26 octobre 2020 - 19 h 07 min

      Dommage, l’article de l’Obs ne parle que de Sétif, alors que partout en Algérie (avec peut-être plus de violences et de morts dans le Constantinois).
      J’ai un oncle qui a été tué à Guelma, et il y a eu aussi des morts en nombre à Kherrata. Les 1ères grands manifestations ont commencé à Annaba dès le 1 mai 1945. Concernant le film Héliopolis, il y a une supercherie Guelma ne s’est jamais appelée Héliopolis mais Calama.
      Héliopolis (que je connais bien est située à quelques km de Guelma) appelée « Boulis » par les locaux.

    Socrate
    26 octobre 2020 - 11 h 30 min

    Mais tout cela est connu ! Une émission sur la décolonisation en parlait dernièrement sur France 2 à une heure de grande écoute donc Il n’y aucun « tabou » ! La France n’est pas la Turquie qui nie jusqu’à l’existence du génocide arménien.

      Merrikh
      26 octobre 2020 - 19 h 12 min

      Les camps de concentration et la shoah n’ont été reconnus par la France qu’après 1961 !!!
      Même chose pour la rafle du Vél d’Hiv, Oradour sur Glane !!!
      Même Simone Veil en a parlé en 1992.
      Je vous conseille de lire ce document :
      https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_de_la_Shoah

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