Démocratie et fascisme : deux modes de gouvernance normatifs de la dictature du capital

3e mandat Marine Le Pen
Un troisième mandat pour Emmanuel Macron semble se dessiner. D. R.

Une contribution de Khider Mesloub – Depuis trois décennies, régulièrement, les médias propagandistes reprennent les mêmes pions pour rejouer la même partie de jeu d’échecs électoral dénuée d’enjeux politiques et économiques. De nouveau, la propulsion attendue de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle fournit l’opportunité à la classe dominante française d’agiter l’épouvantail du fascisme par la diabolisation de l’extrême droite. Elle lui offre surtout l’occasion politique d’exhorter les prolétaires à défendre la démocratie bourgeoise, cette institution immonde et moribonde, en portant leur suffrage sur la candidature du Président sortant. En 2002, ce fut sur Jacques Chirac. En en 2017 et 2022 sur Emmanuel Macron. Tous deux incarneraient le camp du «Bien», selon la bien-pensance.

Comme à chaque scrutin, la classe dominante française tente d’entraîner l’électorat dans un faux dilemme : démocratie ou dictature. Cependant, contrairement aux «mobilisations antifascistes» menées dans un esprit «front républicain» en 2002 et 2017, les manifestations contre l’extrême droite organisées en 2022 n’avaient pas rencontré le succès escompté, du fait notamment de la désaffection de la politique par l’électorat, illustrée par le fort taux d’abstention. Cet abstentionnisme aura visiblement fissuré le «front républicain» antifasciste.

Fondamentalement, existe-t-il un danger fasciste, comme l’assènent les médias stipendiés ?

Sans conteste, au contraire des années 1920-30, en dépit de ses scores électoraux relativement élevés, le parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national, ne constitue pas une menace fasciste. En revanche, une chose est sûre, contre la désaffection de la politique par les classes populaires, illustrée par la forte croissance de l’abstentionnisme et la discréditation des partis traditionnels, pour rabattre les électeurs désabusés (à force d’être abusés) vers les urnes, faute de programme politique authentiquement réformateur mobilisateur, la classe dominante française recourt fréquemment, afin de défendre sa démocratie bourgeoise corrompue, à l’assourdissante campagne de mobilisation citoyenne pour contrer le «péril fasciste».

Il est de la plus haute importance de rappeler que l’intronisation des régimes fascistes au pouvoir au cours des années 1920-30 intervient après l’écrasement du mouvement ouvrier, dans des pays sortis vaincus au cours de la Première Guerre mondiale, qui plus est humiliés par des traités géographiquement désavantageux et par la condamnation de paiement d’indemnités de réparations de guerre exorbitantes. Cette instauration de régimes fascistes fut surtout favorisée par le soutien financier et logistique apporté par le grand capital allemand et italien.

Par ailleurs, l’émergence des régimes fascistes avait correspondu aux nécessités du capital de ces pays, engagés dorénavant dans une économie de guerre, la militarisation du travail et la concentration de tous les pouvoirs au sein d’un Etat despotique expurgé de toutes les dissensions et rivalités au sein de la bourgeoisie, comme de la société dorénavant despotiquement verrouillée, en vue de la préparation d’une nouvelle guerre mondiale aux fins de la partition et répartition impérialistes du monde.

A l’instar du stalinisme, autre excroissance purulente totalitaire percée sur l’échec de la Révolution russe, les régimes fascistes, surgis dans des pays tardivement créés et imparfaitement intégrés dans le capitalisme, furent l’expression brutale de l’inclination historique vers le capitalisme d’Etat (devenue la norme gouvernementale dans tous les pays).

Ainsi, contrairement à l’idée erronée communément répandue par l’historiographie et les médias, le fascisme n’a pas été engendré par un racisme ethnique ou sociologique, mais a été démocratiquement procréé par la Première Guerre mondiale couplée à la dissolution de la lutte des classes dans le nationalisme belliciste propagé, telle une épidémie pestilentielle contagieuse par les classes dominantes. En revanche, le colonialisme, notamment français, est consubstantiellement raciste. On peut considérer le fascisme comme le colonialisme des nations pauvres, dépourvues d’empire. Faute d’asservir des populations étrangères par le colonialisme pour les exploiter et piller leurs richesses, ces Etats se sont lancés dans une politique d’assujettissement de leur prolétariat pour assurer, par la coercition et les restrictions, leur développement économique et la consolidation de leurs institutions étatiques.

