Interview exclusive – Samia Ghali : «L’Algérie est un pays avec lequel la France doit compter»

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Samia Ghali. D. R.

Pour la présidente du groupe d’amitié algéro-française au Sénat français, «aujourd’hui, la meilleure façon de s’excuser est de pouvoir travailler d’égal à égal avec l’Algérie». Interview.

Algeriepatriotique : Vous faites partie de la délégation qui accompagne le président français, Emanuel Macron, aujourd’hui à Alger. Quels sont les objectifs de cette visite ?

Samia Ghali : C’est un plaisir pour moi d’être ici en Algérie, sur mes terres, parce que c’est aussi ma terre comme peut l’être la France. Je pense que c’est important qu’aujourd’hui les délégations, et notamment le Président de la République viennent à Alger. Les raisons de la visite, il y en aura, j’espère, plusieurs. La première est déjà de rappeler que l’Algérie est un pays important pour la France ; je dirais un acteur important pour l’économie française, et c’est un pays avec lequel la France doit compter.

Les dossiers en suspens, tels que la question de la mémoire, seront-ils abordés ? 

Je ne sais pas ce que va dire le Président de la République, donc, je ne peux dire à sa place ce qu’il dira. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il a dit un certain nombre de choses sur la question de la mémoire. Il est clair que l’histoire ne se réécrit pas. L’histoire est là pour les Algériens et pour les Français. C’est une histoire commune avec tout ce que cela comporte. Mais, en aucun cas, cette histoire ne peut être effacée. C’est une histoire avec laquelle il va falloir vivre et avancer aussi. Nous avons besoin d’avancer, et que ce soit les Français ou les Algériens, ils attendent que la France et l’Algérie se donnent, enfin, la main et que ces deux pays puissent avancer et travailler ensemble. Ils devraient le faire puisqu’ils ont un ADN commun, c’est-à-dire qu’ils sont tous les deux et français et algérien.

Vous avez réaffirmé lors de votre élection en tant que présidente du groupe d’amitié France-Algérie au Sénat que l’Algérie «doit être regardée comme une sœur»…

Complètement ! Je considère l’Algérie comme la sœur jumelle de la France. Ce sont deux sœurs jumelles qui ont l’amour pour l’Algérie et pour la France aussi. Les Algériens d’Algérie aiment la France et les Algériens de France aiment l’Algérie. Et cela est important et c’est pour cela que je considère ces deux nations comme deux sœurs qui ont tout en commun. D’abord l’histoire, même si elle est douloureuse par moments, mais une histoire commune malgré tout, parce qu’il y a eu de bons moments dans l’histoire d’Algérie et l’histoire de France. L’Algérie et la France sont deux pays qui se comprennent parce qu’ils ont passé des moments difficiles ensemble, ils se connaissent mieux que n’importe qui. Je considère que la France est un allié naturel pour l’Algérie, et vice-versa.

Cette «sœur» aura-t-elle enfin droit à des excuses pour les crimes commis lors de la colonisation ? 

Je crois que le Président de la République l’a déjà dit. Après, il ne peut pas passer son temps à s’excuser. Maintenant, il faut savoir qu’au-delà des excuses il faut avancer. Et aujourd’hui, la meilleure façon de s’excuser est de pouvoir travailler d’égal à égal avec l’Algérie. C’est cela la façon de s’excuser pour ce qui a pu se passer dans le passé. La meilleure façon de rattraper l’histoire est que les deux pays puissent travailler ensemble et construire ensemble l’avenir de la Méditerranée.

Des Algériens et des Français estiment que tous ces traités et groupes d’amitié qui existent entre l’Algérie et la France depuis des années n’avanceront pas sur le terrain tant qu’il n’y aura pas un règlement concret de la question de la mémoire. Quel est votre avis là-dessus ?

Je crois que c’est au Président de la République de décider de ce qu’il veut faire vis-à-vis de l’Algérie de ce côté-là. Ce sont des discussions qui doivent avoir lieu entre le gouvernement algérien et le gouvernement français. Après, il faut se dire les choses honnêtement. Quand je vois le nombre d’Algériens qui vivent en France et qui aiment la France, je n’ai pas le sentiment que la question de la mémoire les bloque beaucoup.

S’il faut parler effectivement de l’histoire – et je suis bien placée pour en parler puisque je fais partie de cette génération dont les grands-parents ont émigré d’Algérie vers la France qui ont connu l’Algérie et combattu pour l’Algérie – je n’ai pas de souci avec cela. Mais, pour autant, est-ce qu’on doit toujours regarder dans son rétroviseur ? Et le problème, c’est qu’on avance en regardant dans le rétroviseur ; on ne voit pas ce qu’il se passe devant et, surtout, nous ratons beaucoup de choses. Je n’ai pas non plus envie que l’Algérie rate ces choses, car il y a aussi cet aspect de fierté en Algérie. Je respecte ce nif (orgueil, ndlr) qui est une force pour les Algériens ; seulement, il ne faut pas que cela nous fasse faire des bêtises, nous fasse oublier l’essentiel : l’économie algérienne et son développement qu’il faut aider, accompagner et avec laquelle il faut travailler.

