Différence entre un mouvement populiste et un soulèvement populaire

manif soulèvements sociaux
Répression de manifestants. D. R.

Par Mesloub Khider – Depuis quelques mois, dans de nombreux pays (Venezuela, France, Hongkong, Algérie, Haïti, Equateur, Chili, Argentine, Liban, etc.), on assiste à des mouvements de protestation et à des soulèvements sociaux d’envergure, mobilisant une partie importante de la population, notamment la jeunesse urbanisée et, fait exceptionnel pour l’Algérie, la gent féminine (indice que le mode de production capitaliste et sa petite bourgeoisie pléthorique s’implantent fortement dans la société algérienne en pleine mutation sociologique).

Ces mouvements, parfois spontanés et inorganisés, s’insurgent contre les différents pouvoirs, aussi bien sur des thématiques politiques portant sur les «libertés individuelles» et la «démocratie bourgeoise» que sur des revendications sociales, culturelles, ethniques, éducatives, ou encore matérielles telles que les conditions de vie et de travail. Toutefois, quelles que soient les revendications avancées, qu’elles soient de nature politique, sociale, idéologique, les motifs sous-jacents sont toujours économiques, en ce sens que ces mouvements de protestation dans la superstructure – au sein des rapports de production – reposent toujours sur les conditions de vie et de travail imposées aux classes sociales impliquées dans le procès de production. Postulat que la gauche a oublié depuis belle lurette.

Le plus souvent, au cours de ces récents soulèvements, la petite bourgeoisie domine amplement ces mouvements spontanés. Tandis que, parfois, la classe ouvrière tente d’imposer sa présence, avec plus ou moins de succès. Outre les divergences en matière revendicative, ces deux tendances forgeant ces mouvements se distinguent par le choix des tactiques de lutte. Les mouvements démocratiques bourgeois expriment ordinairement leurs revendications par des manifestations-processions directement dans la rue, souvent de manière pacifique, parfois au moyen d’affrontements violents avec les appareils répressifs de l’Etat. Par contre, les mouvements ouvriers se mobilisent sur leurs lieux de travail, notamment par des débrayages spontanés, des grèves, des occupations, mais aussi, depuis un certain temps, par le blocage des axes routiers et des moyens de transport des marchandises (ports, gares, aéroports), et des entreprises névralgiques assurant l’approvisionnement en énergie, vitale pour le bon fonctionnement de l’économie.

Analysons les divergences de lutte entre ces deux mouvements de révolte portés par deux classes sociales distinctes, aux intérêts diamétralement opposés et aux perspectives politiques, économiques et sociales antinomiques. De manière générale, depuis quelques années du moins, les mouvements démocratiques se singularisent par leur apparition spontanée, leur inorganisation politique, leur absence de structure de médiation, leur refus de promotion de quelque leader. Œuvres d’une accumulation de récriminations larvées et de colère contenue, fermentées par la paupérisation accélérée de la majorité de la population, ces mouvements explosent souvent de manière aussi soudaine qu’inattendue. Parfois sur des prétextes mineurs. Dès leur éruption, ces soulèvements affichent une méfiance instinctive à l’égard des formations politiques traditionnelles, un rejet viscéral de la délégation de pouvoir, et corrélativement une opposition farouche à toute structuration organisationnelle. De surcroît, ils font reposer leur lutte sur une armature spécifiquement politique sur laquelle ils échafaudent, dans l’improvisation, des programmes minimalistes incohérents et décousus, déclinés sous forme d’un catalogue citoyenniste dans lequel chaque membre formule ses doléances correspondant à ses intérêts personnels immédiats. Malgré leur surgissement spontané, chaotique et anarchique, ces revendications correspondent néanmoins concrètement aux besoins sociaux exprimés par cette classe sociale précarisée.

Les soulèvements traditionnels ouvriers, quant à eux, fondent leurs activités combatives sur un substrat social homogène affirmé, à travers la cohésion de leurs doléances, et sur des revendications sociales et économiques élaborées et politiquement formulées au travers d’un programme collectivement adopté et unanimement validé. Du moins, ceci était vrai jusqu’à récemment, résultante de la longue expérience d’organisation militante prolétarienne sous divers appareils politiques et syndicaux historiques aux XIXe et  XXe siècles.

