Un photographe établi en Turquie à Algeriepatriotique : «Erdogan menace ses militants s’ils ne manifestent pas»

Algeriepatriotique : Vous venez d’arriver de Turquie. Avez-vous assisté aux événements qui continuent de secouer plusieurs villes turques ?

Algeriepatriotique : Vous venez d’arriver de Turquie. Avez-vous assisté aux événements qui continuent de secouer plusieurs villes turques ?
Grogory Dziedzic : Oui. Tout a commencé autour d’un parc au centre-ville, le parc Gezi, qui devait abriter un projet immobilier prévu par les autorités. Elles voulaient raser le parc pour ériger un centre commercial et des baraquements militaires. Ça a commencé par des gens qui ont occupé le parc en y plantant des tentes, un peu à la manière des manifestants de la place Tahrir au Caire, mais d’une manière beaucoup plus pacifique. Le drame, c’est que la répression policière a été, dès le début, très forte. Il y a une photo symbolique où on voit un policier gazer une femme qui était juste là, sortie du travail. Cela a fait un peu boule de neige, ajoutant à la révolte des gens. Vendredi dernier, 5 000 personnes ont manifesté sur l’avenue Istiklal, et c’était une marée humaine assez impressionnante. Il y a eu des affrontements, la police tenait la place Taksim, mais elle a dû utiliser des bombes lacrymogènes en grande quantité pour empêcher les manifestants d’envahir le lieu.
Les Turcs, n’ayant jamais vécu pareils événements, sont-ils surpris ?
Oui, des amis turcs m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu cela.
Ont-ils peur de l’évolution de la situation ?
Je dirais plutôt qu’ils sont portés par la colère.
Est-ce qu’on sent de la panique chez les dirigeants du pays ?
Je pense qu’Erdogan a quelque peu perdu le contact avec la réalité. Son intransigeance est irrationnelle. Les techniques qui commencent à être utilisées visent à semer la division. Il évoque à chaque fois le poids de ses partisans, les 51% des votes qu’il a eus…
Dans son dernier discours, Erdogan s’est adressé à ses partisans en leur disant : «Donnez-leur une leçon !» Est-ce de cela que vous parlez ?
Je n’ai pas encore constaté cela. Mais il y a eu des menaces voilées. Il a dit la semaine dernière : «Il y a 50% de la population que nous avons du mal à maintenir chez elle», en sous-entendant que si ça continue, ses partisans vont aller barrer la route à ce mouvement. Au retour de sa tournée au Maghreb, ses partisans et des employés de l’Etat l’attendaient à l’aéroport. Ce qu’il faut savoir c’est que ces gens-là avaient tous été convoqués par SMS, où il leur est expliqué que leur présence était souhaitée, que celui qui viendrait avec sa propre voiture serait dédommagé (5 000 livres turques) et que les gens qui ne viendraient pas subiraient des mesures coercitives. Oui, il y a eu du monde, mais c’étaient surtout des militants qui étaient un peu tirés par le bras. On a aussi vu à Ankara des jeunes de l’AKP, parti du Premier ministre, encadrés par la police, attaquer des manifestants.
Cela ressemble à ce qu’on a vu dans les révoltes qui ont touché certains pays arabes. N’y a-t-il pas en Turquie la peur d’une contagion du «printemps arabe» ?
Le président Abdullah Gül, plus modéré et plus sage, a dit que ce qui se passe en Turquie n’a rien à avoir avec ce qui se passe dans certains pays arabes ; mais la manière dont cela s’est fait est édifiante. Il y a eu le recours massif aux réseaux sociaux, Twitter et Facebook, et pas du tout centralisé, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de têtes à couper. C’est la preuve qu’on a à faire à une réaction allergique de la population à une accumulation de dérives et d’atteintes aux libertés publiques.
On évoque aussi le risque de divisions ethniques, confessionnelles en Turquie…
