L’Arav composée de journalistes du secteur public : les télévisions privées sous le contrôle de l’ENTV

La composante de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Arav), présidée par Miloud Chorfi, est désormais connue et le décret des nominations sera bientôt publié. Les membres de cette instance, instituée pour réguler le secteur de l’audiovisuel, ont été puisés, comme son président d’ailleurs, des anciens cadres et journalistes de l’ENTV et de l’ENRS, a-t-on appris d’une source proche du dossier. Sont en effet membres de cette instance, entre autres, Lotfi Cheriet, ancien directeur de Canal Algérie, Zakaria Chabane, ancien directeur de la chaîne de télévision A3, une version de l’ENTV dédiée aux Algériens installés dans les pays arabes, Fayçal Haffaf de la Chaîne III, Soraya Bouamama, journaliste à l’ENTV, et Brahim Seddiki, ex-directeur de l'information de l’ENTV. Le président de l'Arav, Miloud Chorfi, est lui-même issu de l'ancienne RTA. Le caractère «homogène » du choix des membres de cette institution prouve qu'il est l'œuvre d'une même et seule personne ou centre de décision, alors qu'il est censé être celui de la Présidence et des deux chambres du Parlement (APN et Sénat), comme cela est spécifié dans la loi sur l’audiovisuel, selon laquelle l'Autorité de régulation de l'audiovisuel «est composée de neuf membres nommés par décret présidentiel : cinq membres, dont le président, sont désignés par le président de la République, deux membres non parlementaires proposés par le président du Conseil de la nation, et deux membres non parlementaires proposés par le président de l'Assemblée populaire nationale. Ses membres sont choisis pour leur compétence, leur expérience et l'intérêt qu’ils accordent à l'activité audiovisuelle. Mais la loi ne dit pas qu’ils doivent être tous issus de la même entreprise ou du même milieu professionnel. Cette composante, qui ne reflète donc pas l’esprit de la loi n°14-04 du 24 février 2014 relative à l'activité audiovisuelle publiée dans le Journal officiel n°16 du 23 mars 2014, renseigne sur la mission réelle conférée à cette structure censée être indépendante afin qu’elle puisse assumer en toute objectivité sa lourde tâche. L’Arav est «chargée de garantir l'objectivité et la transparence, de veiller à la promotion et au soutien des deux langues nationales et de la culture nationale et au respect de l'expression plurielle des courants de pensée et d'opinion dans les programmes des services de diffusion sonore et télévisuelle, notamment lors des émissions d'information politique et générale ». Par une telle composante de l’Arav, c’est presque l’ENTV qui contrôlera les chaînes de télévision privées. Le premier coup dur donné au secteur, c’est en effet la nomination de Miloud Chorfi à la tête de l’autorité de régulation, malgré l’existence d’un conflit d’intérêt. L’image de l’Arav est bien écorchée, elle qui commence déjà avec des factures impayées d’environ un million de dinars laissées à l’hôtel Safir d’Alger, selon un quotidien arabophone. Le pire est que l’Arav ne semble pas pressée de régler sa note laissée dans cet établissement hôtelier public, puisqu’elle décide d’occuper dans la précipitation l’ancien local du groupe Khalifa au Sacré-Cœur, Alger-Centre. A ce rythme, l’ouverture du champ audiovisuel risque ainsi de tourner court.
Rafik Meddour
 

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