Isolement du Qatar : faibles répercussions sur Doha

L'une des conséquences directes de la crise : la Bourse de Doha chute de 7%. D. R.

L’Arabie Saoudite, le Bahreïn, l’Egypte, les Emirats arabes unis (EAU), la Libye, le Yémen, les îles Maurice et les Maldives, huit pays ont rompu jusqu’à présent leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusant Doha de déstabiliser la région et de soutenir le terrorisme. Cette crise diplomatique est la plus grave depuis la création en 1981 du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Fortement dépendants du marché pétrolier et gazier, ces pays ne devraient pas être très fortement impactés dans leurs échanges par la crise.

Résultat de cette crise diplomatique : des pans de l’économie qatarie risquent de souffrir. Déjà, la Bourse de Doha a chuté de 7%. En outre, la compagnie aérienne Qatar Airways, fer de lance de l’Emirat dans sa volonté de devenir une destination touristique, risque de subir des pertes du fait de son interdiction de séjour dans certains des aéroports les plus importants du Moyen-Orient.

Il faut savoir que le Qatar a emprunté localement et à l’étranger pour financer un plan de grands travaux de 200 milliards de dollars dans la perspective de l’organisation du Mondial de football en 2022. La baisse des cours des emprunts de l’Emirat, lundi, laisse penser qu’il lui reviendra plus cher d’emprunter, au risque, peut-être, de ralentir certains projets, notent des experts financiers qui estiment, par ailleurs, que c’est l’ensemble de la région qui risque de devoir payer plus pour emprunter si la crise diplomatique persiste. «Si le contentieux se prolonge, les ramifications risquent d’être énormes», a dit l’un d’eux. «Les gérants d’actifs ne feront aucune différence entre le Qatar et le reste du CCG», précise-t-on.

Au chapitre de l’interdépendance des économies du Golfe et les impacts éventuels de cette crise sur leur essor, il y a lieu de relever que les EAU sont le premier partenaire commercial du Qatar au sein du CCG, mais leur cinquième seulement au niveau mondial. De même, l’Arabie Saoudite et les autres Etats du Conseil ne représentent habituellement que 5% à 10% des échanges du marché boursier qatari, selon ses propres données. De ce fait, même un retrait total de la cote de ces pays n’aurait que des répercussions limitées.

Cependant, la situation est différente dans d’autres domaines. La contribution de l’Arabie Saoudite et des Emirats au 1,05 milliard de dollars d’importations alimentaires du Qatar a été de 309 millions de dollars en 2015. Notons que 40% des importations de produits alimentaires transitaient jusqu’à présent par la frontière saoudienne. Doha devra donc trouver des solutions de rechange. La faiblesse des stocks alimentaires du Qatar, qui correspondent à environ seulement trois semaines de consommation, accentuent cette fragilité.

Des impacts négatifs sur le bâtiment sont également prévisibles car les coûts dans le secteur vont augmenter et alimenter l’inflation du fait que l’aluminium et autres matériaux de construction ne peuvent plus être importés par voie terrestre.

D’un point de vue niveau économique, le Qatar reste une importante puissance financière de par ses richesses en hydrocarbures et de par l’ampleur de ses investissements à l’étranger. Cependant, les cours du pétrole et du gaz sont à la baisse, ce qui peut causer une difficulté au pays, bien qu’il ait encore de la réserve.

Au niveau des équilibres politiques intérieurs, il n’y a aucun risque dans le court terme. Le PIB/habitant au Qatar est le plus élevé au monde. L’Emirat a l’un des revenus annuel par habitant de plus de 100 000 dollars.

Le Qatar est un petit Emirat de 2,4 millions d’habitants, dont 10% seulement sont des autochtones. Il compte quelque 1,8 million d’Asiatiques, originaires notamment d’Inde, du Népal et du Bangladesh. Ces pays ne sont pas concernés par la querelle arabique.

Selon les experts, cette crise n’aura pas d’impact sur les livraisons énergétiques du Qatar, qui transiteront par le détroit d’Hormuz en route pour le Japon et l’Asie du Sud-Est.

Premier exportateur mondial de GNL, le Qatar en livre annuellement 80 millions de tonnes par méthaniers, mais seuls 10% sont destinés à des pays du Moyen-Orient, dont les Emirats arabes unis et l’Egypte.

L’Egypte, au-delà de la revanche politique qu’elle vient de prendre sur Doha, devra s’apprêter à recevoir ses milliers d’émigrés vivant et travaillent au Qatar et dire adieu à leur apport à l’économie égyptienne fortement dépendante des subventions étrangères.

Ce sont des pays comme les Emirats et l’Egypte qui devront chercher des solutions de rechange à leurs importations de gaz. Le Qatar exporte quelque 3,1 milliards de pieds cubes de GNL par jour aux Emirats arabes unis et à Oman. L’Egypte a importé l’an dernier 60% de ses besoins en GNL du Qatar.

Un expert financier pointe un risque bancaire pour le Qatar. Le pays, qui dispose d’environ 350 milliards de dollars investis à l’étranger, pourrait toutefois voir son secteur bancaire souffrir de la crise actuelle, note James Dorsey du S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour. Pour lui, «les banques du Qatar, déjà en difficulté avec la baisse des réserves de trésorerie et des taux d’intérêt de plus en plus élevés, pourront être durement touchées si l’Arabie Saoudite et les Emirats choisissent de retirer leurs dépôts».

Enfin, même s’il est encore difficile de mesurer les impacts, un certain nombre d’Etats de la région, parmi lesquels la Turquie – qui considère que ces sanctions ne «sont pas bonnes», selon l’expression utilisée par Erdogan – ont exhorté les parties à trouver un terrain de négociation.

Aussi, le Qatar ne partage pas les mêmes positions que l’Arabie Saoudite à l’égard de la République islamique d’Iran. Le Qatar a des intérêts économiques en Iran, notamment une énorme poche de gaz qui est exploitée à la fois par les Qataris et par les Iraniens. Les Qataris ont compris qu’il valait mieux négocier et considérer l’Iran comme partenaire plutôt que comme ennemi.

Ramdane Yacine

Commentaires

    Rayés Al Bahriya
    8 juin 2017 - 11 h 13 min

    On va aller travailler.
    On va aller travailler. Donnez nous des visa longues durées
    Les arabes sont des bras cassés. (…) Allons au QATAR ZKARA FI LES ARABES




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