Yves Bonnet, ancien patron de la DST, revient sur l’affaire Mohamed Merah

Yves Bonnet. D. R.

L’affaire Merah prend une tournure pour le moins inattendue. L’avocate de son père affirme qu’elle détient une vidéo où Mohamed Merah clame son innocence avant d’être abattu. Quelle lecture faites-vous de ces rebondissements ?

L’affaire Merah prend une tournure pour le moins inattendue. L’avocate de son père affirme qu’elle détient une vidéo où Mohamed Merah clame son innocence avant d’être abattu. Quelle lecture faites-vous de ces rebondissements ?

Yves Bonnet : Je ne peux évidemment pas commenter une vidéo que je n’ai pas visionnée ; toutefois, les protestations d’innocence de Mohamed Merah, même authentifiées, n’apportent aucun élément concret au dossier ni dans un sens, celui de son innocence, ni dans un autre, celui de son «exécution».

Le père de Merah compte intenter un procès au Raid. Pensez-vous qu’une telle démarche pourrait aboutir à des sanctions au cas où les accusations s’avéraient fondées ?

La France est un pays de droit où la justice n’hésite pas à désavouer le pouvoir si elle l’estime nécessaire et conforme à la vérité. Il est évident que si des preuves étaient apportées sur «l’assassinat» de Mohamed Merah, l’Etat français serait condamné. Je rappelle incidemment qu’il existe au-dessus des justices nationales, une Cour européenne de Justice, sise à Luxembourg, qui réforme si nécessaire les jugements qu’elle estime contraires au droit.

Le Raid pouvait-il appréhender Merah vivant, selon vous ?

Je ne suis pas qualifié pour répondre à cette question. A priori, je croyais la chose possible, mais je ne dispose pas des éléments d’appréciation nécessaires.

On parle de plus en plus de relations qu’aurait entretenues Merah avec les services secrets français. Est-ce vrai ?

Sur ce point, en revanche, et si je me fie aux déclarations de M. Bernard Squarcini (directeur central du renseignement intérieur, ndlr), je note que Merah entretenait effectivement une relation avec un officier de la DCRI.
De quel type étaient ces relations et dans quel but étaient-elles entretenues, selon vous ?

Même si la nature de cette relation reste floue, volontairement sans doute, il est de bon sens et conforme à la pratique de penser que Merah avait un «officier traitant». Sinon, pourquoi lui aurait-il remis des documents qui, nécessairement, présentaient un intérêt de travail. Il est indispensable d’éclairer ce point qui n’est pas un détail.

On parle également d’une implication du Mossad dans l’exécution de Merah. Cette piste est-elle à prendre en considération, surtout que Merah a tué (si c’est réellement lui le coupable) trois enfants de confession juive ainsi que leur instituteur et que la communauté juive avait promis des représailles ?

On met le Mossad à toutes les sauces. Sans mésestimer le travail et la qualification de ce service, il ne peut tout assumer ; je le crois surestimé. Il n’y a aucune chance que des éléments du Mossad aient participé à l’assaut final.

L’affaire a été sciemment surmédiatisée pour servir de carburant à la campagne électorale de Sarkozy, estiment des observateurs en France comme en Algérie. Pensez-vous que la vie politique a atteint un tel degré d’immoralité ?

Je suis de ceux qui pensent que la tentation a été grande d’utiliser cette affaire afin de replacer le président en exercice sur le devant de la scène et que le pouvoir en place n’y a pas résisté. C’est effectivement préoccupant pour la démocratie.

Merah étant originaire de Médéa, pensez-vous que les autorités françaises auraient voulu que Merah y fût enterré pour ressortir le nom de cette localité lié à l’assassinat des moines de Tibhirine aux fins de l’exploiter politiquement ?

Je ne pense pas en revanche que les autorités françaises aient entendu faire le lien entre les deux dossiers.

Entretien réalisé par M. Aït Amara

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