Pourquoi l’Algérie ne laissera pas tomber la Tunisie

Le Premier ministre tunisien, Mehdi Jomaa, venu pour une visite de deux jours dans notre pays, a eu toutes les raisons de repartir satisfait et même comblé. On ne sait pas ce qu’il a demandé comme aide financière, mais ce qu’il a reçu est plus qu’honorable : 250 millions de dollars, une somme qui permet à nos voisins de sortir la tête de l’eau comme l’ont fait remarquer, avec reconnaissance, les responsables tunisiens, eux-mêmes. Certaines voix se sont élevées pour critiquer cette aide accordée à la Tunisie. Une telle attitude relève à la fois du manque d’intelligence par rapport à ce qui se passe dans ce pays voisin, et de l’ingratitude, oubliant la solidarité active manifestée avec un grand courage par les Tunisiens, «gouvernement et peuple», à l’égard de notre pays qui combattait pour son indépendance, et aussi durant la décennie noire du terrorisme quand toutes les portes extérieures étaient fermées aux Algériens. Mais, surtout, il faut être dépourvu du moindre grain d’intelligence pour ne pas comprendre, d’abord, que l'Algérie a besoin d'une Tunisie stable et prospère à sa frontière et, ensuite, que ce pays est sur la voie d’un processus démocratique exemplaire qui a besoin d’être soutenu d’autant plus que la société tunisienne, dynamique et ouverte, le mérite. Le terrorisme islamiste qui tente de déstabiliser ce pays frère se nourrit, l’expérience l’a démontré, de la démagogie exprimée en termes religieux et appuyée sur les difficultés sociales que rencontrent les couches défavorisées, c'est-à-dire là où se fait le recrutement des terroristes. L’Algérie, naturellement très attentive ce qui se déroule ses frontières, est engagée dans une coopération antiterroriste avec la Tunisie. Cette coopération ne se limite sans doute pas aux aspects sécuritaires. On sait que la stratégie, dans ce domaine, mise en application en Algérie, a reposé sur l’éradication des groupes terroristes et sur le tarissement de leur source sociale de recrutement. C’est ce qui explique la volonté de l’Algérie de ne pas laisser tomber la Tunisie en l’abandonnant seule dans sa confrontation avec les difficultés économiques et sociales. L’aide financière est renforcée par la porte ouverte aux entreprises tunisiennes pour participer aux chantiers lancés par les investissements publics en Algérie, et par, quasiment, l’encouragement des Algériens à aller dépenser leur budget touristique en devises en Tunisie. Enfin, il faut toujours garder en mémoire ce que les responsables algériens ont, à maintes reprises, rappelé : le rôle de la Tunisie qui a constitué une importante base logistique pour l’Algérie qui combattait le colonialisme français. La solidarité fraternelle entre la Tunisie et l’Algérie a été scellée dans le sang des victimes, pour la plupart enfants tunisiens, du bombardement du village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, mené par l’armée française le 8 février 1958.
Kamel Moulfi
 

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