L’émeute, ce double visage

Par Saadeddine Kouidri Ceux qui, lors des événements de Béjaïa nous serinent encore cette incantation de «la condamnation de la violence d’où qu’elle vienne», doivent savoir que le b.a.-ba de la politique est que dans une République, le monopole de la violence relève des seules institutions de l’Etat qui sont l’armée et ses forces de sécurité. Ils doivent aussi se rappeler que lorsque ces institutions de l’Etat affrontaient le terrorisme, les pro-islamistes et leurs sbires condamnaient la violence d’où qu’elle vienne. Ce manque de discernement pour les uns, cet amalgame des autres, les a amenés crescendo à la politique de la neutralité sur les événements tragiques que nous avons connus jusqu’à traîner certains leaders à Saint-Egidio et au «qui tue qui» de la Sociale démocratie. Sous la forme d’une interrogation, ils accusaient les démocrates, les patriotes, l’armée et tous ceux et celles qui résistaient à l’islamisme, à l’instauration de la charia, au terrorisme, jusqu’à les qualifier d’éradicateurs.

Condamner la violence d’où qu’elle vienne est paradoxalement une autre tentative de délégitimer les institutions, tout en légitimant la violence des terroristes d’hier et celle d’agents au service des importateurs qui prétendent au pouvoir politique, avec l’aide de ce qui est surnommé l’opposition, aujourd’hui. Comme on voit, la question «qui tue qui» comme «la condamnation» ne sont, en fait, que des appels à une politique pour plus de violence. Si l’accusation par le biais du «qui tue qui» nous entraînait vers l’instauration de la théocratie, de la charia, de l’islamisme, aujourd’hui, condamner «la violence d’où qu’elle vienne» n’est rien moins qu’un appel à plus de violence pour entraîner la société sous la coupe réglée des importateurs et son soutien surnommé «opposition». Sachant que depuis la réconciliation nationale, la société, en perdant tout espoir de justice, s’est enveloppée dans de plus en plus de religiosité et, de ce fait, passe chaque jour à de plus en plus d’immaturité politique.

Dans ces cas, l’émeute ne peut être perçue que comme un cri d’espoir et comme tout acte spontané, il peut se transformer en acte de désespoir ; la réaction y veille. Un chat échaudé craint l’eau froide. Si l’émeute est toujours la preuve de l’échec des partis politiques, elle indique néanmoins le niveau politique actuel. Le plus souvent, l’émeute révèle aussi l’antagonisme du double visage de la société civile. Le visage pernicieux est toujours caché par le politique, alors que l’autre se caractérise par l’absence de soutien politique, et c’est cette absence qui est la raison de la révolte.

Qu’est-ce qui peut être commun à une grève lancée par un anonyme, au caillassage d’un commissariat et d’édifices publics et l’émeute, cet acte de revendication des plus démunis, des sans-voix ? Les deux relèvent de politiques diamétralement opposées. En condamnant l’émeute, on condamne toute la politique du réel et, en fait, c’est le but de ceux qui veulent neutraliser toute revendication populaire. Ceux qui condamnent la violence «d’où qu’elle vienne» sont pour plus de pouvoir à la réaction ou, du moins, y contribuent comme contribuaient auparavant leurs compères avec le «qui tue qui».

L’autre b.a.-ba de la politique est que seule la démocratie, c’est-à-dire le pouvoir de la politique du peuple, peut nous prémunir de la violence des institutions de l’Etat.

S. K.

Commentaires

    MELLO
    11 janvier 2017 - 15 h 04 min

    Le 20 septembre 1962, l
    Le 20 septembre 1962, l’Assemblée nationale constituante (ANC) a été élue sur liste unique. Autrement dit, beaucoup de cadres du FLN et de l’ALN révolutionnaires sont désignés comme députés d’office de l’ANC, malgré leur opposition à Ben Bella. C’est le cas de Krim, Boudiaf et Aït Ahmed. Ce dernier n’a pas cessé de critiquer la nature du régime que veulent instaurer les benbelistes. Voilà l’une de ses interventions en tant que député de l’ANC : « ce qui importe, c’est de redonner la parole au peuple. Nous nous engageons, de toute façon, à militer pour la permanence des règles de jeu démocratique, pour le respect du pluralisme linguistique et le pluralisme politique. Personnellement, je suis allergique aux adjectifs ; république, démocratique, populaire… formidable ! Moi je me contenterais du mot République. Ce qui est important, c’est le contenu. Nous espérons innover en la matière, faire œuvre pédagogique, et ne pas tomber uniquement dans les représentations symboliques. Il faut essayer de donner un contenu réel, un contenu démocratique ; redonner aux Algériens le droit à l’autodétermination, c’est ça que nous voulons».




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