Dans une interview à Algeriepatriotique, Michel Cornaton évoque les centres de regroupement durant la Révolution

Avec l’humilité et l’honnêteté intellectuelle qui caractérisent les grands chercheurs, Michel Cornaton contribue à faire connaître un des aspects de notre lutte de libération nationale – les centres de regroupement – que les Algériens, eux-mêmes, ont occulté après l’indépendance. Ces centres, véritables écoles de formation pendant la guerre, étaient un atout pour l’Algérie nouvelle, explique Michel Cornaton. Mais nos dirigeants n’ont pas su ou voulu en tirer tous les avantages dans l’intérêt du pays. Dans la longue interview qu’il a accordée à Algeriepatriotique (à paraître en parties à partir de demain vendredi), il livre son analyse de ce phénomène sociologique que constituent les centres de regroupement mis en place par l’armée coloniale en Algérie pendant notre guerre de libération, pour priver les moudjahidine du soutien de la population rurale. Il connaît bien cette réalité qu’il a vécue directement. Michel Cornaton a fait partie, comme il le dit, de «cette génération de jeunes Français, 2 300 000, qui ont été mobilisés durant la guerre d’Algérie». Après l’indépendance, il s’est entièrement plongé dans son travail d’investigation sans chercher à être objectif ou neutre. Au contraire, dans son interview, tout le propos montre un engagement aux côtés de cette «population regroupée, la plus misérable, la plus laissée pour compte». «Elle méritait mon attention», dit-il. Son travail n’est sans doute pas terminé, mais déjà c’est une source documentaire exceptionnelle contenant une somme impressionnante d’informations utiles aux chercheurs qui seront gagnés à ce qui apparaît plus comme une cause que comme un travail de recherche classique. Car la problématique des centres de regroupement a été sciemment mise de côté par les officiels sur les deux rives de la Méditerranée. Pis encore, même par les historiens. «Ainsi, rappelle-t-il dans l’interview, le livre qui fait référence, La guerre d’Algérie et les Algériens 1954-1962, paru en 1997, rédigé par huit historiens algériens et huit historiens français, sous la direction de Charles-Robert Ageron, est l’exemple de ce coupable silence : pas un seul chiffre, pas même une ligne d’analyse concernant les camps, sans qu’aucun historien ne s’en indigne». Face à ce vide, Michel Cornaton s’est efforcé et a réussi à empêcher que cette question tombe dans l’oubli et qu’aucune trace n’en subsiste. Il a comblé le manque : «Alors que ma thèse s’inscrivait dans le champ de la sociologie et de la psychologie sociale, plus j’avançais dans le recueil des données, mieux je prenais conscience qu’il me fallait privilégier l’histoire et ses témoins pendant qu’il était encore temps, au lieu et place des historiens absents». Il est aujourd’hui l’expert des centres de regroupement en Algérie, un des rares à notre connaissance. Rien n’a été facile pour lui, et cela apparaît dans l’interview. Sa démarche, après l’indépendance, pour collecter les données, a été parsemée d’embûches très souvent dues aux incompréhensions de ses interlocuteurs dans les milieux officiels. Il reste un des rares à avoir enquêté sur les centres de regroupement une fois la guerre finie. A propos de Pierre Bourdieu, il précise que «même si Le déracinement ne paraîtra qu’à la mi-64, tous les chiffres et les observations concernent les années de guerre 1958-1960 et résultent d’enquêtes menées sous protection militaire, alors que, pour ma part, j’enquête après l’indépendance, entre 1963 et 1965 et que j’ai pu prendre en compte des documents et témoignages de 1966 postérieurs au coup d’Etat de Boumediene». Il explique en quoi, justement, son approche est différente de celle de Bourdieu. «Contrairement à Pierre Bourdieu, je distingue deux sortes de regroupement de population, en Algérie d’abord, mais aussi à travers toute l’histoire, et c’est là ma divergence essentielle avec lui : les camps de regroupement de la colonisation et les camps de regroupement de la décolonisation». Dans l’interview que nous publierons à partir de ce vendredi, ses réponses sont faites dans un style qui met à la portée de tous nos lecteurs un sujet pourtant très complexe.
Kamel Moulfi
 

Comment (3)

    Mohamed Rebah, chercheur en histoire
    24 mai 2013 - 16 h 52 min

    Je mène actuellement un
    Je mène actuellement un travail de recherche sur les camps de regroupement de la région de Cherchell (1958-1962) (un travail de micro-histoire). J’ai recueilli 25 témoignages. Je travaille sous l’orientation méthodologique de Kamel Kateb, docteur en Démographie, chercheur à l’Institut National des Etudes Démographiques de pari (INED. Le travail de terrain est bien avancé.

    Je suis l’auteur de deux ouvrages :

    -Des Chemins et des Hommes (Alger-2009)
    -Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958 (Alger 2013)

    Cordialement
    (nous écrivons)
    Mohamed Rebah
    05 54 06 38 92




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    Anonyme
    24 mai 2013 - 5 h 17 min

    Le colonialiste est un être
    Le colonialiste est un être méprisable et injuste mais le régime FLNesque est le pire de tous ces colonialistes.




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    AnonymeKELAM
    23 mai 2013 - 10 h 42 min

    les camps de concentration
    les camps de concentration (des prisons) ou des femmes algeriennes on beaucoup souffert avec leur enfants:il faut écrire .




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