Ce qui caractérise cette révolte c’est qu’elle traverse toutes les couches, toutes les catégories. Cela va de l’extrême gauche à l’extrême droite, englobant même des gens qui ont voté pour Erdogan, mais qui sont déçus. On voit aussi dans les manifestations des femmes voilées et même un groupe qui se proclame «musulmans anticapitalistes». Le piège ce serait de considérer que c’est une révolution antireligieuse. A moins qu’il y ait un intérêt à faire croire qu’il s’agit de cela.
Le pouvoir a-t-il cet intérêt-là ?
Oui, Erdogan a déjà commencé à traiter les manifestants de «terroristes». Qualificatif que donnaient aussi les chefs d’Etat arabes aux protestataires. C’est pour cela qu’il y a énormément de similitudes avec les révolutions arabes, beaucoup de signes qui ne trompent pas. Vous parliez de peur, maintenant, je pense que les manifestants savent que s’ils arrêtent, ce sera la mise en place d’un régime beaucoup plus dur. Erdogan a un rapport hypertrophié au pouvoir. C’est un leader qu’on peut rapprocher de Berlusconi, Bush, Sarkozy, autocratiques et imbus de leur personne, et qui ne se remettent jamais en cause. Donc, personne ne va reculer.
Mais cette rigueur et cette radicalité émanent-elles du seul Erdogan, et non pas du système en place ? Autrement dit, cette révolte est-elle centrée sur la seule personne d’Erdogan ?
Oui, je pense que c’est beaucoup plus une histoire de personne. Ce qui unit actuellement les manifestants c’est leur opposition à la personnalité d’Erdogan. Il y a, aussi, les opposants politiques du Parti républicain du peuple (CHP), le parti kémaliste. Mais je ne pense pas que les gens veuillent remettre en cause le système, parce qu’il est malgré tout un système parlementaire ; ce qui est visé, c’est le style, on parle aujourd’hui de néo-ottomanisme. Erdogan se rêve un peu en empereur.
N’y a-t-il pas de risque, à votre avis, que la situation bascule vers une violence plus grande ?
Bien sûr que le risque existe. Pour l’instant, on parle de trois morts.
C’est déjà beaucoup, non ? Cela commence toujours par un, deux morts…
Je pense que la semaine qui va suivre sera décisive. Erdogan est un jusqu’auboutiste, il ne va pas céder si facilement. Je pense que la solution peut venir de son entourage, d’une scission au sein de son parti. Traditionnellement, l’armée en Turquie intervenait dans ce genre de situation. Il y a eu trois coups d’Etat militaires en Turquie, mais Erdogan a envoyé en prison plusieurs centaines d’officiers. On peut dire qu’il a, sur ce point, bien verrouillé l’armée.
Y a-t-il une mencace sur l’activité touristique aujourd’hui en Turquie ?
Mais si ! Les réservations sont en chute libre, alors que la saison estivale vient juste de commencer.
Vous allez y retourner bientôt ?
Oui, ce lundi. Je retourne avec encore plus de détermination. Je ne suis pas citoyen turc, mais j’y réside, donc, je me sens concerné autant que les citoyens de ce pays.
Avez-vous pris de photos de ces événements ?
J’en ai pris beaucoup. Je continuerai à couvrir l’événement. Je pense qu’au début, les médias internationaux n’ont pas mesuré l’importance de ce qui s’est passé. Cela a pris du temps, avant que la couverture médiatique ne se mette en place. C’est aussi une guerre de l’information et on commence à voir beaucoup de contre-vérités et de manipulation d’images. On a vu des photos retouchées de manifestations des partisans d’Erdogan, des montages grotesques, pour montrer des foules plus nombreuses. Autre exemple, Erdogan a parlé d’un policier qui aurait été tué, alors que ce policier est tombé d’un pont. Donc, la manipulation de l’information a déjà commencé. Je pense qu’il y a là un devoir de demander à être informé sur ce qui se passe réellement.
Entretien réalisé par R. Mahmoudi

