Anguille sous roche

Par Kamel Moulfi – Les activités économiques informelles prospèrent en immersion totale dans l’illégalité, mais sans se cacher. Elles ont été banalisées au point où la plus grave d’entre elles, le commerce de devises, se paie le luxe de la transparence qu’offre le plein air au square Port-Saïd, un quartier qui n’a rien des bas-fonds, et quand le change est abrité des regards, il se déroule dans des échoppes qui ont pignon sur rue et sont connues du dernier venu dans la ville. Un manège amusant relie les changeurs informels à leurs «collègues» fonctionnarisés derrière les guichets des banques agréées. C’est curieux, mais c’est la loi qui impose au «client» de passer par le cambiste informel avant d’effectuer certaines transactions avec les banques. Et quand les pouvoirs publics font intervenir la police, comme hier au square Port-Saïd, contre les circuits informels du change de devises, ce n’est pas du fait que cette activité banalisée est illégale, mais parce qu’il y a une anguille sous roche, entendre par là, de la fausse monnaie, locale et en devises et, ajoute-t-on généralement, des «soupçons de blanchiment». Car l’activité illégale ne doit pas sortir du cadre de la régularité dans lequel elle est tolérée. Pendant ce temps, les experts courent derrière le recensement des vendeurs de l’informel, hors commerce de devises, naturellement. On laisse les cambistes parfaitement identifiés et localisés, et on choisit comme cibles, les vendeurs de rue dont l’identification et le dénombrement sont extrêmement compliqués, vu leur éparpillement et la diversité des produits de leur commerce, en plus de leur mobilité, passant d’une marchandise à l’autre et d’un lieu à l’autre, sans laisser de traces, encore moins comptables. On parle d’un seuil de tolérance, admis partout dans le monde, pour l’économie parallèle, mais dans notre pays ce seuil est largement dépassé. Des études ont chiffré les pertes que le Trésor public enregistre du fait de l’informel à huit milliards de dollars, sans compter le manque lié aux déclarations d’assurances sociales. Sur cette manne, nous dit-on encore, qui échappe à l’Etat, 2,7 milliards de dollars sortent frauduleusement du pays. Cela commence à faire beaucoup dans le contexte de rétrécissement des ressources financières publiques.
K. M.
 

Comment (5)

    mourad
    13 avril 2015 - 17 h 43 min

    Ould kablia, puisqu’il s’agit
    Ould kablia, puisqu’il s’agit de lui, ne s’est jamais montré satisfait de l’informel, il a simplement eut le courage de dire, qu’en l’absence d’un véritable marché de la devise (comme partout dans le monde) l’informel continuera d’exister parce qu’il répond à une demande réelle du citoyen. Il n’y a pas que les barons de machin qui ont besoin de la devise, il y a aussi le petit citoyen lambda, qui va se soigner, étudier ou rendre visite à ses amis et ses parents, à l’étranger.

    Que peut faire la police ou la justice, éradiquer un besoin, supprimer une demande,… ?
    Si, l’oligarchie, n’avait pas d’intérêts directs dans cette situation, voilà bien longtemps qu’un vrai marché officiel de la devise aurait vu le jour. Mais cela n’arrange pas leur affaires parce qu’il y a un risque de traçabilité de la circulation de la devise.

     » Pour labourer la terre, il faut le bœuf, et comme le bœuf c’est l’arabe, alors, il ne sera ni arrêté, ni licencié » dixit hassen terro,.




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    New kid
    13 avril 2015 - 15 h 38 min

    Cette méthode mafieuse est
    Cette méthode mafieuse est reconnue dans le monde entier comme l’existence d’un état dans état.
    Le clientélisme et la corruption sont les alliés de l’informel. Donc la gouvernance est directement liée à l’informel. La promotion du billet de 2000 dinars n’est pas pour les beaux yeux de l’ouvrier, mais ceux qui entrepose des « shkaras » dans des entrepôts aussi grand que des hangars d’avions.
    L’injection de l’informel dans la vie d’un état, est comme l’introduction du cancer dans un corps saint. Et bientôt les effets néfastes apparaissent. La conclusion n’est qu’une question de temps avant que le pourrissement vienne avant que la mort s’ensuive !
    Lorsque les grosses affaires sont traitées en cash, rien qu’en cash, l’informel gouverne, OK !
    La nomenklatura complice y tire son bénéfice, le fisc se tait car on lui a jeté des miettes (à certains hauts placés).
    Lorsqu’un ministre de l’intérieur est satisfait par les cambistes qui pullulent dans nos rues et magasins, la devise, est écrémée par les trabendistes et les barons de l’import de toutes dimensions. pour entretenir la classe et fuir en Europe et au Moyen Orient.
    L’état chevauche dans cette bataille les yeux fermés participant volontairement à la corruption ou toute la clique est partie prenante.




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    Anonyme
    13 avril 2015 - 11 h 31 min

    ceux qui exploitent ce
    ceux qui exploitent ce « filon » sont cela même qui l’ont organisé et qui bénéficient ,entre eux ,des bienfaits de cette prestation offerte à prix d’or ,aux algériens qui ont besoin de devises ;
    la nomenklatura
    les banques étrangères
    les sociétés étrangères de prestations et de service
    les « décideurs » bien cachés dans les banques publiques
    l’émigration et ses relais locaux
    les importateurs importateurs
    les exportateurs qui exportent leurs produits et leurs devises
    les chargés du contrôle et de la répression
    les douanes
    la banque d’Algérie
    les propriétaires du pays
    les propriétaires du « secteur » des devises
    ;;;
    Bref ,c’est la privatisation de l’Algérie an nom de la « stabilité » et de la « paix  » .




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    selecto
    13 avril 2015 - 11 h 14 min

    De la fausse monnaie
    Des

    De la fausse monnaie
    Des fausses élections
    Un faux président
    De fausses enquêtes
    De faux mandats d’arrêts internationaux.
    De faux moudjahidine
    De faux fils de chahid
    De faux Algériens
    de faux diplômes
    Quelqun pourrait continuer svp ? Ma bourgeoise m’appelle.




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    mourad
    13 avril 2015 - 10 h 59 min

    le journaliste se montre
    le journaliste se montre perspicace en disant que cette descente policière est motivée par la recherche de la fausse monnaie et non pas une tentative d’éradiquer la vente informelle de la devise.
    Effectivement, ce ne sera pas à coup de descentes policières que le commerce informel de la devise disparaitra, pas plus que n’ont été éradiqués les vendeurs ambulants qui squattent nos rues et nos trottoirs depuis des dizaines d’années.

    Pour la simple raison que la police ne peut régler des problèmes qui ne sont pas le fruit d’une criminalité quelconque mais un phénomène de déficit structurel de notre économie et de déficit de légitimité d’institutions sensées trouver des solutions aux problèmes de notre pays.




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