Lettre ouverte à Monsieur le président Hollande

Monsieur le président de la République française

Monsieur le président de la République française
Citoyen algérien et victime du colonialisme français en Algérie (1830-1962) – comme moi, ils sont sept millions d’Algériens –, je profite de l’occasion de votre prochaine visite de travail en terre algérienne pour m’adresser à votre compétence présidentielle, sollicitant la reconnaissance de la France du crime contre l’humanité commis sur des sujets algériens lors de la première période de l’occupation de l’Algérie. Je ne discute pas du projet d’incrimination du colonialisme qui n’a pas été validé par les députés du Parlement algérien, mais du crime de la déportation à la Nouvelle Calédonie. Des citoyens algériens, dont mon grand-père, ont été condamnés arbitrairement à la déportation, déracinés de leur terre dans un transfert sans retour au pays.
Monsieur le Président
Un crime pire que l’holocauste de la Seconde Guerre mondiale. Cette histoire commence juste après la dernière campagne de Kabylie menée par le général Randon en 1857, l’occupant pensait que l’Algérie était pacifiée. Par la suite, la population algérienne eut à subir d’autres fléaux, c’est ainsi que près de 500 000 Algériens périrent suite à des famines effroyables durant les années 1867, 1868 et 1869. Ce drame est consigné dans des rapports officiels à Paris. Une commission d’enquête française a révélé que l’administration coloniale n’a même pas tentée de venir en aide à ces Algériens, comme le précise le rapport. L’autorité d’occupation ouvre alors la chasse aux résistants de l’Emir Abdelkader, en Oranie, comme dans le Constantinois, au Centre et en Kabylie. Une déportation est ouverte, dont le premier sujet algérien est Braham Ben Mohamed, déporté à bord de l’Iphigénie le 9 mai 1864. Le 10 mars 1873, s’ouvre au tribunal de Constantine le procès des combattants de la résistance algérienne, ou de ceux ayant miraculeusement échappé aux conseils de guerre et exécutions sommaires. Sur les 212 accusés, 149 sont maintenus en prison, un arrêt d’accusation établi le 21 septembre 1872 les renvoie devant la cour d’assises de cette juridiction, l’acte d’accusation leur est notifié les 9 et 26 décembre 1872. Le verdict sans appel fut LA DEPORTATION en Nouvelle-Calédonie de la plupart d’entre eux ; feront partie du lot : Mokrani, Boumezrag, Aziz Ben Cheikh El-Haddad et son frère M’hamed. D’autres seront pris à Mascara, Mostaganem et Oran. Avant leur embarquement pour l’exil forcé, ils seront internés au fort de Quélern (Brest) et à l’île d’Orléans.
Un grand nombre d’Algériens ont été injustement déportés parce qu’ils se sont révoltés contre le colonialisme français et l’occupation de leur patrie. Ces déportations rythmées par les différents soulèvements populaires se sont poursuivies bien au-delà de 1881et jusqu’au 28 fevrier 1897. La révolte initiée par Mohamed El-Mokrani éclate en Kabylie peu après les événements de la commune de Paris en 1871.
Monsieur le Président
Vous n’ignorez pas que deux lois d’amnistie des déportés ont été promulguées par le gouvernement français. Une loi d’amnistie partielle datée du 3 mars 1879 et une loi d’amnistie générale datée du 11 juillet 1880. Ces lois concernaient tous les déportés sans discrimination aucune. En réalité, des subterfuges et interprétations tendancieuses du contenu de ces lois ont fait que les déportés algériens ne sont jamais retournés au pays. Ce qui caractérise le crime contre l’humanité. Encore que beaucoup de déportés algériens périrent en mer lors du voyage. Pendant toute la durée de la traversée, ils étaient enchaînés, alors que deux tiers sont morts durant leur détention. Certains furent enterrés à l’île des Prins. La France colonialiste a fait la démonstration à grande échelle du délire collectif auquel même la croyance dans la supériorité raciale, son institutionnalisation dans un appareil d’Etat mis par elle et déterminé à appliquer une utopie eugéniste à la gestion de la cité particularité de cette barbarie, elle a ravagé tout en les distinguant les races, classifiées en dessous de l’étalon aryen dont le Français, l’Espagnol et le juif étaient les plus parfaits représentants. La déportation, aux effets destructeurs et déstructurant, affectait la constitution psychique des individus et les structures mentales et matérielles de la société algérienne. Des centaines de milliers d’Algériens se sont retrouvés cernés par le colonialisme et les traîtres (caïds, bachaghas et tous ceux qui ont servi le colonialisme). La majeure partie des déportés, des femmes aussi, était originaire de Mascara et de Mostaganem. 
Monsieur le Président
Pour les Algériens déportés c’était un aller sans retour, même pour les mariés avec enfants. La France coloniale les a privés de leur famille, sans aucune pitié ni humanisme, une injustice qui demeure à nos jours présente dans tous les esprits de l’ancienne génération des deux pays.
Les déportés algériens, dont la plupart étaient des jeunes célibataires qui faisaient le gros de la troupe du combattant Fendi Abdellah, étaient relégués aux oubliettes, abandonnés en Nouvelle-Calédonie. Cela n’est que le résumé d’une des parties du long feuilleton de la déportation des Algériens par le colonialisme français, que, jusqu’à maintenant, la République française s’obstine à reconnaître comme un crime contre l’humanité.
La Nouvelle-Calédonie, territoire sous occupation française depuis 1863, devint terre d’exil forcé pour de nombreux «bagnards» français qui se sont rendus coupables de délits ou de crimes de droit commun, ainsi que pour les communards français de Paris qui se sont soulevés contre le pouvoir en place. Elle le devint aussi pour un grand nombre d’Algériens injustement déportés à partir de 1873 qui se sont révoltés contre le colonialisme français tout en combattant pour leur liberté et indépendance. Ces déportations rythmées par les différents soulèvements populaires se sont poursuivies bien au-delà de 1881. La résistance a commencé par l’Emir Abdelkader et s’est terminée, le 3 juillet 1962, par la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie par la France.
Veuillez croire, Monsieur le président de la République française, à mes sentiments les plus respectueux.
Abdelkader Ben Brik, journaliste
Toutes les copies de la documentation et archives officielles sont en notre possession.