En tout état de cause, le fascisme ne fut pas l’émanation de la petite bourgeoisie déclassée, hargneuse et haineuse, précipitée dans la paupérisation par la crise. Il fut l’œuvre de la bourgeoisie revancharde de certains pays, dans un contexte historique déterminé. Néanmoins, la petite bourgeoisie comme le prolétariat furent instrumentalisés comme masse de manœuvre dans les formations politiques fascistes pour réorganiser la société et l’économie dans une perspective foncièrement militariste, belliciste et prédatrice.

De nos jours, le Rassemblement national, comme tous les partis populistes, ne dispose d’aucun «programme économique» novateur, fédérateur et salvateur. Pis : dans le cadre de la mondialisation actuelle et l’Union européenne, certaines propositions économiques sont totalement inapplicables du point de vue des intérêts du capital national français. Leur application entraînerait une chute immédiate de l’économie nationale.

Au vrai, aucun patron consciencieux ne pourrait adhérer au programme économique fantasmagorique et rétrograde de l’extrême droite. D’autant plus que, contrairement aux partis fascistes belliqueux et volontaristes des années 1920-30, l’extrême droite contemporaine ne propose aucune alléchante option impérialiste conquérante, susceptible de galvaniser les foules, d’enflammer l’appétence financière des patrons en quête de nouveaux marchés coloniaux exclusifs, un nouveau repartage impérialiste du monde. De nos jours, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette mission impérialiste est assurée directement par les Etats dits démocratiques ou classiques dictatoriaux : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’URSS (la Russie aujourd’hui), la Chine, etc.

Certes, ces deux dernières décennies, notamment en Europe, plusieurs partis d’extrême-droite dits populistes ont conquis démocratiquement le pouvoir. Mais au prix du reniement de leur programme économique, autrement dit de leur conversion à l’ultra-libéralisme et à l’européanisme ; au prix du rabotage et du sabordage de leur nauséabonde idéologie. Ce fut le cas avec le FPÔ d’Haider, en Autriche qui, pour accéder aux responsabilités gouvernementales, avait dû modérer son programme. Bien avant le FPÔ autrichien, ce fut le MSI de Fini, en Italie, qui avait répudié son idéologie fasciste pour épouser le dogme libéral et européaniste. Telle la configuration politique et idéologique de l’actuel gouvernement de Giorgia Meloni, associée au néofascisme, qui poursuit in fine la même politique économique bourgeoise libérale classique. C’est le cas du Rassemblement national, devenu un parti «républicain», appartenant à la droite nationaliste classique.

On l’oublie souvent : la condition historique sine qua non pour l’intronisation du fascisme au pouvoir, c’est l’écrasement politique préalable du prolétariat. Or, le prolétariat français (européen, occidental), loin d’être vaincu et brisé, est au contraire triomphant et combatif, comme il l’avait illustré lors du mouvement des Gilets jaunes et des récentes contestations sociales contre la réforme des retraites.

Eu égard à ces considérations sociologiques et politiques contemporaines défavorables au capital tenté éventuellement par l’option du fascisme, le péril de la résurgence de régimes fascistes, agité comme un épouvantail par les médias français est quasiment irréalisable. Car le surgissement des partis populistes contemporains s’inscrit dans un contexte historique radicalement différent des années 1920-30. La flambée des idéologies populistes actuelles illustre la dégénérescence du capitalisme, marqué par le délitement du lien social, l’anomie, le désenchantement, l’insécurité professionnelle et urbaine, les exodes occasionnés par les guerres sanglantes, les flux migratoires provoqués par la paupérisation généralisée. Et non l’inauguration du fascisme.

Pour autant, quoique dépourvue d’assise économique matérialisée par le soutien du capital, de projet impérialiste conquérant susceptible d’embrigader militairement l’ensemble des «citoyens» tentés par l’aventure guerrière, l’idéologie fasciste recèle un puissant adjuvant d’amollissement de la conscience de la classe du prolétariat, diluée dans la défense de la démocratie bourgeoise. En particulier, elle sert d’épouvantail à la classe dominante française décadente.

En effet, périodiquement, en particulier lors des scrutins présidentiels, la bourgeoisie française, pour endoctriner le prolétariat, le détourner de son terrain de classe, promeut des campagnes antifascistes en vue de redorer le blason de sa démocratie financière en pleine débâcle institutionnelle et réaction pestilentielle.

