Le business politique

Le projet dont il est question dans cet article a fait chou blanc, et ne méritait pas que j’en parle si l’esprit qui a incité à le proposer, et à le propager, n’exprimait pas, une fois de plus, la tendance opportuniste devenue apparemment une constante mentale de certaines personnalités politiques considérées de premier plan, et démontrait leurs inconsistance et versatilité. En effet, lors de la mini-crise provoquée par le retrait du parti de l’Istiqlal, et devant la difficulté de M. Benkirane de lui trouver un substitut, des voix se sont élevées aussitôt pour appeler à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Les déboires du moment du chef du gouvernement intervenaient, pourtant, dans une logique tout à fait prévisible, puisque la coalition gouvernementale était bancale dès le départ et que les avertis s’y attendaient à plus ou moins moyen terme, mais aussi toute naturelle et courante dans tous les systèmes politiques tant ceux établis démocratiquement que ceux en quête d’une parodie du genre. Ce n’était pas tant l’intérêt national qui préoccupait les partisans de la thèse en question que les dessous de cette dernière. Parce qu’il y avait, en fait, anguille sous roche. C’est que le bruit circulait que M. Ali Fouad Al-Himma serait chargé de former un tel cabinet, et sa personne intéressait plus que le reste. Même si une telle indiscrétion ne puisait apparemment à aucune source autorisée, elle a, aussitôt, poussé certains à renchérir sur l’hypothèse et à tisser, déjà, des lauriers à l’intéressé. Comme il n’y a pas de fumée sans feu, il est fort plausible qu’une telle idée ait germé quelque part dans la sphère décisionnelle comme une sorte de sondage d’opinion. Néanmoins, parmi ces personnalités qui ont colporté cette thèse, certaines avaient bien participé aux vagues du mouvement du 20 février et, donc, cautionné par leur présence certains slogans dirigés, à tort ou à raison, contre M. Al-Himma qui n’assumait, à l’époque, aucune responsabilité gouvernementale. Ce dernier est actuellement hors échiquier politique ; il lui faudrait, donc, normalement réintégrer le PAM – ou créer une autre formation – et donc quitter sa fonction actuelle. Par ailleurs, on ne lui connaît pas d’intention affichée sur la question. L’hypothèse avancée aurait regroupé autour de M. Al-Himma des personnages qui ont tous plus ou moins participé à des gouvernements antérieurs dont on connaît les degrés d’échec. Quelle particularité aurait, alors, caractérisé un cabinet sous sa houlette, si ce n’est une addition des incompétences, comme disait le roi défunt Hassan II du socialisme : une répartition de la misère. Penser à la constitution d’un gouvernement d’union nationale signifierait que le pays traverse une crise aiguë insoluble par le jeu classique des marchandages partisans habituellement usités en pareille circonstance. Ces mêmes partisans ont de tout temps crié à une plus grande démocratisation du jeu institutionnel et n’avaient pas cessé jusqu’à la veille du «printemps arabe» de revendiquer, dans ce sens, une réforme constitutionnelle. Et à peine deux ans après avoir obtenu satisfaction – même si c’est du niveau du Smig– ils en sont déjà à réclamer un retour aux pratiques de naguère où le roi choisissait à sa seule discrétion le chef de l’exécutif – pour ne pas parler du reste. De même qu’ils oublient que la Constitution prévoit nécessairement, en son article 47, la nomination à la tête du gouvernement d’un membre issu de la majorité à la première Chambre, et que, donc, une entorse à cette disposition équivaudrait à une flagrante violation de la charte. Dès lors, tout recours à un processus d’union nationale ne pouvait se faire que dans le strict respect de la disposition constitutionnelle ci-dessus, c'est-à-dire sous la conduite de M. Benkirane qui n’en demandait pas mieux que de se présenter en fédérateur de l’échiquier politique. Il aurait dansé nu dans la rue. Quand bien même M. Mezouar ne lui aurait pas sauvé la mise, la crise se serait orientée vers les élections anticipées, et tout serait, encore, provisoirement rentré dans l’ordre avec une autre combinaison gouvernementale à son tour boiteuse, parce qu’il est évident que les dés du jeu électoral auraient été de nouveau pipés d’avance, puisque c’est la logique du pouvoir pour garder la haute main sur le cours politique, et aussi, il faut le reconnaître, parce que les partis habituellement en lice sont de simples figurants conscients de leur indigence et qu’ils ne peuvent aller au-delà d’une ambivalence dans le discours pour sauvegarder leurs intérêts particuliers. La constitution d’un gouvernement d’union nationale équivaudrait à une situation d’exception, avec un relent de l’état d’exception vécu dans les années 60 qui n’avait, par ailleurs, servi qu’à faire boucler certaines «gueules», et imposer, pendant des décennies après sa levée, la notion, à défaut de parti unique, de pensée unique, profitant surtout aux affidés du pouvoir. Aussi, il est évident que les promoteurs de l’idée d’un gouvernement d’union nationale ne pouvaient être mus que par l’espoir de pouvoir retirer le tapis sous les pieds de M. Benkirane et le placer sous ceux de M. Al-Himma pour figurer en première ligne des éventuelles tractations qui s’ensuivraient, quitte à remiser leur conscience au bénéfice d’une promiscuité avec, il faut bien le préciser, l’ami du roi, ce qui s’appelle le business politique. C’est le seul ressort psychologique qui les anime secrètement.
Colonel Mohamed Mellouki (Maroc)
 

Commentaires

    Anonyme
    4 novembre 2013 - 15 h 01 min

    Dégagez de notre site et
    Dégagez de notre site et aller sur vos sites propagandistes, je n’ai confiance en aucun marocain, surtout les souris FAR dont vous êtes, dégagez de notre site et allez raconter vos conneries marocaines ailleurs que sur notre, vous le sujet servil d’une monarchie féoadale infame. Je demande à AP de ne laisser aucun agent mekhzénien surtout une souris FAR un esclave soumis, de poster sur nos sites. Merci




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