Qui est le fusible de qui ?
Par Bachir Medjahed – Pour les profanes que nous sommes, la question inimaginable dans le temps est bien celle de savoir qui oriente, qui commande, qui décide et qui peut empêcher que d’autres soient en mesure de décider. Pour ne considérer que la face visible du pouvoir, entrent en scène le Président, les partis dits du pouvoir et les ministres dont on ne connaît pas les attaches partisanes.
Lorsqu’il apparaît que tout repose sur le Président, que le chef du gouvernement, selon Belkhadem, n’est qu’un coordinateur, la question se pose de savoir, dans ces conditions, qui est le fusible de qui si tant est que le recours à un fusible demeure encore une option ouverte.
Il fut un temps où il pouvait apparaître que dans toute la chaîne de commandement du pays, du sommet vers les grades les plus inférieurs, il y a en cascade toute une série de fusibles comme dans une installation électrique où le bas protégeait immédiatement le haut et progressivement.
Il pouvait même arriver que des responsables attirent la foudre vers eux pour la détourner du sommet et accepter ou décider de s’offrir en sacrifice en démissionnant. Mais cela n’est toujours pas le cas et souvent tout remonte vers le haut, vers le plus haut. Il est arrivé, cependant, que ce fût au plus haut que fut conférée la qualité de fusible et qui donc avait joué ce rôle. Citons au moins deux exemples. Chadli a démissionné et le gouvernement est demeuré le même pour opérer un changement de politique. Zeroual a démissionné mais c’est la même équipe qui a continué à gouverner en abandonnant le nom de coalition pour prendre celui de l’alliance.
On peut même dire que Zeroual, en partant, avait confié (ou laissé en héritage) à Bouteflika «sa» coalition qui prit le nom d’alliance stratégique.
Il arrive très souvent que les regards, par tradition, se tournent vers l’armée car tout le monde est convaincu que c’est elle qui a désigné tous les présidents respectifs de par le passé. C’était la tradition depuis l’indépendance que l’armée ne fût pas détournée des questions intérieures et ne fût pas spécialisée exclusivement dans l’information d’intérêt militaire, ce qui l’amenait à s’incruster dans les coulisses du champ politique ou de la chose politique.
De toute façon, pour tout ce qui concerne l’avenir du pays, les populations continuent à estimer que le pouvoir réel ne se résume pas aux responsables politiques visibles et il est très difficile de leur faire admettre que la décision est entre les mains de ceux qu’on voit souvent s’exprimer dans les médias. Cette vision est confortée par le fait que, d’une part, les ministres ne s’engagent pas dans le discours politique, sauf pour s’étaler sur des sujets liés à la partie du programme qui leur incombe ; ils ne donnent pas leur avis sur la situation politique, sauf à s’esquiver par des généralités qui ne veulent rien dire et vont même jusqu’à présenter le Président comme quelqu’un qui décide de tout et qui est la source exclusive du pouvoir et, donc, autant des succès que des échecs. C’est à peine s’ils n’affirment pas que c’est lui qui décide pour une route communale.
B. M.
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