Les points sur les «i»

Par Karim B. – Cet éditorial est le fruit d’un échange avec des amis et de commentaires de lecteurs qui voient dans notre article sur le vice de forme qui entache le procès qui a lieu actuellement au tribunal militaire de Blida une aberration pour certains et une défense déguisée des prévenus pour d’autres.

Nous nous attendions à ce genre de réflexions au demeurant légitimes et qui nous permettent de mettre les points sur les «i».

Une lectrice – du moins le commentaire est signé d’un nom féminin – comprend à la limite, affirme-t-elle, que nous «détestions» Gaïd-Salah, adjoignant à son commentaire un contre-argument s’agissant de Liamine Zeroual que nous avons cité dans notre article dans le cadre de cette affaire de pseudo «complot contre l’Etat» à laquelle il a été mêlé d’une manière ou d’une autre. Mais ce n’est pas le sujet de cette «mise au point».

Ramener notre appréciation très inquiète et profondément attristée de la situation inextricable dans laquelle le chef de l’armée a mis tout un pays à une querelle sentimentale et à une espèce d’inimitié à l’égard de celui qui insulte tout un peuple relève d’une incompréhensible banalisation d’une crise profonde provoquée par l’acharnement des tenants du pouvoir actuels à imposer leur feuille de route, rejetée par les millions de citoyens qui manifestent depuis sept mois.

Par ailleurs, considérer qu’en relevant l’inanité d’un régime, qui entraîne le pays dans sa propre descente aux abysses, nous défendrions les accusés dans le procès intenté par Gaïd-Salah à ses «ennemis» personnels serait faire une lecture biaisée et étriquée d’un article qui ne fait que rappeler que les actions des résidus du système sont toutes aussi illégitimes les unes que les autres et doivent être condamnées et combattues, en ce qu’elles représentent une atteinte à la fois au droit et à la dignité des Algériens qui se voient ainsi dirigés par une poignée de décideurs irresponsables.

Prise dans le tourbillon de la saturation médiatique voulue par le pouvoir, l’opinion publique a cru, un moment, en la sincérité et en l’authenticité de la lutte contre la corruption et la prévarication lancée au lendemain de la «démission» de Bouteflika. Mais la vérité a éclaté au grand jour lorsque les instigateurs de cette grande supercherie ont tombé le masque et dévoilé leur véritable dessein : celui de perpétuer le régime qu’ils disent combattre.

L’illégitimité du pouvoir fait que toutes les institutions qui le représentent sont anticonstitutionnelles, y compris la justice, qu’elle soit civile ou militaire. De ce fait, seul un président démocratiquement élu, tel que le réclame le peuple, pourra jouir des prérogatives qui lui permettront de lancer le titanesque et fastidieux chantier de la moralisation de la vie publique et, partant, de juger tous les responsables du désastre actuel.

K. B.

Comment (3)

    lhadi
    24 septembre 2019 - 18 h 30 min

    « Seul un président démocratiquement élu, tel que le réclame le peuple, pourra jouir des prérogatives qui lui permettront de lancer le titanesque et fastidieux chantier de la moralisation de la vie publique et, partant, de juger tous les responsables du désastre actuel. »

    Qu’il n’y ait pas de méprise : c’est le leitmotiv de ceux qui aiment le pays autant que leurs parents.

    fraternellement lhadi
    ([email protected])

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    Abou Stroff
    24 septembre 2019 - 17 h 17 min

    puisque nous devons mettre des points sur les i’s, commençons par mettre l’accent sur certains i’s:
    – gaïd salah était pour le cinquième mandat et montrait explicitement de l’admiration pour ne pas dire de la vénération pour son fakhamatouhou jusqu’à ce qu’il découvre qu’il allait être éjecté du poste de chef d’état-major qui permettait à ses rejetons (et à lui même?) de s’enrichir au moindre coût.
    – gaïd salah traîne autant de casseroles (il suffit de questionner les habitants de annaba pour avoir des informations sur le sujet, quant aux émiratis, ……), sinon plus, que ceux qui ont élu domicile à la prison d’el harrach.
    – gaïd salah, vu son niveau intellectuel, est incapable de saisir les enjeux du moment, à moins que ces derniers se réduisent à sauver sa peau et la peau de ses proches.
    – en outre, je pense que gaïd salah s’est entouré d’abrutis (en particulier ceux qui lui écrivent ses discours) qui lui proposent une image complètement déformé des réalités nationale et internationale.
    – enfin reconnaissons que la logique aurait voulu que l’ex fakhamatouhou soit convoqué par la justice (au moins comme témoin) pour nous éclairer sur les agissements de son frère (le fakhamatouhou a t il remis le cachet de la présidence à son frère ou ce dernier l’a t il volé, par exemple?)
    moralité de l’histoire: je pense que la issaba comprend, non seulement ceux qui sont en prison mais aussi et surtout gaïd salah et ses affidés et ce qui se passe au moment présent est simplement une redistribution des cartes au sein de la marabunta (une mafia locale) qui nous gouverne depuis des décennies. le reste, tout le reste n’est que niaiserie ridicule pour niais confirmés.

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      Zaatar
      24 septembre 2019 - 18 h 20 min

      Cher Abou Stroff je te salue
      Merci pour ton commentaire juste et précis. Je n’arrête pas d’abonder dans ce sens dans mes commentaires, seulement je crois qu’il faut du temps…et on risque d’attendre longtemps et que ça ne soit pas compris pour autant. Bien à toi.

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