Khalifa et l’OM : le Protis algérien sauve Marseille (IX)

Eté 2001. Khalifa s’envole vers Marseille où l’attend Robert Louis-Dreyfus. L’Olympique de Marseille, ennemi juré du PSG, a un pied en seconde division. Les affaires vont mal et les résultats sont peu reluisants. La Bonne Mère, qui domine la baie les bras ouverts du haut de la colline en signe de protection, peine à conjurer le mauvais sort qui s’abat sur le club. Le Bon Samaritain, basané mais plein aux as, vole à la rescousse des Marseillais. La ville phocéenne se surprend à regarder du coin de l’œil avec insistance vers le sud, l’Algérie où, entend-on dire, un jeune homme d’à peine 36 ans est apparu brusquement tel le Messie, distribuant «son» argent à gauche et à droite sans compter. A l’Olympique de Marseille, rien ne va plus. Le président du club qui a succédé à un Bernard Tapie en délicatesse avec la justice est lui aussi dans le collimateur. Le très influent club des supporters des Blanc et Bleu veut sa tête tandis que les magistrats lui collent au jarret. Robert Louis-Dreyfus fait l’objet d’une enquête judiciaire suite aux transferts opérés par l’Olympique entre 1997 et 1999 et qui ont concerné les joueurs argentins Edouardo Berizzo et Pablo Calandria en 1999. Le transfert de Berizzo aurait donné lieu au versement d'une commission injustifiée de 300 000 dollars et celui de l'attaquant Calandria à la remise de 3 millions de dollars à la société londonienne Quadrisports Management Ltd, non habilitée, selon la justice, à intervenir comme agent de joueurs(1).
Le désengagement d’Ericsson, le géant suédois des télécommunications, achève de plonger le club dans une crise morale et financière dont on ne voyait pas le bout. Quand l’avion frappé de l’aigle bleu de Moumen Khalifa atterrit sur le tarmac de Marseille-Marignane en juin 2001, tout Marseille retient son souffle. Le tapis rouge est déployé sous les pieds de Protis(2) venu rehausser l’image de ses concitoyens malmenés en terre d’exil. Désormais, à Marseille, le nom de Khalifa résonne comme un hymne national. C’est à Paris que sera signé le contrat entre Khalifa Airways et l’Olympique de Marseille. Khalifa s’engage à financer le club et, en contrepartie, (sa) compagnie aérienne dispose d’un espace publicitaire à tous les matches de l’OM et d’une inscription sur les maillots du club. Un pied de nez aux chauvins du PSG qui ne donnaient pas cher de la peau des Sudistes. La presse est présente en force. Les journalistes algériens sont invités à couvrir l’événement sur place. Un avion de la compagnie est spécialement affrété pour ce faire. Une habitude. Opération médiatique réussie, puisque, le lendemain, la totalité des journaux algériens répercutent la nouvelle à grands renforts d’épithètes surfaites et de manchettes superfétatoires. Mais dans aucun article il n’est précisé le montant exact de la transaction. Même Khalifa, approché par l’envoyé spécial du quotidien arabophone El Youm, fera dans l’approximatif. Ignorait-il lui-même le montant ou ressentait-il quelque scrupule à le rendre public ? «Il oscillera entre 15 et 18 millions de francs français», se contente-t-on de lancer aux journalistes entre deux coupes de champagne. La réponse est sirupeuse, mais l’essentiel est ailleurs, crie Khalifa à qui veut bien l’entendre : «Ce contrat reflète la politique d’ouverture suivie par le Groupe Khalifa depuis sa création et permet à l’Algérie d’occuper un rang important dans le Bassin méditerranéen. Je suis convaincu que ce contrat ouvrira de nouveaux horizons pour le football algérien.»(3) «Depuis le début, notre but était d’honorer l’Algérie et de porter sa réputation à travers tous les pays du monde. Je pense que cela est nécessaire pour permettre aux étrangers de regarder notre pays par un autre prisme et de comprendre ce qui s’y passe.»(4) Et de promettre : «Ce n’est qu’un début !»(5)
M. Aït Amara
Demain :
Etranges similitudes
(1) Robert Louis-Dreyfus, l’actionnaire principal du club phocéen, a été placé sous contrôle judiciaire en juillet 2004 dans le cadre de cette affaire. Un de ses avocats, Me Denys Angeloglou, connaîtra le même sort.
(2) Selon la légende, Marseille est née des amours d’une princesse ligure, Gyptis, et d’un marin grec, Protis.
(3) El Youm du 14 juin 2001.
(4) Idem.
(5) Idem.

Commentaires

    Anonyme
    10 avril 2013 - 14 h 46 min

    avec l’argent de la caisse
    avec l’argent de la caisse social il a sauvé l’om. pauvre retraité.




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