Ennemi stratégique

Trump essaye de se rapprocher de la Russie
Les présidents américain, Donald Trump, et russe, Vladimir Poutine. D. R.

Par Sadek Sahraoui – Au regard des réactions de rejet suscitées aux Etats-Unis par la rencontre, la semaine dernière, entre Donald Trump et Vladimir Poutine, il apparaît clairement que l’Etat américain profond ne veut pas d’une normalisation des relations américano-russes. La raison ? La réponse est évidente : les Américains ont besoin d’avoir un ennemi stratégique pour exister. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs ils excellent dans la stratégie de la tension permanente.

Pour saper les efforts de rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie de Donald Trump, le Pentagone vient d’ailleurs de dépoussiérer un texte qui met dans son viseur l’industrie militaire russe. Le Congrès américain a, en effet, adopté en 2017 une loi, soutenue par les républicains et les démocrates, baptisée Caatsa (Counter America’s Adversaries Through Sanctions Act) qui impose des sanctions économiques contre toute entité ou pays qui conclut des contrats d’armement avec des entreprises russes. Officiellement, ce texte promulgué à contrecœur par le président Trump vise à punir la Russie pour son attitude en Ukraine et pour son ingérence dans l’élection présidentielle américaine.

Mais il est évident qu’à travers cette loi, les Etats-Unis cherchent aussi et surtout à «chiper» certains gros clients de la Russie comme l’Inde. New Delhi, plus gros importateur mondial en matière de défense, achète de longue date des équipements russes et discute actuellement avec Moscou de l’acquisition de ses systèmes de défense antiaérienne S-400. Qui ne rêverait pas en effet d’avoir un client tel que l’Inde ?

Mais pour le moment, les menaces américaines n’ont pas dissuadé les clients traditionnels des industries militaires russes de changer de fournisseurs. Des observateurs aux Etats-Unis craignent même que la loi Caatsa précipite au contraire certains pays dans les bras des Russes et «mette en péril des relations que Washington tente de renforcer depuis de nombreuses années». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Pentagone pense qu’il est utile que les sanctions américaines contre les pays qui achètent des armements russes doivent pouvoir faire l’objet d’exceptions. Et donc l’idée de Washington est de lâcher un peu de lest afin de laisser le temps à des pays comme l’Inde de trouver des alternatives à la Russie. Mais dans tous les cas, le fait est là : quand l’ennemi n’existe pas, les néoconservateurs américains s’arrangent toujours, pour une raison ou pour une autre, pour l’inventer.

S. S.

Comment (4)

    Yeoman
    22 juillet 2018 - 3 h 23 min

    L’état américain profond? Ne serait-il pas plus exact de parler de « l’état américain effectif, voire parallèle »? L’Amérique profonde, comme tous les pays profonds, n’aspire sans doute qu’à vivre en paix. Elle vend du blé, pas des armes.

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    Nasser
    21 juillet 2018 - 21 h 21 min

    Ce n’est pas une question de néo conservateurs ou un autre courant. Les néo conservateurs désignent qui est l’ennemi. Ils répondent à un besoin intrinsèque que chaque empire ressent. Ce besoin de s’identifier par rapport à une entité. Cette dernière doit être en fonction de l’histoire: barbare, païenne, sauvage, primaire etc….. l’Empire est juste, humain et il cultive des valeurs nobles. Il représente la civilisation des lumières. Pas les ténèbres, comme ceux qui ne font pas partie de sa zone de couverture.

    smith & wesson Co .
    21 juillet 2018 - 21 h 18 min

    « … stratégie de la tension permanente… »
    c’est surtout sur ordre du lobby de l’armement qui donne à lui seul le rythme de la danse pour les occupants du bureau ovale.
    le reste c’est juste du cinéma et de la figuration …

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    MOHAMMED BEKADDOUR
    21 juillet 2018 - 18 h 26 min

    @ Mais dans tous les cas, le fait est là : quand l’ennemi n’existe pas, les néoconservateurs américains s’arrangent toujours, pour une raison ou pour une autre, pour l’inventer.
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    Imaginez que Satan n’ait pas existé ! C’est un sport, il faut un adversaire, même dans le match amical sauf qu’à L’Heure où est l’humanité, un pays comme les U.S.A devrait consacrer son énergie plutôt à préparer le scénario de la montée des mers : Les Océans , un adversaire invincible…Un tel ennemi, c’est la mer à boire !

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