Actuellement, nul besoin de recourir au fantasmagorique fascisme légendaire pour instaurer un Etat totalitaire. Le totalitarisme est déjà le fondement constitutif de la majorité des Etats. Nul besoin de chemises brunes pour terroriser et soumettre la population. Les politiciens en costume-cravate s’acquittent dorénavant, avec brio, de cette fonction dictatoriale.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la gouvernance despotique de la France. Les lois sont promulguées sans vote. Donc le Parlement est officieusement aboli. Les manifestations sont réprimées dans le sang. Donc, la démocratie a été supplantée par la dictature. Les associations et les organismes de défense politique, sociale, économique, juridique, écologique, sont peu à peu dissous.

Qu’on le veuille ou non, du point de vue du capital, nul besoin de recourir au légendaire obsolète fascisme pour assurer la souveraineté despotique de la bourgeoisie. Le gouvernement Macron s’en acquitte avec efficience.

Qu’on le veuille ou non, Macron aura été, depuis Charles de Gaule, le meilleur président de la France. Il a le meilleur bilan à son actif. Epaulé par une équipe de mercenaires du capital, Macron a su mener la guerre de classes contre le prolétariat avec poigne. Gérer la pandémie, politiquement instrumentalisée, avec brio. Faire exploser le CAC 40, le propulsant au-dessus de 7 000 points. Augmenter la richesse des capitalistes français de plus de 30%. Augmenter la durée d’exploitation salariée de deux ans, en passant sur le corps de plusieurs millions de manifestants manipulés par la mafia syndicale, alliée du capital. Impulser la restructuration du capital français avec efficacité. Doubler le budget de l’armée, de la police, dans le même temps qu’il démantelait les budgets des services sociaux, de l’Education et de l’Hôpital.

Macron est un véritable et efficace général du capital. C’est le seul candidat capable de poursuivre sa politique antisociale et liberticide avec succès. Le seul capable de réussir les réformes antisociales.

Par conséquent, la bourgeoisie ne va pas confier les règnes de son Etat à une frileuse femme inexpérimentée, une pin-up de la politique, tout juste bonne à décrocher la première place au concours de Miss France.

Une chose est sûre, la bourgeoisie ne lâchera pas Macron. C’est pourquoi elle prépare l’opinion publique à la perspective de l’enchaînement d’un troisième mandat en 2027.

Pour se faire, les acolytes de Macron déblaient déjà le terrain constitutionnel. Notamment par la tentation de l’abrogation de la limitation du mandat présidentiel. Lancée par Richard Ferrand, l’idée de mettre fin à la «limitation du mandat présidentiel dans le temps» continue de faire parler. Pour rappel, Richard Ferrand, opposé à «la limitation du mandat présidentiel dans le temps», a appelé à revenir sur la réforme constitutionnelle de 2008. La semaine dernière, c’est Roselyne Bachelot, ancienne ministre de Macron, qui a soutenu la proposition de l’ancien président de l’Assemblée nationale, en se déclarant favorable à une troisième candidature d’Emmanuel Macron. «Tout le monde est d’accord pour une troisième candidature d’Emmanuel Macron», a-t-elle affirmé.

A quatre ans de la prochaine élection présidentielle en France, la perspective d’une réforme constitutionnelle permettant à Macron de rempiler en 2027 semble se dessiner. Lentement mais sûrement le totalitarisme, illustré par la pérennisation démocratique du pouvoir despotique présidentiel, s’intronise à l’Elysée.

K. M.

Comment (2)

    Jusqu’au bout de la FOLIE ?
    27 juin 2023 - 14 h 07 min

    Je me demande juste jusqu’où ceux qui TIRE LES FICELLES sont capables d’ALLER ?

    Luca
    27 juin 2023 - 10 h 49 min

    Vous voulez parler de la France ? . C’est un pays de nullards de sans talent, un pays réellement pourri dans ses couches, extrêmement jaloux. Il n’y a plus rien de potable ici, à part peut être la communauté musulmane, et puis ses campagnes ou l’on peut s’entraîner à vélo même si celles ci sont très enfoncées dans le racisme et l’extrême droite, il faut juste ne pas faire comme moi, ne pas mettre le sticker drapeau algérien sur mon casque de vélo spiuk

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