Audin : entre nostalgiques de l’Algérie française et intégristes ingrats

place Audin reconnaissance
Inauguration de la place Maurice-Audin à Paris en 2004. D. R.

Par Akram Chorfi – En faisant ce geste, par le biais d’une reconnaissance qui porte sur l’assassinat d’un Algérien d’origine française, le président français, Emmanuel Macron, a voulu faire avancer les choses, sans se faire bousculer par les nostalgiques de l’Algérie française.

Le nom Maurice Audin neutralise l’instinct raciste chez certains pieds-noirs qui peuvent faire une concession politique sur le dossier de la liquidation mémorielle. Macron le sait, qui n’a fait qu’emboîter le pas, dans la même logique d’escalier, à François Hollande, faisant avancer d’un cran, timidement, le contentieux mémoriel qui impose à la France, à la conscience française, une reconnaissance de son passé colonial et de son caractère criminel contre l’humanité.

Le président Macron fait de la politique ; il n’est pas un militant de la mémoire algérienne et il ne faut pas perdre de vue que même si cette initiative a des effets escomptés sur les relations algéro-françaises, elle n’en demeure pas moins – par ses traitements, ses implications politiques, les suites qu’il sera jugé utile de lui donner face aux questionnements publics, des élus du peuple et des médias français – une question strictement franco-française.

En revanche, elle commencera à devenir une question algéro-française lorsque Macron aura réussi à neutraliser le dissensus profond entre Français qui entrave un règlement définitif de la question mémorielle, qui devait trouver son terme échu par une reconnaissance pure et simple que la colonisation – quelle qu’elle ait pu être et où qu’elle ait pu être entreprise – n’est pas un acte civilisationnel mais une violence historique qui débouche souvent sur des génocides et des tentatives chroniques d’annihilation humaine et culturelle des peuples autochtones.

Ce n’est, pourtant, pas aux Algériens d’espérer que ce dossier soit pris en charge en France car il y va, humainement et historiquement, de l’intérêt de la conscience française de se libérer d’un tel fardeau collectif que les générations «coupables» veulent léguer aux générations françaises nées après la Guerre d’Algérie.

Macron fait partie d’une génération de Français qui ont un avantage et un handicap. L’avantage de la distance par rapport à des événements qu’il n’a pas vécus et celui d’un présent où des citoyens nés algériens constituent aujourd’hui une partie importante de la population française. Et le handicap de la non-implication qui lui ôte, non en tant que Président mais en tant que personne, une certaine légitimité émotionnelle et, donc, le droit d’avancer seul sur la voie de la reconnaissance, sans essayer de comprendre ceux qui ont leurs raisons de croire qu’ils avaient raison de s’accrocher, à tout prix, à n’importe quel prix, à un pays qui n’était pas le leur et dont les populations d’origine n’avaient jamais cessé de le leur signifier 132 années durant.

Ce sont toutes ces difficultés que Macron, président de la génération de la rupture, semble-t-il, tente de contourner. Il n’arrivera à le faire, peut-être, que s’il parvient à arrimer les Français à une nouvelle ère économique et sociale. Après tout, la nostalgie de l’Algérie française – et son pendant révisionniste – n’est-elle pas le symptôme d’une France qui n’est pas encore arrivée à donner un nouveau rêve aux Français ?

Quant au qualificatif de raciste asséné par Mokri à la démarche, malgré tout, constructive du président français, il est impropre en la circonstance pour plusieurs raisons, la plus importante étant, avant tout, l’algérianité incontestable de Maurice Audin qui a consenti l’ultime sacrifice pour son pays, l’Algérie, et pour un idéal de liberté et de justice, alors qu’il pouvait, en tant que Français, se retrancher de l’autre côté de la barrière et hurler avec les loups.

L’Algérie lui doit, comme à tous les martyrs, le devoir éternel de mémoire, et la France, son bourreau et, tout de même, la patrie de ses ancêtres, le devoir de reconnaissance d’un assassinat ignominieux qui a longtemps pesé sur la conscience française.