Contrairement aux mouvements démocratiques bourgeois, dépourvus de structures cohérente et pérenne. De là s’explique l’hétérogénéité de leurs mouvements, constitués de différentes catégories sociales populistes, aujourd’hui en proie à la précarisation et à la paupérisation généralisées. Autrement dit, ces soulèvements constituent des mouvements interclassistes aux revendications hétéroclites, parfois insolites. Ces mouvements versent dans la fustigation hystérique, irrationnelle mais jamais dans l’élaboration politique constructive, sinon pour obtenir des réformes qui, croient-ils, apporteront quelque solution à leur précarisation. Frustrés par leur déclassement social, ils se contentent de fustiger le système politique, rendu responsable de leur dégradation économico-sociale, sans comprendre que c’est le système social tout entier (le mode de production capitaliste) qui en porte la responsabilité.

Cependant, ces mouvements petits bourgeois réformistes se posent en alternative à la révolution prolétarienne, seule voie apte à renverser le mode de production capitaliste. Le plus souvent, ces mouvements de protestation bourgeois s’érigent comme une structure nébuleuse, prétendument située au-dessus des classes sociales, défendant l’intérêt général civil citoyen (un remake des révolutions démocratiques, bourgeoises anti-aristocratiques).

En réalité, ces mouvements démocratiques bourgeois vilipendent le despotisme politique de l’Etat du capital, mais ne remettent jamais en cause la dictature économique du capital sur la société en général, ni ne questionnent l’incapacité de ce mode de production capitaliste à satisfaire les besoins sociaux vitaux de l’humanité. La psychose hystérique du changement climatique est une parfaite démonstration de l’aporie politique dans laquelle se sont fourvoyés ces mouvements démocratiques, associés dans un même commun combat stérile avec les représentants du capital qui instrumentalisent ces mouvements. Aujourd’hui, si dégradation dramatique il y a, c’est celle des conditions sociales de l’ensemble des prolétaires. Si lutte prioritaire il doit y avoir, c’est contre le capitalisme responsable de la dégradation généralisée des conditions de vie des prolétaires.

Au reste, avec les mouvements démocratiques bourgeois, bien qu’ils puissent adopter une certaine radicalité en matière de lutte, leur objectif demeure invariablement identique : devenir des interlocuteurs reconnus par l’Etat afin de jouer un rôle de médiation en matière de réformes, de restructurations économiques, de refonte politique cosmétique, dans le cadre du système économique capitaliste moribond, responsable de leur déclassement social. Au vrai, ces aspirants politiciens vénaux sont dévorés d’ambition. Leur seule aspiration est de briguer les sinécures parlementaires, gouvernementales et associatives publiques, de convoiter les fructueuses prébendes étatiques. L’institutionnalisation et la constitution du capitalisme vert sur fond de l’hystérie climatique en sont les parfaites démonstrations, illustrées par le gonflement hypertrophique des postes généreusement rémunérés, mis à la disposition de cette élite bourgeoise verte, adepte du libéralisme écologique.

De fait, leur ambition politique principale est de suppléer à la défaillance des corps intermédiaires, corrompus et disqualifiés, sans transformer l’organisation sociétale fondamentale du système économique (de production et d’échange) sur lequel repose l’organisation sociale. Ils se présentent comme les meilleurs gardiens du temple du capital, à savoir l’Etat (des riches) ; les sauveurs suprêmes de l’ordre public tiraillé violemment par la recrudescence de la lutte des classes ; les protecteurs patentés des institutions étatiques et politiques menacées d’éclatement. En outre, convaincus d’être pourvus d’exceptionnelles compétences, impatients d’offrir leur servile collaboration, les petits bourgeois déploient toute leur énergie managériale libérale et leur ferveur collaboratrice pour s’imposer comme les nouveaux partenaires de la modernité capitaliste agitée de multiples crises systémiques.