Comment (9)

    An
    14 juin 2013 - 15 h 27 min

    Après sa gestion calamiteuse
    Après sa gestion calamiteuse du dossier Syrien, Erdog’ane a reçu un recommandé avec accusé de réception du parrain de Tel Aviv qui lui disait « DEGAGE » Accroché a son fauteuil de Sultan et ne voulant pas démissionner, le parrain demanda a son armée du net d’envahir Facebook et de se charger de la com du sultan Ottoman. Pour le gouvernement Algérien FB devrait être une priorité et a surveiller de très très près.




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    Damoiselle
    14 juin 2013 - 13 h 40 min

    « Chassez le naturel, il
    « Chassez le naturel, il revient au galop  »
    Erdogan après s’être présenté comme « démocrate-musulman » (sur le modèle des « démocrates-chrétiens »), a brusquement affiché sa vraie nature .les Frères musulmans, une organisation secrète dont Erdogan et son équipe ont toujours été membres.Partout, ils ont des conseillers turcs en communication , gracieusement mis à disposition par le gouvernement Erdogan.




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    Anonyme
    14 juin 2013 - 12 h 50 min

    ou sont ils??? les boss de la
    ou sont ils??? les boss de la cosa nostra, de la secte islamo-wahabites,ultra-liberaux, les mokri, soltani, et les crasseux adhérents de ces parties retrograde, et leur slogan..l’AKP, comme modèle,et erdogÂne, comme homme politique intègre* qu’il faut le suivre..jusqu’ au toilette,ou a tel a viv,si non a l’enfer.bref, cet hysterique,et psychopathe d’erdogÂne,est un brigand, il a était complice de la destrution de la lybie,acteur principal du malheur du peue syriens,et le saccge d’usines,musées..etc de la syrie,et maintenant il récidive chez lui en turquie,on cédant le parc en question, au quataris,avec une ristourne en millions de $, qui vont derectement dans sa poche, mais
    ! il ne faut oublier que son fils a trois bateaux de marchandise, et pendant l’affaire du marmara,et les 9 victimes turcs, son fils a gagner 3 milliards de $, avec son business illicite* avec l’etat virtuel d’israël.




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    thileliAnonyme
    14 juin 2013 - 11 h 20 min

    moi je dis que la contagion
    moi je dis que la contagion fait son chemin ,c le debut d’un printemps europeen ,puis asiatique et enfin americain,c l’eveil des conscience et la fin des injustices
    i have a dream de luther king!!!




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    dido
    14 juin 2013 - 11 h 05 min

    après l’émir du Qatar ,on
    après l’émir du Qatar ,on veut en finir avec ordogan pour sa mauvaise gestion du dossier syrien car en cause bcp de perte a l’oncle Sam ,pendant que les autorités syrienne continuent le nettoyage de son territoire .




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    Damoiselle
    14 juin 2013 - 9 h 45 min

    كيف لتركيا أن تُضيع في رمشة
    كيف لتركيا أن تُضيع في رمشة عين عقدا من العمل الديبلوماسي لإستعاد هيبتها على الساحة الدولية وذلك بتحسين علاقتها الد بلو ماسية مع دول العالم بعدما أطلق عليها بالرجل المريض ٠؟ كيف لتركيا أن تضيّع نموها الإقتصادي بهذه السهولة بعد المشاركة في الحرب ضد ليبيا أحد أكبر شركائها إقتصاديا ؟ عندما إنتهت الحرب ، دُمرت ليبيا وفقدت تركيا أسواقها هناك ٠ أين هي سياسة زيرو مشاكل مع الجيران ؟بعد عقد أنقرة إتفاقية تحرير التجارة مع سوريا عرفت تركيا نموا إقتصاديا ملحوظا ب 9,2% سنة 2010 في حين عرف تدهورا ملحوظا ب 2،2% في 2012 و النموّ في هبوط مستمر ٠ نفس الكلام ينطبق على مصر و تونس




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    Damoiselle
    14 juin 2013 - 9 h 41 min

    Envoyons le philosophe BHL
    Envoyons le philosophe BHL pour obtenir une zone d’exclusion aérienne afin de protéger les civils Turcs.




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    Horizon
    14 juin 2013 - 8 h 30 min

    Comme tu fait aux gens ,
    Comme tu fait aux gens , Allah te fera .

    Si tu te moque de quelqu’un tu t’expose a coup sure de le ressembler ou que cela se reflété sur l’un des tiens que tu aime tant.

    Erdogan arrive a l’entrée d’un long tunnel par la punition d’Allah ici bas d’abord …….




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    BISKRA
    14 juin 2013 - 7 h 49 min

    Bonjour,
    la place en question

    Bonjour,
    la place en question est le symbole de la répression dans les années 70. Traduction faite c’est la Place des Martyres pour les turcs. c’est la place la plus connue par les citoyens turcs et c’est un symbole de leur Histoire de répression et de la dictature. ajoutant à cela la construction dans ce lieu un centre commerciale symbolisant le libéralise à outrance qui tue les nations. c’est comme si en France en remplace la place de l’arc du triomphe par un centre commerciale.




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