D’où, faut-il s’en rendre compte, la difficulté de la situation. D’un côté, des racistes retranchés dans leur nostalgie inconsolable qui auraient levé les boucliers en entendant un nom d’Arabe et, de l’autre, des sectaires intégristes qui n’ont rien compris à la Révolution algérienne et sa dimension humaniste, qui ont effectivement levé leurs boucliers en entendant un nom de chrétien.

A. C.

Comment (15)

    Kaci Mohand
    17 septembre 2018 - 9 h 02 min

    C’est hallucinant cette tendance au manichéisme extrême que l’on subit dans notre pays dès qu’il s’agit de personnalités politico-historiques. Donc si j’ai bien compris , si l’on vomis Maurice Audin, nous sommes forcément des partisans de l’Algérie Française ou des intégristes ingrats?

    Pour ma part, Maurice Audin, le réseau Jeanson, Frantz Fanon sont a effacer de l’Histoire de notre pays, tant leurs personnes et surtout leurs idées ont commis des dégâts monstrueux dans les sous-bassement idéologiques de l’Algérie indépendante, et ce qui est mis en cause c’est leur gauchisme moribond, leur idéologie communiste mortifère, qui a terme est un élément destructeur de l’identité et de la famille, poussant les peuples à la dépersonnalisation complète et à des arnaques évidentes comme l’ont été « le socialisme spécifique », « la révolution agraire » et le « plan quinquennal » .

    Nous payons aujourd’hui même cet apport gauchiste impulsé par les « Maurice Audin » et autres, et l’intégrisme islamiste, tant des frères musulmans que de la vermine wahabo-salafiste n’est qu’un fruit parmi tant d’autres de cet état de fait. Évidemment, je comprends bien que c’est dur a assumer de la part de nos élites patriotardes francophones à moustache, roulant les « r » et passant leur temps à refaire le monde entre eux à la Librairie du Tiers Monde ou..ailleurs.

    Je pense que vous l’aurez certainement compris, je ne suis ni un partisan de l’Algérie Française, ni un intégriste, mais un nationaliste, partisan de son identité ethno-culturelle et religieuse, attaché aux valeurs de droiture, d’authenticité, et surtout de TRAVAIL!

    Car pour relever notre pays, ça n’est pas en glorifiant Audin que nous réussirons quoi que ce soit! Mais en travaillant durement, comme aucun peuple ne l’a fait auparavant, il va falloir aller au delà de nos capacités, fort limitées au demeurant, pour réussir!

    Ce n’est pas par haine stupide que j’exècre ces maudites personnalités de gauche, non, je reconnais aisément que Maurice Audin a été un martyr, et qu’il n’aurais jamais du mourir de cette façon inhumaine, mais c’est un martyr de sa cause, d’une Algérie communiste, d’une Algérie rouge, libérée des français certes, mais sous un joug soviétique peut être, ou d’un diktat laïcard gauchiste aux relents maçonniques.

    Un dernière chose: Apprenez à avoir des idées! Lisez! Et pas que les torchons gauchistes, libéraux ou islamistes insipides venus de France ou du Moyen Orient pour avilir notre pays! Soyons algériens!!!

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      Anonyme
      18 septembre 2018 - 11 h 39 min

      Vous devez être un du clan de Boumedienne qui ont emprisonné et assassine les communistes algériens parce qu ils s’opposaient à sa politique,un de ceux qui ont encouragé à bout de bras les frères musulmans à s installer et à distiller leur venin dans notre pays .
      Vous devez vous taire à jamais ,vous avez creusé la tombe qui a presque enseveli l Algérie..
      J espère que vous avez un peu de remords d avoir brisé l élan de ceux qui étaient pour une Algerie démocratique.
      Certes il y a eu des erreurs avec la révolution agraire et l autogestion mais les cerveaux étaient sains,on pouvait relever le défi.

