Un Israélien et un Palestinien lancent un appel audacieux à Obama

La première visite officielle du président (américain) Obama en Israël et dans les Territoires palestiniens, qui a lieu cette semaine, revêt une importance exceptionnelle sur le plan des relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient et au niveau des rapports israélo-arabes. Nous, les auteurs de cet article, Mahmoud d’Hébron (21 ans) et Gadi de Tel-Aviv (52 ans), nous venons de nous rencontrer à la conférence «Struggling with Peace» au début de ce mois. Il s’agit d’un événement organisé par l’organisation non gouvernementale canadienne Peace It Together, qui offre aux Israéliens et aux Palestiniens la possibilité de se rencontrer et de travailler ensemble. Ayant, tous deux, passé plusieurs années à apprendre à connaître le camp opposé et à travailler sur le terrain, de diverses façons, pour promouvoir la paix, nous avons rapidement sympathisé l’un avec l’autre. Nous sommes tous deux convaincus que les Palestiniens et les Israéliens ont besoin d’un changement radical à la base comme au sommet, notamment au sein des institutions politiques qui régissent les forces de l’ordre sur le terrain. Le statu quo nourrit l’extrémisme de part et d’autre. Dans son discours prononcé au Caire, en 2009, Barak Obama avait réaffirmé son engagement vis-à-vis de la sécurité d’Israël tout en reconnaissant les humiliations subies quotidiennement par les Palestiniens sous occupation. Ces paroles avaient eu un énorme retentissement, car elles étaient pleines de compréhension pour les sentiments ensevelis au fond du cœur des gens ordinaires d’un côté comme de l’autre. Aujourd’hui, en tant qu’Israélien et Palestinien, soucieux, l’un comme l’autre, du sort des Israéliens et des Palestiniens – que nous avons appris à bien connaître – nous demandons au président américain de se rappeler de ce qu’il avait dit en Egypte. Les dirigeants palestiniens actuels veulent s’orienter vers la solution à deux Etats. Toutefois, s’ils ne concrétisent pas leur vision, ils ne resteront sans doute pas longtemps au pouvoir. Les initiatives politiques en faveur de la paix existent déjà. Parmi celles-ci on peut citer : l’initiative de paix arabe de 2002, soutenue par 57 pays musulmans, la résolution de l’ONU de 1947, reconnaissant l’Etat hébreux, et enfin celle de 2012 octroyant à la Palestine le statut d’Etat. Pour aller de l’avant, il faudra faire preuve de courage, et nous encourageons vivement nos dirigeants à examiner de près ces initiatives. La paix entre Israéliens et Palestiniens n’a rien à voir avec la paix entre Israël et l’Egypte ou la Jordanie. Les Israéliens et les Palestiniens doivent conclure une paix chaleureuse, émanant de la base et des gens ordinaires, parce que la terre que nous partageons est si petite et si chère à nos yeux. Nous vivons les uns aux côtés des autres, nous devons nous comprendre mutuellement, nous accepter de manière réciproque et apprendre à vivre ensemble – et non pas nous battre les uns contre les autres et mourir. Nous savons, grâce à notre expérience personnelle, que les rencontres face à face et le travail sur le terrain – lorsqu’on y met du courage et qu’on bénéficie d’un climat de soutien –, suscitent souvent, et bien plus qu’on ne l’imagine, un regain de confiance et favorisent la compréhension mutuelle. Nous avons pu constater ce changement en nous-même et chez les autres, tout au long de nos années de travail et de rencontres.
Nous demandons à nos dirigeants d’aller voir les gens ordinaires sur le terrain et de nous aider à nous retrouver au-delà des lignes de front. Ne sommes-nous pas tous là pour rester ? Dans cette optique, nous espérons que nos dirigeants investiront davantage dans la promotion de la paix, pour permettre à ceux qui travaillent dans ce domaine d’avoir une marge de manœuvre plus importante. Les initiatives pacifistes bénéficient d’à peine 50 millions de dollars par an, provenant de divers investisseurs, alors que des milliards de dollars sont consacrés, chaque année, à des mesures qui sèment encore plus de peur, d’ignorance et de haine dans les deux camps. Pour notre part, nous suggérons la mise en place d’un programme pour la paix, permettant à un plus grand nombre d’Israéliens et de Palestiniens de se rencontrer et de se connaître. Alors que Barack Obama et Benyamin Netanyahou s’entretiennent en ce moment-même sur le problème de sécurité lié à la Syrie et à l’Iran, nous aimerions rappeler au président américain et à nos dirigeants que les relations pacifiques sont les seuls garants d’une meilleure sécurité. Un accord de paix respectueux de la dignité des uns et des autres réduira indéniablement et radicalement les tensions dans la région. Il ne s’agit pas seulement de paix entre Israéliens et Palestiniens mais de paix avec le monde arabe et les pays musulmans dans leur globalité. Si le statu quo est maintenu, il y aura toujours plus de sang versé et plus de haine encore. La souffrance humaine, à Ghaza, à Sderot, à Tel-Aviv, à Ramallah ou ailleurs, nous attriste profondément. Nous devons accepter nos sentiments respectifs et apprendre à les surmonter, aussi bien en tant que gouvernements qu’en tant que citoyens. Barack Obama a l’opportunité de tourner une page historique en mettant les deux parties sur le chemin qui conduit de manière sûre et rapide à une solution à deux Etats. Nous souhaitons que la venue du président américain en Israël et dans les Territoires palestiniens soit l’occasion pour nos dirigeants de faire preuve de courage, de sensibilité et de sagesse pour nous mettre sur la bonne voie.
Gadi Kenny et Mahmoud Jabari
Mahmoud Jabari est à l’origine d’une initiative lancée à Hébron, appelée Lens For Change, dont il était le directeur. Aujourd’hui, il se consacre à l’organisation britannique Children for Peace en tant qu’ambassadeur de bonne volonté.
Gadi Kenny est le co-fondateur de People’s Peace Fund et de Wounded Crossing Borders et dirige également l’Israel Palestine Center for Research and Information (IPCRI).
 

Commentaires

    bilal
    23 mars 2013 - 22 h 38 min

    Bonne initiative .Mais je
    Bonne initiative .Mais je suis pessimiste car Israël ne veut pas la paix!!! Ils ne respectent que ceux qui emploient la force triste constat mais véridique!!! Nasrallah est admiré en secret par les Israéliens!!! Car le mental de l’israélien a été conçu comme cela .Ils aiment l’arabe combattant et non faiblard




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