Kara : «Belkhadem a transformé le FLN en une société privée»

Mohamed Sghir Kara. D. R.

Vous faites partie des seize membres exclus des travaux du comité central prévus le week-end prochain. Quel est votre sentiment ?

Mohamed Sghir Kara : Cette décision est arbitraire et illégale. Elle est contraire aux statuts du parti et, de ce fait, inadmissible. Le secrétaire général n’est nullement habilité à prendre des sanctions à l’encontre d’un membre du comité central, élu par le congrès. Le SG est comptable devant ce comité et non pas l’inverse. Il n’a donc aucun pouvoir sur ses membres. Pour exclure un membre du CC, il faut aller vers un congrès. Le comité central, en revanche, et en vertu de l’article 68 du règlement intérieur, peut seulement geler la mandature de l’un de ses membres, s’il est sous le coup d’une sanction prononcée par une commission de discipline indépendante. Le SG peut traduire devant cette commission de discipline indépendante un ou plusieurs militants. Mais il n’y a aucun article ni dans le règlement intérieur ni dans les statuts qui lui confère le pouvoir de sanctionner lui-même des cadres militants, de surcroît membres du CC.

Si ces décisions, comme vous le dites, sont contraires aux statuts du parti, pourquoi le SG les a prises ?

Le secrétaire général a, depuis le 9e congrès, géré le parti à sa guise, comme une SPA, se faisant entouré de ses enfants et de ses lieutenants les plus fidèles. Il n’a jamais tenu compte des textes réglementaires ni du code de bonne conduite. Il a fait preuve d’autoritarisme et d’une gestion antidémocratique. D’ailleurs, je doute fort qu’il connaisse le règlement intérieur, lui qui a passé son temps à l’enfreindre. Aujourd’hui, il prononce des sanctions de manière arbitraire pour tenter d’intimider les autres membres du comité central qui décrient sa façon de gérer le parti. Mais ce n’est qu’un coup d’épée dans l’eau. Car sa stratégie intimidatrice se heurte à la détermination des militants authentiques à sauver le FLN de cette dérive, jamais connue dans l’histoire du parti.

Vous parlez des enfants de Belkhadem. Occupent-ils des postes de responsabilité au sein du FLN ?

Ils n’occupent pas des postes de responsabilité au sein du parti. Mais tout le monde au FLN vous le dira, ils sont derrière le rideau. Ils sont derrière la nomination de plusieurs membres du comité central et certains membres du bureau politique. Ils participent à la prise de décision et sont les artisans du 9e congrès, taillé sur mesure pour leur père. De toute l’histoire des SG du FLN, aucun d’entre eux n’est allé aussi loin que Belkhadem. Aucun d’entre eux n’a impliqué ses enfants dans la gestion du FLN qui est désormais transformé en une propriété de la famille Belkhadem. Ainsi, le plus vieux parti devient, cinquante ans après l’indépendance, une entreprise familiale. Chose qui est inconcevable. Aucun membre du comité central ne peut acquiescer ni accepter une telle dérive.

On dit que la session du CC est totalement verrouillée avec un ordre du jour limité à l’analyse sommaire des résultats des législatives et à un point de vue général et global sur le situation du pays…
Il est clair que Belkhadem veut fermer le jeu pour sauver sa tête. Mais il n’échappera pas à sa gestion chaotique. Ses dernières décisions de sanctions reflètent son état d’esprit et confirment définitivement qu’il est incapable de diriger le FLN. Nous allons ainsi agir de sorte à ce qu’il parte pour de bon.

Vous avez assuré qu’il sera destitué lors de la session du CC. Est-ce toujours le cas ?

Mais bien sûr. Nous avons avec nous, au sein du mouvement de contestation, plus de la moitié des membres du comité central. De quoi le destituer. Mieux encore, nous allons exiger une enquête sur les comptes du parti pour donner suite aux récentes déclarations de Abdelmadjid Si Affif affirmant que Belkahdem avait reçu des milliards de la part d’hommes d’affaires pour les besoins de la campagne pour les législatives. Nous allons demander où est passé cet argent. La commission des finances sera chargée de mener un travail minutieux pour détecter la moindre anomalie dans les comptes.

Les observateurs restent sceptiques quant à la possibilité de destituer Belkhadem lors de la session du 15 juin. Certains pensent qu’il est soutenu par le chef de l’Etat qui est également le président d’honneur du FLN. Qu’en pensez-vous ?

Le président de la République est certes au courant de la situation du FLN. Mais il est confiant que les enfants du parti peuvent la régler eux-mêmes. C’est Belkhadem qui veut faire croire qu’il a le soutien total et absolu du président de la République. Il utilise cette carte comme protection pour éviter toute critique de son action. Mais ça ne marche plus.

Pour vous donc, le Président ne soutient pas Belkhadem…

Le président de la République est très occupé par sa fonction présidentielle. Je pense que son seul souhait, comme tout militant du parti, est de voir le FLN dépasser sa crise interne et se remettre au travail sur de bases solides. C’est ce que nous voulons aussi.

Interview réalisée par Sonia Baker

Comment (2)

    AnonymeabdelmalekABDELMALEK
    13 juin 2012 - 10 h 07 min

    je pense de plus en plus que
    je pense de plus en plus que nous avons un FLN qui doit être mis a la disposition de l’histoire ,pour ne plus le salir.
    sa fonction est plus que termine; alors faisant lui sa place en toute tranquillité.




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    fériel
    12 juin 2012 - 20 h 18 min

    Apparement, Si Mohamed Seghir
    Apparement, Si Mohamed Seghir Kara fait du redressement du FLN sa spécialité. il est tellement rodé que plus rien ne semble en mesure de l’ébranler




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