Médias autolibérés

L’Etat, en Algérie, est en retard d’au moins une génération. Il ne s’agit pas de la question du transfert du pouvoir mais d’un domaine – les technologies de l’information et de la communication – qui est, au contraire, réfractaire à la politique quand elle s’érige en obstacle. «En retard d’au moins une guerre», aurait-on convenu aussi pour caractériser le fossé profond qui donne le vertige quand on regarde de trop près, entre les progrès incessants des médias dans le monde et l’archaïsme du paysage médiatique algérien. Nos gouvernants donnent l’impression de garder l’œil rivé sur la presse papier libérée il y a vingt ans, puis bloquée pendant quelque temps avant que les nouvelles autorisations ne tombent sur des journalistes candidats-éditeurs qui commençaient à désespérer et qui sont pris complètement au dépourvu. Entretemps, le train à grande vitesse des nouveaux médias a déjà envahi l’espace offert aux lecteurs. Dans l’univers sans frontières des TIC, dans lequel le droit algérien dispose de si peu, voire pas du tout, de prise, ni les sites électroniques d’information ni les chaînes de télévision satellitaires n’ont finalement eu besoin d’une quelconque autorisation pour devenir opérationnels. C’est à ces sources que les Algériens s’alimentent de plus en plus en informations. Intervenant en temps réel et donc en avance d’une bonne longueur sur la presse écrite et sur les chaînes de télévision «officielles», ces deux supports, relayés par les réseaux sociaux, font l’opinion publique. Messieurs les gouvernants, réveillez-vous, avant qu’il ne soit trop tard ! Les informations comme les idées qui ont une forte influence sur la formation de la personnalité des jeunes ne sont pas des marchandises que l’on peut bloquer à un poste douanier. Le paysage médiatique national doit rapidement intégrer les nouvelles données qui nous sautent aux yeux. La crainte de perdre le contrôle de cet «appareil » n’est plus de mise dans le monde actuel. Quant au risque «étranger», il doit y avoir suffisamment d’Algériens compétents et patriotes, capables d’y faire face. A condition de passer à une qualité nouvelle dans la façon de gouverner et leur faire confiance.
Kamel Moulfi
 

Commentaires

    maleh
    3 mai 2013 - 11 h 30 min

    J’adhère à ce constat même si
    J’adhère à ce constat même si je m’attendais à ce que soit soulevée la question de la disparition progressive du livre ( autre que scolaire). Il suffit d’aller faire un tour dans Ali Mendjeli (nouvelle ville près de constantine…à vrai dire une grande cité dortoir sur laquelle veille l’oeil du RAIS dont le portrait est peint sur un des murs d’un des immeubles) et je défie quiconque de me trouver une seule librairie pour une population particulièrement dense.
    J’avoue que nous autres algériens n’avons PLUS la culture du livre depuis que les chaînes satellitaires ont envahi nos cerveaux.




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