Le bricoleur érigé en expert de l’histoire algérienne Bernard Lugan récidive

Bernard Lugan
Bernard Lugan, expert ès pacotille méthodologique. D. R.

Par Khaled Boulaziz – «L’historien» Bernard Lugan ne raconte pas, il accuse ; il ne contextualise pas, il découpe au couteau pour forcer la réalité à hurler son roman préféré : l’Algérie ne serait qu’une querelle ethnique interminable entre «Arabes» et «Berbères». Vieux refrain colonial remis au goût du jour par un camelot du ressentiment. Un historien digne de ce nom examine les faits, les complexifie, les relie ; Lugan, lui, triche avec les dates, essentialise les acteurs et maquille des controverses internes en guerre de civilisations de poche. C’est de la pacotille méthodologique, du malheur en kit.

Première falsification : prétendre que «la guerre contre la France fut essentiellement menée par des Berbères». Outre l’absurdité d’un tel tri ethnique appliqué à une insurrection nationale, c’est une méconnaissance crasse des réseaux, des zones et des temporalités de la lutte. L’ALN et le FLN furent un entrelacs de maquis, de filières urbaines, d’appuis paysans et d’organisations clandestines où se croisent Mostefa Ben Boulaïd (Aurès), Didouche Mourad (Constantinois), Zighoud Youcef (Nord-Constantinois), Larbi Ben M’hidi (Hodna-Aurès), Ramdane Ben Abdelmalek (Oranie), Si El-Haouès, Ali La Pointe, Yacef Saadi, Hassiba Ben Bouali, le colonel Lotfi et tant d’autres. Oui, Krim Belkacem, Abane Ramdane et Amirouche furent centraux ; non, la guerre n’a pas été «essentiellement» l’affaire d’une composante identitaire. Elle fut nationale, transrégionale, multilingue, traversée par la religion, la langue, le droit et les solidarités locales. Bref, l’inverse du bricolage binaire de Lugan.

Deuxième trucage : faire de la «crise berbériste» de 1949 l’Alpha et l’Oméga de l’identité algérienne. Cette crise fut réelle, violente, et dit quelque chose des lignes de fracture d’alors ; mais la raconter comme un mythe fondateur d’une Algérie «arabo-islamiste» décidée à «flouer» les Berbères relève du conte à dormir debout. Les archives, les mémoires et la presse militante de l’époque montrent un écheveau de rivalités stratégiques (calendrier de l’insurrection, organisation clandestine, place des villes), d’ego et de divergences programmatiques. Le slogan «nation arabe et musulmane» – brandi à l’ONU dans une conjoncture diplomatique précise – n’a jamais supprimé la pluralité réelle du pays ; il a servi de bannière lisible à l’international, au même titre que d’autres luttes anticoloniales adoptaient des formules synthétiques sans abolir leurs diversités internes. Prendre un mot d’ordre pour une ontologie est une erreur d’étudiant ; en faire la clé unique de lecture de l’histoire est une faute professionnelle.

Troisième manipulation : plaquer un schéma «Arabes contre Kabyles» sur chaque épisode tragique pour fabriquer de l’ethnicisation rétrospective. Abane Ramdane a été assassiné dans un contexte d’affrontements internes où se mêlent primauté du politique, militarisation du mouvement et rivalités de pouvoir. Krim Belkacem a été marginalisé à l’indépendance par la montée d’un complexe politico-militaire qui n’avait rien d’un «front arabe» contre les «Berbères», mais tout d’un verrouillage autoritaire de l’Etat naissant. Et Amirouche n’a pas été «réglé» par une guerre identitaire : il tombe en 1959 dans une opération militaire française d’ampleur. Tout passer au tamis ethnique, c’est insulter les morts et dégrader la compréhension du passé.