Assurément, avec les mouvements démocratiques bourgeois, le système n’est pas attaqué dans ses fondements économiques. Les rapports sociaux capitalistes ne sont pas remis en cause. Au contraire. Seuls les rouages de l’Etat sont incriminés, les symboles du pouvoir, contestés. Au reste, leur principale occupation politique est de mobiliser la «société civile», ces lambeaux d’individualités atomisées, tétanisées par la crise, crétinisés par l’idéologie dominante bourgeoise décadente, pour contraindre l’Etat à restaurer le lien social et politique rompu, par le biais de la constitution d’apparentes nouvelles instances dirigeantes, supposément plus démocratiques et incorruptibles, afin d’assurer, selon leurs prétentions, la gouvernance de manière plus transparente et efficiente, et de garantir une meilleure redistribution des richesses, dans une période historique où le capitalisme, en pleine crise systémique, est réduit à distribuer la misère, le chômage, les guerres et, en guise de nourriture, les psychotropes. Les mouvements démocratiques militent pour la régénérescence de la politique mais dans le maintien de la démocratie représentative bourgeoise, blindée et caporalisée et, surtout, la préservation de l’ordre économique capitaliste. Pour ces mouvements, la contestation se focalise uniquement sur quelques aspects défaillants de la domination politique des classes dirigeantes. De là vient qu’ils cantonnent leurs incriminations sur un dirigeant politique, sur un chef d’Etat, sur une faction du régime rendue responsable de la crise. Sur un clan du pouvoir accusé de corruption. Ou, comme en Algérie, sur l’institution militaire, commode bouc émissaire, accusée de toutes les injustices, accablée de multiples récriminations. Parfois, plus radicalement, sur le «Système» mais un système abstrait, aux contours jamais définis.

Aussi se bornent-ils à réclamer des agencements politiques des composantes du système, du régime, sans remettre en cause radicalement l’ensemble de l’ordre économique hégémonique ; d’exiger une refondation politique, dans une perspective qui aspire à l’élargissement des libertés (formelles et illusoires) mais conditionnées à la préservation de la paix sociale, autrement dit à la conservation de l’ordre social inégalitaire, de la misère, à la perpétuation de l’exploitation et de l’oppression de classe. Au vrai, les refondations préconisées par ces mouvements petits bourgeois n’aboutissent à terme qu’au renforcement de la domination étatique sur la classe prolétarienne, à la perpétuation du système capitaliste dominant, dirigé par une nouvelle élite politique (aussi vénale que la précédente), propulsée aux commandes de l’Etat à la faveur des soulèvements sociaux, avec le soutien naïf des classes populistes, bercées d’illusions sur les nouveaux locataires du pouvoir dictatorial et mafieux immuable, expurgé opportunément de quelques lampistes pour illusionner la population, comme l’exemple de l’Algérie l’illustre avec le Hirak, matérialisé par l’opération théâtrale «mains propres», opérée par un clan dictatorial immoral.

De surcroît, avec les mouvements démocratiques bourgeois, les confrontations se restreignent aux estocades contre les incartades de l’Etat des riches. Ces coups d’épée (dans l’eau) ciblent uniquement quelques personnalités du pouvoir, une clique du régime ou de l’armée. Les mouvements démocratiques bourgeois investissent principalement la rue pour protester contre les symboles de l’Exécutif. Jamais pour renverser l’ordre existant. Ils n’entravent pas le processus de valorisation et d’accumulation du capital, ossature de la reproduction du système vulnérable. Au mieux, ils versent dans la culture émeutière, celle qui occasionne les dégradations urbaines futiles, pour provoquer et justifier contre l’ensemble de la population la répression étatique réactionnaire. Aussi, par leur stratégie et leurs tactiques de lutte bourgeoises, renforcent-ils les assises de l’Etat et le pouvoir du capital. Mais jamais ils ne contribuent à l’émancipation de la classe prolétarienne qu’ils méprisent souverainement.

Les luttes réformistes bourgeoises ont correspondu à une période historique aujourd’hui largement révolue, illustrée par l’inefficience du parlementarisme depuis longtemps disqualifié, par l’incapacité du système capitaliste d’accorder de nouvelles concessions économiques et sociales pour satisfaire les revendications populistes, du fait de la crise systémique en cours. La démocratie bourgeoise (ses institutions parlementaires, communales, départementales, syndicales) n’est plus en mesure de négocier quelque aménagement social progressiste, ou quelque salvateur compromis économique avec le capital, qui exerce de fait le pouvoir concret, qui gouverne avec de piètres médiateurs politiques et sociaux, devenus superfétatoires dans cette conjoncture de crise systémique et de guerre commerciale, exigeant l’embrigadement de la population nationale dans la perspective de l’imminente conflagration armée généralisée.

