Yémen : l’unité du front interne a prévalu à Sanaa

Salah Sanaa
Ali Abdallah Salah, l’ancien président yéménite, revient en force. D. R.

Par Houria Aït-Kaci – Le nouveau massacre de civils commis ce mercredi 23 août à Sanaa par l’aviation de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite contre le Yémen est venu rappeler la dure réalité que vit le peuple yéménite au moment où le Front interne a été secoué par des divergences apparues entre Ansar Allah (Houthis) et le parti du Congrès populaire général (CPG) de l’ancien président Ali Abdallah Salah. Il a dû donner à réfléchir à ceux qui cherchaient à briser l’unité des forces nationales qui luttent contre l’agression saoudienne à travers des appels à la division au cours du meeting du CPG tenu ce jeudi à Sanaa en présence de plus de deux millions de personnes, selon des sources proches de ce parti.

C’est un «ouf» de soulagement qu’ont poussé les Yéménites et leurs soutiens, après la tenue, sans incident, du grand rassemblement des partisans du Congrès pour le 35e anniversaire  de ce parti, en raison du climat très tendu et de l’inquiétude qui régnait sur la capitale yéménite où les deux forces étaient à couteaux tirés à la veille de cette rencontre, faisant craindre le pire. S’accusant les uns les autres, les deux parties étaient poussées à la confrontation ou à la rupture.

Mais le clash n’eut pas lieu, et le bon sens et la sagesse ont prévalu dans les deux camps qui ont estimé que la priorité du moment est de souder le front interne, quelles que soient les divergences sur la gestion des affaires ou sur la marche à suivre pour recouvrer la paix, après une guerre dévastatrice qui a fait près de 12 000 victimes sans compter les victimes de l’épidémie de choléra et de la famine, dans ce pays le plus pauvre de la Péninsule arabique.

Ali Abdallah Salah a réussi à faire la démonstration de force de son parti et marquer son grand retour de «zaim» et de l’«homme fort» sur la scène politique à Sanaa – après avoir démissionné de la Présidence en 2011 lors du «Printemps arabe» et la prise de la capitale par les forces d’Ansar Allah (Houtis), ses ennemies hier devenues son allié aujourd’hui face à l’agression «saoudo-américaine». Lors de son bref discours au meeting de ce jeudi, il a souligné la nécessité de «l’unité et de la résistance pour vaincre l’ennemi» et indiqué que son parti est prêt à renforcer le front par l’apport de milliers de combattants.

Mais Salah, qui semble vouloir peser davantage sur les négociations à venir en prévision de l’inéluctable fin de la guerre, a appelé à préserver et à renforcer le front interne. Il n’a finalement pas annoncé d’initiative unilatérale pour la paix, comme cela était attendu. Il avait été accusé de «trahison» par ses alliés houthis qui lui reprochaient de «négocier» sur leur dos, en «secret» avec les forces ennemies, de l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis. Des contacts avec ces derniers auraient eu lieu, selon des informations de la presse yéménite et internationale.

Dans le communiqué final du meeting de ce jeudi à la Place, le parti du CCG a réaffirmé son attachement à l’unité du front interne, à son alliance avec Ansar Allah et sa détermination à renforcer la lutte contre les forces de l’agression et pour défendre la souveraineté, l’indépendance, l’unité et les droits du peuple yéménite ainsi que les fondements républicains et démocratique du Yémen. Il appelle à la paix (non l’abdication) dans le cadre d’un dialogue interyéménite, des négociations avec l’Arabie Saoudite et des discussions sous l’égide de l’ONU. La levée du blocus, la levée des sanctions qui frappent certains citoyens yéménites (une trentaine des membres de la famille de Salah est concernée dont son fils, Ali Ahmed, qui était ambassadeur aux Emirats avant le déclenchement de la guerre), le cessez-le-feu et le départ de toutes les troupes, de toutes les forces étrangères du Yémen figurent parmi ces revendications.

Le raid de la coalition lancé la veille contre un hôtel populaire à Arhab, à Sanaa, où étaient logés des civils dont des déplacés de la guerre, qui a fait plus de 35 morts et des dizaines de blessés, a dû inciter à davantage de sagesse dans les camps des deux alliés pour taire leurs divergences et concentrer leurs tirs sur leur ennemi commun.

Le chef d’Ansar Allah, Abdelmalek Al-Houthi, qui a adressé les pires accusations contre Salah, a, de son côté, appelé les deux parties à «agir avec responsabilité, se méfier des plans des ennemis visant à semer la division entre les Yéménites et ne pas permettre aux agents d’inciter à la zizanie. Notre lutte est dirigée contre les forces de la coalition, qu’il ne faut pas lui permettre d’exécuter ses complots».

Abdelmalek Al-Houthi a estimé que «le Yémen était en ce moment dans une phase importante de son histoire» et que «les Yéménites avaient besoin de l’aide et de l’attention de toute la société et de tous les responsables du pays pour pouvoir sortir de la guerre acharnée lancée par l’ennemi saoudien et (que) le renforcement des positions et des capacités des Yéménites dans la lutte contre l’ennemi saoudien nécessitait un effort et une attention particuliers de la part de la communauté internationale».

L’appel à la préservation de l’unité du front intérieur est venu également du porte-parole des forces armées, le général de brigade, Sharaf Luqman, qui a déclaré à l’agence yéménite Saba : «La légitimité de la persévérance du peuple yéménite et la cohésion de son front interne représentent la première ligne de défense dans cette bataille cruciale, ce qui nous oblige à la protéger contre toute infiltration des rangs, qui est l’une des plus hautes hypothèses.»

L’appel à mettre fin à la guerre dévastatrice au Yémen est demandé par de nombreux acteurs internationaux, dont le dernier en date émane de la capitale russe où le chef de la diplomatie, Serguei Lavrov, a évoqué ce sujet avec son homologue égyptien, Choukri. «Moscou et Le Caire sont très intéressés par un arrêt urgent du bain de sang au Yémen, le début d’un processus politique substantiel et significatif et des mesures immédiates pour soulager la crise humanitaire qui ravage ce pays», a déclaré Lavrov dernièrement lors d’une conférence de presse.

H. A.-K.

Commentaires

    LE NUMIDE
    26 août 2017 - 10 h 01 min

    SOUTIEN ALGERIEN BERBERE : vive le Yemen libre .. Nous souhaitons que les algériens et surtout les nationalistes algériens berbères aident les yéménites dans leur revendication des sanctions internationales pour faire payer leurs bourreaux arabes pour leurs bombardements génocidaires inhumains et pour la famine et le Cholera qui participent a l’extermination de ce peuple ….Les nationalistes algériens berbères doivent agir auprès des instances internationales et des tribunaux de droit international …L’extermination des yéménites ne doit pas passer sans sanctions , malgré le silence lâche et la complicité de la majorité des arabes et des musulmans et malgré la complicité active et corrompue des états occidentaux sous tutelles Juive … Les nationalistes algériens berbères qui maitrisent la langue française et la langue arabe , pour alerter les opinions occidentales et les instances du droit international et en aidant les yéménites , feront un acte historique de Bien , d’une part ils remettent sur la table les pertes algériennes en 92 et d’autre part les yéménites se souviendront de cette position berbère toute leur vie et jamais plus tard l’Empire arabo-wahabiste ne pourra les tromper et les engager contre nous ..




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