Affaire des moines de Tibhirine : quand le juge Marc Trévidic «insulte» les experts algériens

Le juge antiterroriste au Tribunal de grande instance de Paris ne fait pas confiance aux compétences algériennes. Il le dit clairement lors de son passage, hier, à la radio France Inter. «On nous dit que les experts algériens sont très compétents, je veux bien le croire… Ce sont des expertises très pointues, très techniques, il faut du matériel très sophistiqué. Si on nous donne l'assurance absolue qu'ils sont capables de le faire (ce n’est pas du tout ce que j'ai compris quand j'étais là-bas) je veux bien», a déclaré ce juge, proche des thèses du «qui tue qui» en Algérie, chargé de l’enquête sur l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996. Ainsi, il doute fortement des compétences et des qualifications des experts algériens qui ont pourtant reçu des formations dans les grandes écoles américaines spécialisées dans ce domaine, et sont habitués à des analyses plus complexes et plus délicates avec du matériel ultra-sophistiqué. Ces experts ont réussi d’ailleurs en un temps record à identifier les corps carbonisés lors de l’attaque terroriste contre le site gazier de Tiguentourine. Cela ne semble pas suffire aux yeux de ce juge qui craint pour le sort des prélèvements. Il met en avant le fait que l’expertise des prélèvements ne peut pas se faire deux fois. «Mais les prélèvements, une fois qu'ils sont expertisés, on ne peut pas le faire deux fois. Après, c'est fini », a-t-il insisté dans une vaine tentative de convaincre les autorités françaises d’exercer plus de «pressions» sur l’Algérie pour autoriser l’envoi de ces «prélèvements» en France. «Les autorités algériennes feront quelque chose si les autorités françaises poussent pour qu'elles le fassent. J'ai l'impression qu'il faut un minimum mettre la pression pour que ça avance dans ce dossier. Et quand je dis un minimum, c'est une litote», a-t-il dit, reconnaissant encore une fois avoir pu effectuer dans de bonnes conditions son travail lors de son voyage en octobre dernier. Mais il reste déçu de n’avoir pas pu prendre dans ses valises ces fameux prélèvements. «Pendant la semaine, on a pu faire tout ce qu'on fait traditionnellement au microscope, analyse des têtes, des vertèbres, etc. La science est très évoluée maintenant. C'est vrai qu'on pourrait avoir des certitudes sur différentes questions si on avait les prélèvements qu'on a faits sur place. Et on a été très déçus, c'est une grande surprise», a-t-il relevé. Le but inavoué de son enquête est de créditer la thèse du «qui tue qui» en Algérie. Il espérait ainsi trouver des «preuves compromettantes» contre l’institution militaire algérienne. Mais au vu des premiers éléments de son enquête, tous les scénarios échafaudés depuis des années s’écroulent sous la preuve scientifique. Son enquête vise en effet à déterminer si les moines avaient été égorgés ou décapités après leur mort. Craignant visiblement que les résultats des prélèvements consolident la version officielle selon laquelle les moines ont été décapités par le GIA, le juge Trévidic prend ses devants en soulignant que «déterminer comment sont morts les moines ne permettra pas en soi de trancher entre la version officielle, un assassinat par le Groupe islamique armé, et d'autres hypothèses autour d'une bavure ou d'une manipulation de l'armée algérienne». Le juge Trévidic ne semble en effet pas apprécier les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui a appelé au «respect du droit algérien» dans cette affaire. «La procédure doit respecter le droit algérien comme le droit français», a-t-il déclaré à la presse lors de sa visite en Algérie en compagnie du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Une visite lors de laquelle il a loué la qualité de la coopération sécuritaire, mais aussi judiciaire entre les deux pays.
Rafik Meddour
 

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