Comment (2)

    Khaled Ibn Walid
    7 décembre 2012 - 8 h 11 min

    Monsieur Ti mes, Ce sont des
    Monsieur Ti mes, Ce sont des gens comme vous , qui ont permis à ce régime de vous menter dessus pire que le colonialisme comme vous le designer.




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    Times
    5 décembre 2012 - 20 h 11 min

    Pour demander quoi que ce
    Pour demander quoi que ce soit à l’ancien colonisateur et être crédible, il faut commencer par dire que ce régime qui a mis la main sur ce pays depuis 1962 est bien pire que tout les colonisateurs réunis. Jamais dans l’histoire de l’Algérie il n y a eu autant de personnes « disparues » comme ça, volatilisées ! des dizaines de milliers peut être même des centaines de milliers de personnes dont la trace est effacées sans qu’il n y ait aucune enquête sérieuse aucune responsabilité et responsable clairement disigné. Prenons l’exemple de la Libye : ce qu’ont fait les fascistes en Libye entre les deux guerres, est tout simplement négligeable devant les horreurs subis par le peuple libyen sous Gaddafi même chose en Iraq sous Saddam et bien avec le FLN c’est encore bien pire et l’histoire finira par s’écrire et retracer, un jour, la triste vérité.
    Là ou le national socialisme arabe a sévit de près ou de loin, ce sont des crimes comparables à ceux du nazisme dont il a s’agit. Ce commentaire comme d’autres précédent a peu de chance d’être publié mais on l’écrit quand !




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