Au vrai, le capital a délaissé le terrain politique classique. Pas étonnant qu’il soit investi par des politiciens sans envergure, des populistes. Le capital, en butte à une crise profonde, préfère occuper le champ de la guerre commerciale, monétaire, financière, économique, et transformer chaque «citoyen» national en soldat pour la future confrontation armée globalisée. Pour le capital, la démocratie est devenue une serpillière tout juste utile à nettoyer les détritus politiques de la société qu’il a polluée par sa corruption, un paillasson sur lequel il essuie ses bottes belliqueuses, bruissant de futures détonations guerrières.

En revanche, historiquement, le mouvement ouvrier transcende le régime démocratique parlementaire et vise non seulement le renversement du régime autoritaire ou démocratique bourgeois mais la destruction de l’Etat (de tous les Etats), afin d’instaurer une société coopérative fédérative, sans classes sociales antagonistes, sans argent, sans exploitation, sans oppression, sans aliénation. Autre particularité du mouvement prolétarien en devenir : l’insurrection populaire ouvrière (qui ne peut être populiste et interclassiste sans se trahir) prend directement d’assaut les usines, les ateliers, les chantiers, les mines, les bâtiments institutionnels de l’Etat bourgeois, les prisons, les casernes, les établissements étatiques et partout où l’on produit et où l’on gère la plus-value dont s’engraisse le capital. Au cours de la phase insurrectionnelle, le prolétariat s’impose comme principale tâche de transformer le soulèvement populiste (interclasses) initial en mouvement insurrectionnel populaire ouvrier, sous peine de sclérose, de paralysie, voire de récupération du mouvement par la petite bourgeoisie toujours aux aguets pour confisquer et phagocyter tout mouvement social de révolte. C’est ce qui est advenu du mouvement des Gilets jaunes, comme nous l’avons diagnostiqué dans notre ouvrage Autopsie du mouvement des Gilets jaunes.

Autre différence : le mouvement ouvrier insurrectionnel ne quémande pas la liberté, l’autorisation d’action, l’homologation de l’insurrection, ou des concessions démocratiques à l’Etat capitaliste, qu’il ne reconnaît pas comme interlocuteur équitable. Il prend ces libertés et les impose à toute la collectivité. A contrario, les mouvements démocratiques occupent la rue pour quémander des réformes à l’Etat des riches qui, par leur satisfaction partielle, temporaire (car souvent dénoncées par la suite), désarment les révoltés, divisent leurs rangs et renforcent ainsi le pouvoir tentaculaire de l’Etat bourgeois, lui permettant de se remettre sur pied et de préparer la répression sanglante du mouvement prolétarien. Autrement dit, les mouvements démocratiques bourgeois, par leurs revendications réformistes et leur satisfaction, favorisent l’intensification de l’exploitation capitaliste et la dictature étatique contre le peuple laborieux. Et surtout contribuent à la pérennisation du mode de production capitaliste, prolongé grâce aux rafistolages provisoires économique, social et politique, appliqués avec le soutien actif de la petite bourgeoisie, soucieuse d’assurer son avenir.

A contrario, les soulèvements populaires ouvriers investissent collectivement les lieux de production pour contrôler directement l’économie, et donc la société. Le mouvement insurrectionnel prolétarien ne nourrit aucune illusion à propos de l’Etat des riches et de ses institutions. Par son combat radical émancipateur, il brûle tous les ponts et s’engage dans une guerre de classes jusqu’à l’obtention de la victoire. Combat mené sans compromis, puisqu’il n’a rien à perdre que ses chaînes pour atteindre son émancipation de classe.

Qui détient le pouvoir économique contrôle l’Etat bourgeois, les pouvoirs politique et idéologique, les médias et les appareils culturel et éducatif de reproduction de l’aliénation. Par le contrôle direct sur l’économie, le mouvement populaire ouvrier favorise ainsi la dislocation puis le dépérissement de l’Etat bourgeois, laissant place au pouvoir ouvrier (nous ne présumons pas du mode d’organisation que privilégieront les prolétaires révolutionnaires, appelés à expérimenter moult formes d’organisation avant d’adopter la plus appropriée au nouveau mode de production en construction). De surcroît, l’exercice de démocratie ouvrière directe, fédérative, collective, constituera, croyons-nous, un obstacle efficace contre l’autonomisation du politique, et subséquemment contre la monopolisation des pouvoirs économique, politique et idéologique.

