«Noces en Barbarie», premier roman de Leila Mallem

Leila Mallem
"Noces de Barbarie" a été présenté en septembre dernier à la libraire du Tiers-Monde. D. R.

La romancière Leila Mallem relate, dans Noces en Barbarie, une histoire d’amour atypique et insensée entre un chef terroriste sanguinaire et sa captive, tout en brossant, à travers ce prisme, un tableau du drame algérien durant les années de terrorisme.

Dans ce roman de 453 pages paru aux éditions Dar El Gharb, l’auteure retrace le drame d’une famille dont le destin a basculé après l’enlèvement de sa fille Ismâ, étudiante en médecine et fille d’un pharmacien reconverti dans l’industrie. Un soir, de retour d’une fête familiale en compagnie de son fiancé et de sa cousine, Ismâ tombe entre les mains de terroristes. Tous trois sont kidnappés dans un faux barrage. Commence, alors pour eux, la descente aux enfers. D’abord par le supplice de Faïza, la cousine, conduite dans un maquis où elle subit des viols à répétition pour assouvir les «bas instincts de dizaines de terroristes». «Dès la première nuit de captivité, Faïza en vient à souhaiter la mort ou la démence pour échapper à la violence ambiante et aux simulacres de mariages circulaires religieux, et de répudiations». Les trois victimes sont finalement séparées, avant que Jalil, le fiancé, soit décapité et son corps découpé puis abandonné dans un sac en plastique.

Autre campement terroriste, autre cauchemar : Ismâ se retrouve détenue dans les «appartements privés» de l’émir terroriste Ali, El-Oustad ainsi qu’il se fait appeler par ses acolytes qui «veillent à la sécurité de sa détenue tout en la gardant enfermée pour la forcer à soigner les blessés (…), la menaçant à chaque fois de la jeter en pâture à ses hommes». La jeune femme oppose une farouche résistance au chef terroriste, refusant par exemple de «troquer son jean pour une robe ample et un voile» ou encore en se lançant dans d’interminables conciliabules sur l’islam, la place de la femme dans la société et la «légitimité de (cette) guerre absurde et fratricide».

Le chef terroriste est cependant trahi par ses bonnes manières, son niveau d’instruction et l’attention particulière qu’il porte à sa captive dont il essaie d’améliorer le confort. Un profil qui jure avec celui du chef terroriste sanguinaire qu’il est devenu. Et Ismâ, dont la conduite ébranle ses «convictions et ses objectifs d’instituer un ordre nouveau dans le pays par le feu, le sang et l’épée», s’interroge de plus en plus sur les raisons qui ont motivé ce basculement d’El-Oustad dans l’innommable.

Le courage et la beauté de la jeune femme ainsi que sa rigueur dans pratique de la médecine, forcent ainsi l’admiration du chef terroriste.

Dans son refus de se soumettre, Ismâ ira jusqu’à se raser le crâne pour «ne plus rien laisser à couvrir», laissant le sanguinaire froid et méthodique désarmé face à la détermination de sa victime. Au fil du récit, le terroriste est séduit par sa captive alors qu’elle, privée de tout confort, menacée de viols répétés, voire d’une fin atroce, se prend d’affection pour son geôlier dans un retournement de situation que seul le syndrome de Stockholm -– élan de sympathie paradoxal d’un otage pour son ravisseur connu en psychologie – peut expliquer.

Leila Mallem brosse un tableau fidèle des années de terrorisme subi par les Algériens en restituant le calvaire des victimes et l’angoisse infinie de leurs proches, en démontrant que l’amour, même irrationnel, supplante l’horreur. Elle verse cependant dans un discours surfait, rendant surréalistes des scènes : dans plusieurs passages, des personnages en situation de danger de mort, encerclés par terroristes armés, s’offrent le luxe de se lancer dans des débats sur l’intégrisme religieux, l’interprétation de l’Islam, rendant le récit peu crédible. Le texte est par ailleurs desservi par une couverture sans grande créativité et des défauts d’impression et d’assemblage. Leila Mallem, professeur de français, est titulaire d’un doctorat en lettres modernes. Noces en Barbarie est son premier roman.

R. C.

Comment (2)

    Iris
    29 octobre 2017 - 14 h 56 min

    Je suis fatiguée de ces romans de pacotille qui font la une dans les médias. Écrire un roman prend du temps ce n’est pas en l’espace de quelques mois qu’on le clôt les vrais écrivains prenaient leur temps afin de mettre leurs idées en route.
    Si je réfléchis bien n’importe qui peut devenir écrivain. Je pense que je vais m’y mettre.




    1



    2
    Argentroi
    28 octobre 2017 - 15 h 09 min

    Donc dans ce roman, il est question d’abord de syndrome de Lima et ce n’est qu’ensuite que se manifeste le syndrome de Stockholm.




    0



    1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.