Quatrième contre-vérité : «l’arabo-islamisme doctrine officielle du FLN» comme machine à exclure. Il y eut sans doute un récit d’Etat, des politiques linguistiques et symboliques qui ont tardé à reconnaître ce qui devait l’être – et la critique est légitime. Mais réduire la trajectoire algérienne à un continuum d’effacement est un récit malhonnête. Les luttes culturelles et sociales, du Printemps berbère à la consécration constitutionnelle de tamazight et à l’officialisation de Yennayer, montrent qu’il n’y a pas eu écrasement définitif, mais dialectique conflictuelle – souvent âpre, parfois injuste – au sein d’une société vivante. On peut juger l’inachèvement, l’insuffisance ou la récupération, mais parler de «flouage» éternel, c’est faire commerce de rancœur.

Cinquième impasse : l’oubli systématique du fait colonial. Lugan écrit comme si la France n’avait été qu’un spectateur ; comme si la répression, les enfumades mémorielles, le quadrillage administratif, les bachotages identitaires et les techniques éprouvées de division n’avaient pas configuré le terrain. Or, la logique «diviser pour régner» n’est pas une invention du FLN, c’est un manuel impérial. Ce que Lugan recycle, c’est la vieille recette : découper le corps national en morceaux antagonistes, essentialiser les régions, distribuer des bons et des mauvais indigènes, puis expliquer que la nation est un mensonge. Le procédé est si vieux qu’il en devient transparent.

Ajoutons à cela la malpropreté méthodologique : citations sorties de leur contexte, causalités à rebours, téléologie goguenarde («tout annonçait…»), et ces enchaînements paresseux qui transforment une chronologie heurtée en ligne droite vers la thèse initiale. Lugan ne discute pas des sources, il empile des signaux faibles pour faire tapage. Il n’interroge ni les catégories ni leurs usages, il s’y vautre. Il ne lit pas l’Algérie, il la découpe à l’emporte-pièce pour satisfaire son public : amateurs de tragédies simplifiées, de «vérités qui dérangent» toujours taillées dans le même bois idéologique.

L’Algérie n’a pas besoin de ce pyromane de salon. Elle a besoin d’une histoire sévère mais juste, qui rappelle que le nationalisme algérien fut pluriel et contradictoire, que la Révolution fut portée par des hommes et des femmes de toutes régions. Qui rappelle aussi que l’Etat indépendant a souvent trahi ses promesses, oui, mais que ses contradictions ne se résolvent pas en balançant un peuple sur l’autre, que l’arabité, l’islamité et l’amazighité – loin d’être des baïonnettes tournées les unes contre les autres – forment la trinité rugueuse d’un même ciment national, parfois fissuré, jamais réduit à de la poussière identitaire.

Alors oui, disons-le nettement : Lugan est un faussaire qui vend de l’histoire en poudre. Un histrion de plateau qui se déguise en archiviste pour mieux exercer son petit métier : semer la discorde et flatter l’instinct tribal de ses lecteurs. Son papier sur «les Berbères floués» n’est pas une analyse, c’est une ruse. On y trouve des faits, bien sûr – on en trouve toujours –, mais retaillés, recousus, réenfilés sur une ficelle si grossière qu’elle casse au premier examen sérieux.

Ce qui honore les morts de toutes les wilayas, ce n’est pas d’être enrôlés post mortem dans la petite boutique identitaire de Bernard Lugan, c’est d’être reconnus pour ce qu’ils furent : les acteurs d’une lutte nationale, traversée de conflits réels, de fautes et de grandeurs, et dont la vérité dépasse de mille coudées la fable ethnisante qu’on voudrait nous refourguer. Aux camelots de la discorde, opposons la rigueur, la nuance et l’exigence. Au vacarme des contrefaçons, opposons le patient travail d’histoire. Et la prochaine fois que le «spécialiste» viendra vendre son élixir de haine, prions-le de retourner à l’officine : l’Algérie n’est pas à vendre en flacons.

K. B.

Comment (10)

    Anonyme
    29 août 2025 - 19 h 28 min

    c’est un personnage frustré car sans aucune envergure historique ou intellectuelle qui arbore sa moustache graisseuse comme une décoration reçue d’un gaulois anonyme revenu d’outre tombe. En un mot un sale con.