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        Kaci Mohand
        18 septembre 2018 - 15 h 01 min

        Comment dire….vous avez TOUT faux monsieur. M. Boukharrouba représente pour moi un traitre à la nation, un socialiste téléguidé par l’Égypte et Moscou. Je n’ai par ailleurs aucune sympathie pour les Frères Musulmans. Tout ce petit monde suintant le mondialisme pourfendeur des identités et des souverainetés. Mais je ne respecte pas non plus cette tentative gauchiste occidentalo-centrée, corps étranger à l’Algérie traditionnelle et vraie. Oui, les cerveaux étaient sains, et c’est justement Boukharrouba, dernier avatar de ce qui restait de dirigeant « idéologique » , qui a détruit ces cerveau, a coup de socialisme et de populisme dont la bassesse n’a aucun égal.

    Nasser
    17 septembre 2018 - 0 h 38 min

    Parce que les « intégristes islamistes » dont les frères musulmans algériens n’ont jamais pris les armes contre le colonialisme! Par contre Audin (allah yarahmou) est un chrétien qui a défendu des musulmans et « l’Algérie algérienne » et en est mort pour ça ! Il est donc un Martyr qui mérite le Paradis! Au contraire, nos « intégristes islamistes » l’avaient glorifié en recrutant des ignorants algériens pour combattre aux cotés du colonialisme français durant la 1ère guerre mondiale et en ont reçu de hautes distinctions! Je cite leur référent qu’ils glorifient à nos jours « Benbadis »…….Documents à lire….. 21 docs…….. (voir le lien dans mon commentaire sur FB « d’Algérie patriotique »

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    Ahmed
    16 septembre 2018 - 0 h 43 min

    A l’auteur de l’article : vous écrivez « légitimité émotionnelle » (sic). J’ai bien lu : « légitimité émotionnelle. » Rien que cela ! On en apprend décidément tous les jours !
    A bien vous suivre, il faudrait désormais qu’un chef d’état ou de gouvernement, outre la légitimité des urnes, se donne aussi une « légitimité émotionnelle ». Où et comment ? Qu’importe ! L’essentiel est que vous venez de révolutionner la sociologie électorale et de bouleverser les catégories d’analyse politique traditionnelle !
    Ça c’est du sérieux, du solide ! Alors, politistes du monde entier, prenez-en de la graine, reprenez vos manuels et à vos devoirs ! Fissa !

    LOUCIF
    15 septembre 2018 - 15 h 04 min

    Akram Chorfi , auteur de l’article , 100 % d’accord avec vous !

    Vous oubliez simplement d’inviter le pouvoir algérien (notre pays en général) à faire lui aussi des efforts pour laisser progressivement et calmement se faire et s’écrire la vérité historique en toute objectivité, depuis la colonisation française en 1830 en passant par ce qu’on appelle le « mouvement national », durant la guerre d’indépendance elle-même et les premières années de l’indépendance ! Il y du très bon, du pas bon, du mauvais et du très mauvais à analyser, à révéler, à faire sortir en toute conscience de cette marmite de l’histoire contemporaine de notre pays ! Il y a eu beaucoup de choses qui se sont passés dont , pour certaines, on peut dire qu’on n’en est pas fiers du tout! De notre côté, il y donc aussi un devoir de vérité, un devoir de mémoire qui nous incombe !

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    Anonyme
    15 septembre 2018 - 12 h 54 min

    Il était un homme athée, mais malgré tout que Dieu ait son âme. Amin.
    C’était un homme remarquable, dont la vie a été sauvagement fauchée alors qu’il a pris partie contre l’injustice. En espérant que son nom soit porté par une école, un institut politique, un centre de recherche historique.
    Nos condoléances à sa famille et à ses enfants qui n’ont pas pu profiter de leur père.

