Coopération algéro-française : la feuille de route 2016-2017

Parmi les accords le plus importants signés à Alger par les officiels algériens et français, celui notamment de la défense et de la sécurité. Alger et Paris sont, en effet, convenus que la menace terroriste nécessite un «dialogue et une coopération approfondie» pour faire face à ce fléau. La France semble, ainsi, prendre conscience de l’erreur qu’elle a commise par le passé en considérant la violence islamiste comme une affaire algéro-algérienne. Pour autant, cette révision de la politique française en matière de lutte antiterroriste continue d’être parasitée par les tenants du «qui tue qui» qui risquent d’en limiter l’efficacité, voire d’en gêner la mise en œuvre concrète sur le terrain. Ceci, au moment où Alger et Paris se disent «préoccupés par le contexte géopolitique et la situation sécuritaire qui prévaut au niveau de la bande sahélo-saharienne, caractérisée par la prolifération de la criminalité organisée sous toutes ses formes, ainsi que par les actions subversives des organisations terroristes transnationales visant la déstabilisation de cette région, de l’Afrique du Nord et du Bassin occidental de la Méditerranée». Les deux capitales entendent «approfondir leur coopération en matière de lutte contre ce fléau transnational, et ce, conformément à leurs engagements internationaux et aux principes et règles du droit international en vigueur», lit-on dans la déclaration finale qui a couronné la visite du Premier ministre français à Alger.
Endiguer le champ d’action des organisations terroristes
L’Algérie et la France sont, en tout cas, «animées par la volonté d’endiguer le champ d’action des organisations terroristes transnationales» et «ont pris acte de la nécessité d’inscrire la lutte contre ces organisations terroristes dans une dimension globale qui requiert, entre autres, l’assèchement des ressources de financement de leurs actions, notamment par les revenus du trafic des stupéfiants, du commerce illicite des armes et des produits des hydrocarbures, ainsi que des rançons». Mais ces actions devront être accompagnées aussi par un «assèchement» des moyens de propagande et la neutralisation des manipulateurs qui, à partir de France et d’ailleurs, sèment le doute sur les véritables assassins, dans l’affaire des moines de Tibhirine, par exemple. Si les signataires de la déclaration d’Alger se félicitent de la coopération judiciaire, il n’en demeure pas moins que les tentatives de certains magistrats et médias français d’absoudre les groupes islamistes armés de leurs crimes dans les années 1990 n’aidera pas à mettre fin à ce qui est désormais appelé l’«extrémisme violent». L’Algérie et la France ont mis en avant «leur vision convergente sur les défis sécuritaires auxquels elles font face» et «la nécessité de développer de nouvelles coopérations» et de «renforcer la coopération opérationnelle dans le domaine maritime» et, chose nouvelle, «initier une coopération entre les forces spéciales des deux pays». Un partenariat industriel dans le domaine de l’armement a également été à l’ordre du jour des discussions entre Valls et Sellal à Alger.
Visas, archives et biens des pieds-noirs au menu
Autre domaine important traité lors des discussions entre les deux délégations algérienne et française, les visas, les biens des pieds-noirs et les archives algériennes détenues en France. Alger et Paris ont affirmé avoir «appelé à l’activation des discussions en vue de parvenir à un arrangement sur la facilitation de la procédure de délivrance des visas au profit des ressortissants des deux pays». S’agissant du règlement des difficultés auxquelles font face certains ressortissants français restés en Algérie après l’indépendance et propriétaires légaux de biens immobiliers, dans l’exercice de leur droit de propriété, les deux parties n’ont pas tranché la question, préférant inviter la commission mise en place pour étudier cette question «à poursuivre l’examen des cas qui lui sont soumis». S’agissant des archives détenues en France, Alger et Paris parlent de «résultats positifs enregistrés au cours des discussions dans le cadre du groupe de travail», saluant la signature du rapport d’étape ainsi que le cahier des charges «qui institue une démarche objective pour le règlement du contentieux archivistique». La déclaration d’Alger met en avant, néanmoins, l’exigence algérienne de récupérer les originaux. Les deux parties sont convenues de remettre les copies numérisées déjà disponibles, mais l’Algérie «souligne qu’elle ne renonce pas à la propriété des originaux, principe qu’elle a réaffirmé dans les divers procès-verbaux de réunion dudit groupe». S’agissant des victimes algériennes des essais nucléaires français au Sahara et leurs ayants droit, l’Algérie et la France ont, là aussi, préféré reporter l’étude de ce dossier à une prochaine réunion qui aura lieu à Paris durant le premier semestre 2016. La déclaration d’Alger confirme, en outre, le règlement du contentieux qui mettait aux prises la Cnas et les hôpitaux français. Un accord est intervenu le 26 mars dernier sur l’apurement des contentieux hospitaliers entre la Cnas et l’AP-HP, apprend-on.
Trois rendez-vous en 2016 et 2017
Enfin, trois rendez-vous ont été fixés pour le renforcement de la coopération entre les deux pays dans les domaines de la gestion des collectivités locales, de l’investissement et de la recherche scientifique. Ainsi, la 4e conférence algéro-française de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique sera organisée au courant du deuxième semestre 2016, à Marseille. Tandis que les 25 et 26 mai 2016 se tiendront à Alger les troisièmes rencontres algéro-françaises des maires et présidents de collectivités territoriales «qui permettront de renforcer la coopération décentralisée». Dans le domaine économique, l’Algérie et la France envisagent «la construction d’un partenariat dans une logique de coproduction et en soutenant les investissements croisés», confirmant certaines «échéances bilatérales importantes» de l’année en cours, notamment la tenue d’une réunion ministérielle du comité mixte économique algéro-français et la prochaine réunion du comité de suivi du CIHN et du dialogue stratégique. La 4e réunion du CIHN, quant à elle, aura lieu en 2017 en France.
Sarah L.

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