Au reste, contrairement au système capitaliste dans lequel la classe dominante économique impose ses orientations au politique et à l’idéologique, en fonction de ses attributions imposées par le mode de production (la nécessité de la valorisation et de l’accumulation du capital comme panacée à la production et à la distribution des marchandises pour accomplir la mission de reproduction de l’espèce), avec le pouvoir ouvrier, le politique et l’idéologique, grâce à l’organisation horizontale des pouvoirs et de la gouvernance étendue à l’ensemble de la population laborieuse, primeront sur les contingences économiques imposées par la nature. Ce sera l’ère du pouvoir démocratique populaire. Les trois instances (l’économique, le politique et l’idéologique) se compléteront car, sous le nouveau mode de production, tous les besoins humains seront comblés pour tous, et nul besoin d’accumuler pour assurer la survie de la collectivité. Le mode de production prolétarien communiste ne constitue pas un retour à la nature sauvage mais la domination humanoïde totale sur la nature. L’économie (la production, la distribution) sera mise au service de la communauté humaine tout entière, sans classe sociale, et la communauté humaine cessera d’être enrégimentée au service de l’économie prédatrice. Le concept même de marchandise à monnayer et à commercialiser n’aura plus aucune signification. Finis le patronat, l’industriel, le commerçant, le banquier, le prédateur financier, le politicien véreux et l’intellectuel obséquieux, tout comme le prolétaire aliéné.

En tout état de cause, à la différence de la révolte démocratique bourgeoise réformiste, le soulèvement populaire ouvrier n’aspire pas seulement à desserrer l’étau dictatorial par l’assouplissement des politiques totalitaires, dans le cas d’un régime despotique, ou à moraliser la démocratie mercantile corrompue, dans le cas d’un système libéral, mais à annihiler totalement le pouvoir du capital pour transformer les conditions sociales, instaurer un nouveau mode de production économique. Plus concrètement, par sa lutte à finalité émancipatrice et non réformiste, le mouvement populaire ouvrier s’organisera pour transformer ses revendications en pratiques vivantes et directes, appliquées à tous les espaces de la vie sociale, depuis le quartier, les écoles, jusqu’aux lieux de travail.

En outre, contrairement au mouvement populiste-démocratique-bourgeois érigé en partenaire légaliste en quête de reconnaissance officielle auprès des instances étatiques capitalistes, le mouvement ouvrier, par sa capacité d’être un protagoniste social et politique indépendant et structuré, s’organisera d’emblée dans ses espaces sociaux propres : les usines, les entreprises, les ateliers, les chantiers, les quartiers, les transports en commun, les écoles, les universités, les espaces publics, les hôpitaux, pour les gérer collectivement. Aussi par l’instauration de son pouvoir informel, favorisera-t-il la dissolution des rapports sociaux existants et la modélisation de sa nouvelle société sans patrons, sans Etat, sans capital, sans propriétaires et sans argent. Une société fondée sur la satisfaction des besoins sociaux concrets des êtres humains, prémices de la communauté humaine universelle sans classe.

M. K.

 

Comment (11)

    lhadi
    30 décembre 2019 - 13 h 30 min

    Entreprendre pour décrire les différentes idéologies qui se sont revendiquées du Marxisme au xx siècle procure un vertige : celui lié à l’étude de leurs méandres fastidieux, qui déroutent par leur complexité.

    Les idéologies nées de la pensée originelle de l’auteur du Manifeste du parti communisme (1848) ont engendré une exégèse aussi considérable, donner naissance à des régimes politiques si nombreux, et structurer un siècle de la vie politique de nombreux pays du globe.

    Plusieurs points communs unissent ces doctrines : le monopole du parti communisme sur le pouvoir, le principe du centralisme démocratique, la nationalisation par l’Etat des moyens de production, une économie planifiée et non pas orientée vers le marché, l’appartenance à un mouvement communiste international et l’aspiration, du moins en principe, à la marche vers une société communiste sans Etat, sans classes et sans propriété privée.

    Mais, au-delà de ces convergences propres au marxisme-léninisme, stalinisme, trotskisme, maoïsme, titisme et castrisme, constituent autant d’avatars qui ont suscité en leur temps adhésions frénétiques et haines incommensurables.

    La plus part des Etats qui s’étaient engagés dans la construction d’une société communiste y renoncèrent. En URSS, Mikhael Gorbatchev lance en 1985 un processus de « rénovation » qui aboutira à…la fin de l’ère soviétique. En Chine, Deng Xiaoping initie dès 1981 une immense réforme du système économique, ouvrant la voie à un capitalisme sous contrôle de l’Etat.

