Abdelhamid Zerguine : «Le TSGP Nigeria-Algérie est dix fois supérieur au TGP Nigeria-Maroc»

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Abdelhamid Zerguine, ancien PDG de Sonatrach. New Press

Le lancement d’un projet de gazoduc ouest-africain senior, le Transafrican Gas Pipeline (TGP), par le Nigeria et le Maroc, en mai dernier, par la signature d’un accord dans ce sens, est qualifié par d’aucuns comme une manière de tuer le Trans-Saharian Gas Pipeline (TSGP), dans lequel s’est engagée pleinement l’Algérie et qui est soutenu par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Dans une riche contribution publiée dans le quotidien El-Watan aujourd’hui, l’ancien président-directeur général de la compagnie publique des hydrocarbures Sonatrach, Abdelhamid Zerguine, analyse les deux projets et explique comment ces deux projets ne sont ni ne peuvent être concurrentiels, mais bien deux opportunités distinctes pour le développement du continent noir.

Abdelhamid Zerguine explique d’entrée de jeu que le projet de gazoduc Nigeria-Maroc «est un espoir à l’actif du développement de l’Afrique qu’il faut saluer, car il ne manquerait pas d’améliorer le niveau de vie de millions d’habitants, de promouvoir l’emploi et de contribuer au développement de plus d’une douzaine de pays au moins». Il explique que ce projet vient en prolongement du gazoduc ouest-africain existant qui approvisionne actuellement, à partir du Nigeria, respectivement le Bénin, le Togo et le Ghana.

A la question de savoir si le TGP est synonyme d’échec du TSGP, ou au contraire une opportunité, l’ancien PDG de Sonatrach a tenu d’abord à préciser que l’Algérie, «qui n’est pas demanderesse de gaz, s’est lancée dans ce projet». Il a énuméré les gestes de bonne volonté faits par l’Algérie dans le sens de l’aboutissement du projet du TSGP.

A propos de la réalisation du TSGP, Zerguine rappelle que l’Algérie a osé prendre le risque de «demander, dès 2002, au minimum 20 BCM/an (Billion Cubic Meter/an = milliard m3/an), alors que le Nigeria, qui n’en produisait que 14 BCM». Il explique que cette audace a été utilisée par nos détracteurs pour conclure que «l’initiative de l’Algérie visait à neutraliser un concurrent au potentiel prometteur». Mais l’histoire a donné raison à l’Algérie «puisque le Nigeria produit actuellement plus de 50 BCM/an et que la coopération dans ce projet comme dans l’exportation du GNL entre les deux pays est, le moins que l’on puisse dire, exemplaire», note Zerguine.

Des objectifs diamétralement opposés

L’objectif du projet TSGP visait le transfert du Nigeria via le Niger et l’Algérie d’un volume de gaz de 20 à 30 BCM/an destiné exclusivement à l’Union européenne. Son étude de faisabilité, finalisée en 2006, préconisait un gazoduc très particulier, soit une capacité plus de dix fois celle du gazoduc ouest-africain existant.

Selon les données énoncées par Abdelhamid Zerguine, l’Europe, destinataire final du gaz acheminé à travers le TGP et le TSGP, a changé de stratégie par rapport à la problématique de l’approvisionnement du gaz. Le développement accéléré des énergies renouvelables et la production précoce dès 2008 des hydrocarbures non conventionnels, explique Abdelhamid Zerguine, «a dissuadé beaucoup d’investisseurs, notamment ceux des projets à long terme et par voie de conséquence ceux du TSGP, laissant entière la problématique commerciale du gaz de ce projet».

Néanmoins, Abdelhamid Zerguine voit qu’en tout état de cause, «il n’y a aucun antagonisme ou concurrence directe entre les deux ouvrages». Et d’ajouter que «l’opposer au projet TSGP est un non-sens tant les objectifs comme les configurations et le niveau des investissements y afférents sont totalement dissemblables».

«Le TSGP, par sa grande capacité, sa vocation de transfert vers la destination unique, l’Europe, le peu de pays de transit et la synergie que lui offre le réseau algérien, connu pour son étendue et sa fiabilité, peut prétendre à une compétitivité meilleure», analyse-t-il. A contrario, «le gazoduc ouest-africain projeté semble avoir une vocation distributive en approvisionnant d’abord les douze pays de transit, et accessoirement l’Europe», écrit-il. Et de conclure que «sa compétitivité restera suspendue à sa modeste capacité et à l’épreuve de sa fiabilité».

Ramdane Yacine

Comment (3)

    Nourreddine
    30 juin 2017 - 14 h 22 min

    les choses sont encore plus complexes que ce qui présenté :par exemple quelle est la marge de manœuvre du gouvernement Nigerian pour développer son gaz ? quel est le poids des multinationales qui travaillent la bas et qui exploitent les gisements ? est ce conforme à leurs intérêts ?
    le reste est bavardage




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    BERKANI
    30 juin 2017 - 12 h 14 min

    Qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre projet, le principal client demeure l’Europe, dont il appartient de décider de la voie la plus sûre et la plus rentable pour s’approvisionner en gaz. Et ma grand-mère aurait vite compris que la voie la plus sûre est celle qui passera par le moindre nombre de pays. Quant à la voie la plus rentable, seule une étude technico-économique comparative peut la déterminer et le Client n’a nul besoin d’un tiers, et encore moins d’un pays concurrent, pour prendre une décision. Le reste n’est que verbiage stérile et souvent contraire à l’intérêt du pays.




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    Vangelis
    29 juin 2017 - 18 h 51 min

    Des palabres et des conclusions tirées par les cheveux.

    Il a beau être ancien PDG de SH, il lui manque la prospective. Il n’a rien fait pour accélérer le projet Nigeria-Algérie qui est devenu un projet mort né. Faut quand même se poser des questions sur le fait que depuis 2002 que les discussions s’éternisent sans résultat et en même temps, la narco monarchie, quoi qu’en dise ce monsieur, tente et peut-être réussira-t-il à damer le pion à l’Algérie avec son projet dont les discussions ont été effectuées en un temps record.

    En effet, ce monsieur affirme que le projet en question :  » est un espoir à l’actif du développement de l’Afrique qu’il faut saluer …. » . Du pur masochisme.

    Comme tous les projets algériens, les pouvoirs publics, à force de bureaucratie, freine des évidences, laissant des opportunités leur passer sous le nez. On a l’exemple de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC qui n’a pas été faite en son temps, on a encore le métro d’Alger qui a été « étudié » pendant 30 ans, on a encore l’autoroute Est-Ouest qui a couté une fortune alors qu’elle aurait du être terminée depuis au moins une 20taine d’années avant. Etc….




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