    Le DAHIR BERBÈRE de 1930 au “MAROC”
    29 août 2025 - 19 h 05 min

    @Lugan
    VAS Donc EXPLIQUER a tes SUJETS MARROKIS Le DAHIR BERBÈRE de 1930 au “MAROC” de LYAUTEY.
    .
    C’est vrai qu’il s’appuyait sur le mythe Anthropologie Militaire colonial appliqué an Algérie 🇩🇿 que tu RECYCLE encore aujourd’hui …
    Sédentaire vs Bédouins
    .
    Le protectorat Français introduira le DAHIR BEBERE pour une partie du Protectorat au “Maroc” de Lyautey.

    Le “Le DAHIR BERBÈRE de 1930 au “MAROC” de LYAUTEY signé par Mohamed V exploite la Division du pays en
    1- BLED EL-MAKHZEN, zones sous le contrôle direct du Sultan et du Makhzen, ou de l’État (en particulier les zones urbaines comme Fès et Rabat) 
    et
    2- BLED ES-SIBA,
    Zones historiquement et géographiquement isolées et HORS DU CONTRÔLE du Makhzen dans lesquelles les langues berbères étaient principalement parlées, dont la région de Marrakech
    .
    Le DAHIR BERBÈRE de 1930 au “MAROC” de LYAUTEY caractérisait explicitement le premier comme « arabe » et le second comme « berbère ».
    .
    Cf CAPITAINE M. LE GLAY
    ..
    …Ayant, dès 1909, guerroyé pour le compte de Moulay Hafid contre le monde berbère du Maroc central, j’ai pressenti combien cette force pèserait sur nos destinées en ce pays…

    Page 40
    Si la montagne se jette sur la plaine, le Maroc sera perdu pour le Makhzen et pour la dynastie chérifienne. Ce ne sont pas nos 1.800 fusils qui pourront la sauver…”
    .
    “…On sait par la Mission militaire que, parvenu à Fez, la première chose qu’il demanda à cette Mission fut de le protéger contre les Berbères du Maroc central en tenant fortement la région de Sefrou et en brisant l’effort des Béni Mtir, puis en contenant les Djebala. Et en fait, au même moment, l’hostilité des Berbères du Maroc central était telle que Moulay Hafid n’aurait pas pu, avec 10.000 hommes, aller de Fez à Meknès et surtout en revenir.

    “Pour ceux des nôtres qui, peu ou prou, étaient en état d’avoir une opinion sur ce pays, il y avait deux Maroc, le bled Makhzen qui obéissait plus ou moins au Sultan, le bled Siba qui ne voulait rien entendre”
    .
    “..le général Lyautey, chargé d’installer le protectorat français au Maroc, sut habilement utiliser ces chefs de clans du Sud, pour instaurer progressivement notre contrôle dans l’immense région de Marrakch. L’utilisation de ceux que notre opinion française appela les Grands Féodaux, c’est-à-dire, le Glaoui, le Mtougui, le Goundafi, fut parfois critiquée….”
    ..
    Les déclarations faites par Si Madani auprès de ces gens-là, les assurant de ses sentiments berbères, faisant appel aux leurs, à peu près en ces termes :
    « Souvenez-vous que nous sommes du même sang vous et moi. »
    Ce faisant, le Glaoui qui se savait à Fez, coupé de son domaine par d’épaisses masses berbères, prenait ses précautions, sans grande confiance d’ailleurs car les Berbères auxquels il s’’adressait n’avaient rien de commun avec ses Berbères à lui et tenaient ceux-ci pour ennemis précisément parce qu’ils avaient reconnu le Sultan et travaillaient avec lui.
    ..

    صالح/ الجزائر
    29 août 2025 - 18 h 26 min

    La meilleure réponse à un tel « historien » est le mépris, et rien d’autre.