    De l’ex planète communiste, seuls subsistent à ce jour la Corée du Nord, Cuba et très formellement, la chine et le Vietnam, deux pays où le développement capitaliste bat son plein.

    Quant à l’Algérie, l’économie planifiée, mise en place sous le modèle soviétique, a porté préjudice à son image. Elle a obéré et obère toujours tout développement d’un état fort, d’une république solide, d’une Algérie forte et conquérante dans ce monde de globalisation politiquement et économiquement injuste.

    Pour comprendre la situation actuelle, nous devons faire le parallèle entre la Corée du Sud du général Park et l’Algérie du colonel Boumédienne.

    Après la mort de son dictateur, la Corée du sud prit un virage à 180°. Intégrant l’O.C.D.E en 1976, elle se métamorphosa en un tigre de l’Asie alors que l’Algérie, malgré son potentiel humain et naturel est, au jour d’aujourd’hui, empêtrée dans les maux inhérents au sous développement pour ne pas dire en dépôt de bilan.

    Il importe donc que les nouveaux dirigeants algériens s’attellent à oeuvrer à l’architecture d’une politique qui va dans le sens d’une idéologie qui épouse notre siècle.

    Fraternellement lhadi
    ([email protected])

      Elephant Man
      30 décembre 2019 - 19 h 04 min

      @Lhadi
      Tout est fait pour maintenir en sous-développement les anciennes colonies et poursuivre le pillage de leur richesse, à titre d’exemple encore une fois Gbagbo nationaliste anti-françafrique élu démocratiquement dont le palais présidentiel a été bombardé par la racaille Sarkozy, Gbagbo placé derrière les barreaux de la CPI et la France Sarkozy a placé Ouattara à la présidence de la Côte d’Ivoire……
      Imaginez un dirigeant africain qui bombarde l’Elysée pour placer la Royal à la place du Sarkozy qui lui placé derrière les barreaux de la CPI.
      TOTAL qui n’est plus à présenter…..
      La guerre terroriste sioniste par procuration décennie noire ce n’était pas non plus une sinécure ……

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    Elephant Man
    29 décembre 2019 - 21 h 37 min

    PS : Exceptée la France et ses GJ, les autres pays font partie des pays à déstabiliser géopolitiquement économiquement etc …

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    Thamourth
    29 décembre 2019 - 21 h 26 min

    Mouvement spontané ou pas. Comme si les oligarchies se soucient du sort des peuples. A qui voulez-vous faire croire ça ???? Au pauvre peuple livré à la matraque et à la misère ???
    Au moins, ayez un peu de recul et de respect pour les idées.

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    Elephant Man
    29 décembre 2019 - 21 h 20 min

    Effectivement le capitalisme est mortifère.
    Pour reprendre @Baara 16/08/19 :
    « Après 30 ans d’expérience capitaliste les peuples d’Europe de l’ancien bloc socialiste regrettent amèrement les choix néolibéraux faits en 1989/91…Ce que ces peuples souhaitent c’est la preuve qu’il n’y aura plus de classes de prédateurs qui s’empareront encore une fois de l’économie socialiste pour leurs bénéfices oligarchiques. …les taux de développement élevés de Cuba et de la Chine prouvent qu’une économie en partie étatisée, avec un plan macroéconomique d’État et un fort secteur public se développe beaucoup mieux que les économies néolibérales en crise finale d’aujourd’hui. L’Occident est aujourd’hui en pleine phase de régression et il ne sert à rien de prendre ces sociétés comme modèle ».
    Autres exemples concrets le Viêt-Nam et même l’Iran.

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    Sarrazin
    29 décembre 2019 - 20 h 56 min

    Le ridule ne tue pas….alors ces analyses trompeuses voire incompréhensibles , ne s adressent pas à notre peuple . Le Peuple Algerien, qui , après avoir obtenu satisfaction quand à la chute définitive du système , aura tout le loisir de procéder, intelligemment et méthodiquement mais surtout solidairement avec les citoyens délivrés de l oppression médiévale actuelle, à une reconstruction de la nouvelle république, basée sur un mode de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par des personnes élues honnêtement, démocratiquement, une république antonyme d une monarchie héréditaire, ou ou oligarchique, mais basée sur la souveraineté populaire, sans aliénation. Pus aurons bâti une société basée sur le système des valeurs et du respect humain.Ami e avec l aide de Dieu.

