Pour des chambres de commerce régionales

Par Abderrahmane Mebtoul – L’action du Forum des chefs d’entreprises est louable. Mais afin que ses actions à l’avenir ne soient pas dénaturées par les tenants de la rente, pour des résultats palpables de la contribution du secteur privé au redressement national, et non de résultats sporadiques, loin de tout calcul personnel, une démarche stratégique collant avec les réalités locales et internationales, s’impose.

La structure qui me semble la plus appropriée pour créer le dynamisme régional, ce sont les chambres de commerce régionales regroupant plusieurs wilayas homogènes, comme j’ai eu à le souligner à partir d’une expérience intéressante d’éco-pôles aux Etats-Unis, mais que l’on retrouve en Allemagne, Belgique, Suisse et en Chine. L’action du Forum des chefs d’entreprises, qui n’est pas un parti politique, en souhaitant une unification patronale, doit s’inscrire dans ce cadre à l’instar de tous les pays développés et émergents, si le FCE veut aboutir à des résultats concrets, des structures de wilayas étant un gaspillage d’énergie. Cette structure régionale regrouperait l’Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle et les universités/centres de recherche. 

L’action des chambres de commerce, lieu de concertation, mais surtout d’impulsion pour la concrétisation de projets, serait quadruple. Premièrement, dynamiser les infrastructures de base et préparer des sites confiés à des agences de promotions immobilières publiques et privées ; deuxièmement, mettre à la disposition des sociétés une main-d’œuvre qualifiée grâce à un système de formation performant et évolutif allant des ingénieurs aux gestionnaires, aux techniciens spécialisés et ce, grâce aux pôles universitaires et des centres de recherche, évitant ce mythe d’une université par wilaya. Exemple : la chambre de commerce offrirait un poste pour 10 candidats en formation, les 90% non retenus ne constituant pas une perte pour la région. L’apprentissage en dynamique est un capital humain pour de futures sociétés qui s’installeraient dans la région, une société installée payant des impôts qui couvriront largement les avances en capital de la formation avancée. Cette formation devra être adaptée pour tenir compte de la norme qualité standard, le label qualité étant exigé pour tout exportateur en direction de l’Europe, de l’Amérique, de l’Afrique ou de l’Asie.

Ainsi, nous assisterions à une symbiose entre l’université et les entreprises. Car les sociétés ont besoin de l’accès aux chercheurs, aux laboratoires pour les tests d’expérimentation et l’université a besoin des sociétés comme support financier et surtout d’améliorer la recherche. Les étudiants vivent ainsi la dialectique entre la théorie et la pratique ; la troisième action est de favoriser des entreprises souples reposant sur la mobilité et les initiatives individuelles. Des tests ont montré que l’initiative personnelle, pour certains produits, permet d’économiser certains équipements (donc d’avoir un amortissement moindre dans la structure des coûts) et de faire passer le processus de sept minutes (420 secondes) à 45 secondes soit une économie de temps de plus de 90% améliorant la productivité du travail de l’équipe. Ce qu’on qualifie d’équipes autodirigées ; la quatrième action, la chambre de commerce intensifierait les courants d’échange à travers différentes expériences entre les régions du pays et l’extérieur et l’élaboration de tableaux de prospectifs régionaux, horizons 2016-2020-2030.

La mise à la disposition des futurs investisseurs de toutes les commodités nécessaires ainsi que des prestations de services divers (réseau commercial, loisirs) est fondamentale. Cette symbiose entre ces différentes structures et certains segments de la société civile doit aboutir à des analyses prospectives fondamentales, à un tableau de bord d’orientation des futures activités de la région. Si la centralisation à outrance favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations produit le blocage de la société, les expériences historiques montrent clairement que si elle a été nécessaire dans une première phase, elle a atteint vite ses limites. Ce sont les pays qui ont développé des décentralisations réelles et non des déconcentrations, synchronisant gouvernance locale et centrale, avec un rôle stratégique à l’Etat régulateur en économie de marché concurrentielle, qui ont le mieux réussi leur développement. Ces actions doivent s’insérer dans le cadre d’une réorganisation tant gouvernementale autour de grands ministères, notamment économie/éducation/recherche scientifique, que territoriale se fondant sur la régionalisation économique (pôles socio-économiques régionaux dont des universités et centre de recherche régionaux regroupant les meilleures compétences) à ne pas confondre avec l’avatar du régionalisme.

Tirons les leçons de toutes ces tensions sociales qui se manifestent à travers la majorité des wilayas et allons vers une véritable décentralisation impliquant les acteurs locaux, existant un lien dialectique entre sécurité et développement, entendu développement multidimensionnel, à ne pas le circonscrire uniquement à l’économique, vision bureaucratique matérielle du passé, ce qui serait une grave erreur politique. La multitude d’organisations patronales avec des rivalités de leadership, autant d’ailleurs que les multitudes organisations syndicales, ne favorise pas l’émergence d’un secteur privé responsable, certains étant mus par le partage de la rente qui va à l’épuisement. L’action du Forum des chefs d’entreprises doit s’inscrire dans le cadre de chambres de commerce régionales et être l’interlocuteur privilégié du gouvernement.

A. M.

Ndlr : Les idées et opinions exprimées dans cet espace n’engagent que leurs auteurs et n’expriment pas forcément la ligne éditoriale d’Algeriepatriotique.

 

 

Commentaires

    New kid
    8 juillet 2016 - 15 h 26 min

    Pour le bon fonctionnement
    Pour le bon fonctionnement des willayas, ne faut-il pas commencer par avoir des Wallis votés par le peuple et renvoyés par le people s’ils ne font pas l’affaire. L’Algérie a opté pour le système français ; d’appointer des préfets qui ne réponde qu’au président et non au peuple. C’est comme si nous étions toujours colonisés !
    Les willayas en plus du budget de l’état, aura la possibilité de lever certaines taxes pour agrandir leur champs de travail ; l’éclairage communal, améliorer la circulation avec la création de feux rouges et de passages cloutées. De revoir les parkings publics aux profits des communes et des automobilistes.
    L’état doit tout d’abord libérer le commerce et créer une atmosphère de confiance pour les investissements prioritaires lesquels seront ceux qui réduiront le chômage.
    Les willayas auront leur vocation traditionnelle et son université suivra et fournira cette main d’œuvre dont elles auront besoin.
    Les investisseurs doivent tout d’abord avoir confiance en cet état et justice afin d’assoir un climat de win/win situation.
    La formule des 49/51 est un piège que tous connaissent, pour les véritables investisseurs le seul moyen est de conduire leurs propres usines avec une main d’œuvre bon marché qui sera bénéfique pour cette délocalisation.
    Une taxation écrite et qui sera appliquée à tous mais qui ne changera pas lorsque le gouvernement du jour fait faillite.




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