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    Anonyme
    15 septembre 2018 - 12 h 39 min

    Grands hommages à ce très grand militant pacifique, et surtout courageux communiste
    Et à ses camarades de lutte pour l’indépendance de l’Algérie,
    Malgré les 1/2 million de militaires colonialistes
    Et des dizaines de milliers de collaborateurs « harkis », vivant en France, et aussi,vivant encore, en Algérie
    Combattant nos valeureux chouhadas, et vrais moudjahidines, et non de faux nombreux « moudjahidines »
    Opportunistes-affairistes qui se sont accaparés de biens , et de fonciers, en 1962

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    socrate
    15 septembre 2018 - 11 h 25 min

    Le processus colonial n’est pas seulement le fait de la France ! De nombreux pays, et pas seulement européens, s’y sont adonnés même si, seul, le colonialisme européen aura cette dimension mondiale. Par exemple, les espagnols ont éliminé des millions « d’indiens » en Amérique du sud et rayé de la carte de brillantes civilisations comme celles de Aztèques ou des Incas. Les Portugais ont, avant tous les autres européens, mis en coupe réglée les côtes africaines et débuté le commerce des esclaves vers les Amériques dont ils étaient les organisateurs attitrés pendant longtemps.De même les arabes ont ravagé pendant des siècles l’Afrique et la Méditerranée en quête d’esclaves. Demander les excuses de la France pour le « colonialisme » en tant que tel n’a aucun sens..

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      Le Français
      15 septembre 2018 - 12 h 41 min

      Les Britanniques ont fait de l’inde qui était une des plus grandes puissances du monde à sa prise un pays complètement ruiné à son indépendance avec minimum 43 millions de morts rien que par les famines politiques.
      Tout empire est brutal à des échelles différentes, si l’Algérie n’avait pas été française, elle aurait été très probablement Britannique puisqu’à cette époque, les deux grandes puissances européennes se partagent l’Afrique.

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      Ch'ha
      15 septembre 2018 - 22 h 09 min

      @Socrate
      Complètement à côté de la plaque !
      Alors pourquoi parler de génocide arménien pourquoi parler de shoah …la barbarie le crime contre l’humanité est à géométrie variable chez vous ?!!!
      Pas de sens allez sortir votre baratin à 2 balles aux moudjahidin et familles de moudjahidin qui ont perdu leurs enfants maris femmes etc … Pas de sens pour un.cerveau plus que tordu.

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      Ch'ha
      15 septembre 2018 - 22 h 37 min

      @Socrate
      La France reconnaît le génocide arménien la shoah et cie….
      Par contre le crime contre l’humanité au pays non.ça n’a pas de sens c’est sûr ça n’a vraiment AUCUN SENS ?!!!!!
      Docteur c’est grave ? OUI

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    Vangelis
    15 septembre 2018 - 10 h 23 min

    Vous prenez un raccourci inapproprié en mettant en avant la religion des uns et des autres.

    Le problème fondamental est et reste que Macron a reconnu la torture subie par Audin qui en est mort mais est resté vague sur le même principe s’agissant des autres, les nombreux algériens. En ce sens, Macron pense au quota de 10 indigènes pour un français. Et encore, il n’a pour le moment reconnu aucun algérien, c’est donc pire.

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    Anonyme
    15 septembre 2018 - 10 h 00 min

    J’ai déjà commenté un article similaire mais au risque de me répéter, je dirais que Mokri est complètement à côté de la plaque. Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Pour un chef de parti qui ambitionne d’être, un jour, au sommet de l’État, c’est vraiment navrant. Il fait abstraction, volontairement ou pas, là n’est pas la question, du fait que la révolution algérienne ait été prise à bout de bras par des « algériens  » de différentes confessions.

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    Anonyme
    15 septembre 2018 - 8 h 04 min

    le terme Algérie française ne devrait plus être d actualité ,c est choquant pour ceux qui on vécu sous la colonisation et subits ses dérives ,ça fait tendancieux et rétro a moins que certains ils y rêvent

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