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    Karamazov
    29 décembre 2019 - 12 h 59 min

    Si MK et YN n’étaient pas dans le déni de la maladie qui rongent notre société ils n’iraient pas voir ailleurs le mal pour ne pas avoir à s’attaquer à ses racines .

    Comparaison pour comparaison ,moua auussi je vais zozer , commme je l’ai souvent dit non sans une grande compassion: les peuples Zzzarabo-muZzzulmans veulent vivre comme des Suédois avec une culture de bédouins.

    C’est une critique radicale de notre société qu’il faut entreprendre au lieu de balayer chez nos voisins. S’il fallait oser des comparaisons c’est plutôt du coté du Soudan, du Yemen , de l’Irak ou dans le chainon manquant qu’il faut chercher et non en Amérique du sud ou encore chez les gilets jaunes.

    MK aurait été plus pertinent s’il avait voulu être plus objectif en focalisant sur notre société au lieu d’extrapoler à partir des pays capitalistes ou d’autres sociétés non arabo-musulmanes. Ou pire encore à partir de théories galvaudées en déphasage total avec nos réalités du moment.

    Au chili , on ne scande pas:  » la dawla 3askaria la madania 3abassi Madani m3a chouhada  » et d’autres slogans recyclés par la vermine islamiste qui a infesté le Hirak, comme « dawla isamiya » . Et, faut-il le rappeler, ce ne sont pas des revendications sociales qui ont déclenché le mouvement mais l’aberration du cinquième mandat sur laquelle se sont greffées des revendications en tout genre.

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    Zombretto
    29 décembre 2019 - 12 h 07 min

    Cette analyse ne s’applique pas à l’Algérie, pour la simple raison qu’en Algérie ce n’est pas le Capital qui règne mais la rente. On peut dire que l’Algérie est régie par le Capital mais seulement sous la coupe du Capital International. A l’intérieur du pays ce ne sont pas des rapports de production qui existent mais des rapports de distribution. C’est pour ça qu’il n’y a pas d’idéologie solidement implantée dans la cervelle de l’algérien. En système capitaliste l’idéologie qui circule dans les neurones de toute la société est l’idéologie de la classe dominante capitaliste. En Algérie ce n’est pas le cas. Ce n’est pas une classe capitaliste qui tient les rênes du pays et dont le gouvernement émanerait. Il n’y a pas de “classe” dominante à proprement parler en Algérie. Il y a une “bande” dominante qui contrôle la rente et sa distribution. Cette bande, sur le plan international est sujette au mode de production capitaliste, mais un mode externe au pays, celui des pays d’Exxon, Chevron, Shell, Total, etc. Sur le plan interne il n’y a pas de mode production à proprement dire, il n’y a qu’un système de distribution.

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    Abou Stroff
    29 décembre 2019 - 10 h 28 min