    Anonyme
    29 août 2025 - 17 h 53 min

    Pour ceux et celui qui ne comprend pas (sic) ils ne font que se passer le relais, Algerie un jour Algerie toujours!! tout cela pour cacher à quel point ils sont dans la merde dont ils sont responsables, un train peut en cacher un autre, un jour micron, un autre jour refayot , un autre jour simplet le premier ministre, les medias sionistes, etles rninstes fachistes, et encore et encore,et encore, ils espèrent que l’Algerie petera un plomb, et fera une grosses erreur, mais messieurs les franchouillards l’Algerie est ZEN elle garde son calme et elle avance tandis que vous vous perdez votre temps et votre argent dans des attaques d’une bassesse ignoble, chante, chante COQ tes deux pieds dans la merde comme disait Coluche, l’Algerie est au dessus de toute vos attaques!!!

    🇩🇿 Fodil Dz
    29 août 2025 - 17 h 46 min

    Excellente contribution de Khaled Boulaziz.
    bernard lugan est à l’histoire ce qu’est bhl est à la philosophie. L’incarnation de l’imposture et de la malhonnêteté intellectuelle crasse. Pas étonnant que le makhzen sionisé utilise les talents particuliers de cet historien de pacotille. Le royaume enchanté a toujours aimé les histoires à dormir debout.

    Dr Kelso
    29 août 2025 - 17 h 39 min

    Ce faussaire de l’Histoire n’a d’historien que le nom.

    Anonyme
    29 août 2025 - 17 h 37 min

    Je propose à nos gouvernants de proposer à ce Camelot des Dimanche de Solitude quelques piecettes histoire de le stimuler à nous « vendre » quelques historiettes de sa Spécialité sur le Bousbirland ……..que l on achètera pas bien sûr ni ne lirons mais offrirons à Tatayoyo et consorts pour les occuper comme on occupe des chihuahuas en ……….Chaleur

    🇩🇿Fodil Dz
    29 août 2025 - 17 h 36 min

    Si vous voulez retrouver le travail de bernard lugan, le bricoleur du dimanche d’une histoire algérienne fantasmée, il suffit d’aller au ‘Brico Dépôt’ le plus proche de chez vous au rayon wc et accessoires de toilettes.

    Dr Kelso
    29 août 2025 - 17 h 34 min

    Encore un qui cause pour reprendre @Ajax.
    Depuis quand c’est le perdant qui écrit l’Histoire avec un grand H de l’Algérie….?!
    À qui profite le crime comme toujours…
    Lugan est makhnazi né à meknès où les terroristes du MAK sont formés par le mossad chez sa narco-terroriste-pédophile-monarchie et militant d’extrême droite française fidèle serviteur de sa majesté une fois qu’on a dit ça on a tout dit.. Un Détail De l’Histoire…
    Encore de l’Algérie bashing.
    Encore une ÉNIÈME fois la France n’est pas le centre de l’univers et ce ne sont pas les partenariats win win et dans le respect mutuel avec les pays qui manquent en Algérie.

    Abou Stroff
    29 août 2025 - 17 h 21 min

    « Le bricoleur érigé en expert de l’histoire algérienne Bernard Lugan récidive » titre K. B..

    primo, ce lugan est inconnu en Algérie, par conséquent, je ne comprends pas pourquoi K. B. lui fait de la publicité gratuite.

    secundo, il n’y a que nos ennemis externes qui veulent nous « essentialiser » avec l’appui palpable et quantifiable de leurs alliés indigènes qu’il s’agit de neutraliser avec force.

    tertio, pour combattre le lugan et ses semblables et leur clouer, définitivement, le bec, clamons, haut et fort, que:

    NOUS NE SOMMES NI ARABES, NI AMAZIGHS, NI MUSULMANS, NOUS SOMMES ALGÉRIENS, AVEC NOS DIFFÉRENCES ET QUE NOTRE ALGERIANITE EST LE PRODUIT D’UNE LUTTE ANTICOLONIALE QUI A DURE PLUS D’UN SIÉCLE ET D’UNE GUERRE D’INDÉPENDANCE QUI A DURÉ PLUS DE SEPT ANNÉES.

    Wa el fahem yefhem.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.