    « Différence entre un mouvement populiste et un soulèvement populaire » titre M. K..
    j’ai lu et relu les développements de l’auteur et je suis arrivé à la conclusion que ce dernier et mon auguste personne ne vivons pas sur la même planète.
    en effet, dans le système basé sur la distribution de la rente et sur la prédation qui domine la formation sociale algérienne, les notions telles que classe capitaliste ou bourgeoisie, petite bourgeoisie, classe ouvrière, démocratie, etc sont totalement infécondes et absolument stériles pour appréhender le concret réel en opérant une abstraction pour, enfin, construire un concert de pensée.
    j’avance que, contrairement aux élucubrations de l’auteur, dans système rentier qui nous domine et nous réduit, dans les faits à de simples tubes digestifs ambulants, il n’y a ni classe capitaliste, ni classe ouvrière pour soi et encore moins un mouvement ouvrier ayant des objectifs clairement définis.
    car, contrairement aux systèmes esclavagistes, féodaux ou capitalistes qui produisent leurs propres fossoyeurs (esclaves, serfs et prolétaires, en caricaturant un petit chwiya) et génèrent donc les conditions de leur propre dépassement, le système rentier qui domine la formation sociale algérienne ne produit pas ses propres fossoyeurs internes.
    en d’autres termes, le système rentier ne produit pas les conditions endogènes de son propre dépassement. ceci revient à dire que, dans le cas algérien où le travail productif n’est pas une valeur essentielle, ceux qui contrôlent le robinet de la rente contrôlent et l’Algérie et les algériens.
    en effet, en caricaturant, une nouvelle fois, un petit chwiya, on peut avancer que la société algérienne est principalement divisée en deux couches sociales. la première (composée de couches rentières) monopolise la distribution de la rente et jouit, à fond, de ses bienfaits tandis que la seconde (composée de couches clientes) reçoit des miettes de rente de la première. par conséquent, parler d’opposition ou de mouvement contrecarrant la logique de renouvellement du système, dans le contexte algérien, revient à souligner que des couches clientes veulent remplacer les couches rentières pour mieux jouir des bienfaits de la rente.
    or cette « dynamique de remplacement » ne fait que pérenniser le système rentier en tant que système dominant.
    moralité de l’histoire: le système rentier ne pourra être dépassé que grâce à des chocs externes (une baisse prolongée du prix des hydrocarbures, par exemple) ou par l’émergence (peu probable?) d’une HOMME D’ETAT ou d’une figure charismatique (du genre Bourguiba, Atatürk ou Mandela) qui imposera, grâce à son charisme, une feuille de route dont l’objectif premier serait la destruction graduelle mais rapide du système rentier.
    en attendant, les couches rentières se gavent et achètent la paix sociale en distribuant des miettes de rente à des algériens lambda réduits à des tubes digestifs ambulants amorphes se souciant, dans leur grande majorité, plus de l’après mort que de la vie.
    PS1: contrairement aux apparences, l' »insurrection islamiste » n’avait pas pour but de remettre en cause la logique de fonctionnement du système rentier mais posait le problème d’une distribution de la rente différente de celle qui prévalait au moment considéré.

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    Karamazov
    29 décembre 2019 - 10 h 26 min

    C’est la différence q’il y a entre les vessies et les lanternes. Les vessies n’éclairent pas.

    Wouaouw, j’ai mal aux neurones. MK est un maïeuticien dans la douleur qui ne connaît pas la péridurale .Ou plutôt il pratique la péridurale avec un forceps .

    Je ne sais plus qui de Pascal , de Saint Augustin, ou de Chikh Tantawi disait : peu de science éloigne de Dieu et beaucoup y ramène. Figurez-vous qu’au lieu de me perdre dans ses circonlocutions je me suis senti saisi par une crise existentielle irrépressible. et j’ai décidé d’abandonner mes considérations bassement humaines sur le Hirak pour verser uniquement dans la spiritualité.

    MK a réussi avec beaucoup de talent à nous dire ce que n’est pas le Hirak pour ne pas nous dire ce qu’il est comme nous l’a défini si magistralement avec beaucoup de pédagogie Abou Stroff : un troupeau de tubes digestifs ambulants. Ou mouamim, avec plus de poésie : un mouvement messianique incantatoire.

    Au lieu de nous ensevelir sous des théories pleins les manuels plus ou moins oiseleuses les unes que les autres nos tribuns qui peinent à se dépatouiller du Hirak avec lequel ils entretiennent un rapport œdipien, ne feraient-ils pas mieux de nous dire comment en finir ?

    Car finalement il ne s’agit que de ça. Quand nous autres nous expliquions que le Hirak ne donnera rien et c’est tant mieux car on ne saurait en attendre que le pire KN lui joue les alchimistes ou les Docteur Frankenstein et MK essaie de l’annihiler par les forces de l’esprit ou l’ensevelir sous une foisonnante phraséologie.

    Autrement, fallait-il plagier autant Abou Stroff , Zaatar et plus modestement mouamim, avec autant de lyrisme et d’emphase pour dire la même chose au risque de nous en dégoûter ?

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    Sansylo
    29 décembre 2019 - 9 h 10 min

    On s’en contre-fout de tous ces mouvements de protestations d’où qu’ils viennent.

    Qu’ils soient populistes, populaires, ouvriers , fachistes , collectivistes, gilets jaunes et j’en passe, chez nous c’est une Révolution claire contre un régime qui renie son peuple qu’il veut soumettre.

    Nous demandons uniquement le départ définitif de cet état major corrompu et prédateur qui refuse l’état de droit, la liberté d’expression , une justice indépendante et bien d’ autres griefs que nous ne pouvons plus supporter.

    Nos revendications se déroulent avec un parfait pacifisme , ce qui n’est pas le cas dans certains pays que vous citez.

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