Je crois que la France a besoin de cela. J’entends beaucoup de Français dire aujourd’hui qu’ils n’ont qu’une seule envie, celle de pouvoir travailler avec l’Algérie parce que c’est notre allié naturel.

Quelles sont ces choses que nous ratons ?

Pleins. Et je pense que c’est la France qui rate aussi. Quand je dis «rater», c’est dans les deux sens. Cela veut dire tout simplement qu’aujourd’hui les entreprises françaises pourraient travailler dix à cent fois plus en Algérie et inversement, c’est-à-dire que les entreprises algériennes peuvent se développer en France également. Gagnant-gagnant, comme on dit !

Il y des talents et du savoir-faire des deux côtés, et il faut en bénéficier. Je voudrais ajouter ceci : nous avons une communauté algérienne très forte en France, et moi qui suis marseillaise, je puis vous dire que la première communauté à Marseille est celle des Algériens. Cette communauté algérienne attend des choses de l’Algérie. Elle attend ces passerelles économiques. La passerelle d’amour existe, la passerelle familiale existe et la patriotique aussi existe. Il ne reste que la passerelle économique pour cimenter tout cela.

Le président Emmanuel Macron envisage de marquer de son empreinte les relations algéro-françaises. Comment compte-t-il s’y prendre ?

Je ne peux parler pour lui. Je ne suis pas le porte-parole de Macron.

L’Algérie continue d’être considérée comme un marché d’écoulement des produits français. Y-a-t-il une volonté d’inverser la tendance en favorisant les investissements français en Algérie ?

Cela dépend de l’Algérie. L’Algérie est maîtresse chez elle. C’est à elle de décider quelle ligne économique et politique elle voudrait donner à son pays. Je ne peux parler à la place du gouvernement algérien. Je suis pour un partenariat gagnant-gagnant. Si une société française arrive à travailler en Algérie et bien pourquoi pas l’inverse ? C’est cela qui est important.

Pensez-vous que le blocage vient du gouvernement algérien ?

Je ne sais pas d’où vient le blocage. Je ne vais pas entrer dans un sujet que je ne maîtrise pas, de ce fait, je me garderai bien de parler de ce que je ne connais pas. Je le découvrirai et je vous assure que je revendrai faire une interview avec vous et, à ce moment-là, si j’en saurai plus, je vous en dirais plus.

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi

Comment (9)

    Ali
    7 décembre 2017 - 13 h 29 min

    toi seule a un ADN commun et tu ne représente rien je ne sais pas pourquoi tu viens ici parler au nom des algériens alors tu n’a aucune relation avec ce pays. ni tu y vis ni tu connais les préoccupations de ces citoyens.




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    algerien_patriote
    7 décembre 2017 - 10 h 11 min

    ADN commun dites vous…??
    les algériens ne sont pas des gaulois, les français ne sont des nord africains (…)




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    Moh
    7 décembre 2017 - 2 h 42 min

    Cette maghrébine comme elle se définit ne rate pas une occasion pour défendre l’UMA et connait mieux le Maroc que l’Algérie.
    Elle a refusé d’inviter une délégation de femmes sahraouies le 8 mars dernier.




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    RAYES EL BAHRIYA
    7 décembre 2017 - 1 h 30 min

    ENCORE UN DISCOURS DE PATERNALISME ET UNE INSULTE , À NOTRE IDENTITÉ , À NOTRE INTÉLLIGENCE ET

    À NOTRE LIBERTÉ .

    ON NE COMPTE QUE SUR NOUS MÊME !

    NOS CHOUHADAS N’ONT PAS COMPTÉ NI SUR DE GAULE , NI SUR L’ARMÉE COLONIALE POUR , SE LIBERER DE

    LA PLUS PIRE ARMÉE COLONIALE DU 20 IEME SIECLE APRÉS 132 ANNÉES DE COLONISATION.

    ..




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    nonews
    6 décembre 2017 - 23 h 51 min

    L’Algerie doit compter sur elle-meme et doit cesser de se coller aux f… de cette ex-colonie. A rien a grater et tout a perdre.




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    LE NUMIDE
    6 décembre 2017 - 22 h 17 min

    cette sénatrice française d’origine algérienne , Samia Ghalli c’est une dégourdie , elle a de la classe et peut faire beaucoup pour la cause algerienne en Europe .. les « députés algeriens » de la Choukara et du FLeN et Felten , feraient mieux de travailler avec elle au lieu de harceler comme des Rustres les journalistes chinoises dans les rencontres parlementaires internationales . ( QUELLE HONTE !!! Sont-ils encore Banou Adam ces deputés ? C’est quoi une journaliste chinoise pour ces misérables Douabta ; c’est une Mule ?? ) ……Un Abane Ramdane ou un Khemisti auraient fait des merveilles politiques avec cette sénatrice d’origine algérienne pour faire avancer la cause algérienne .. Mais les députés FLeN wahabisés et bouchés jusqu à la moelle comme leur Temps ; arriérés et corrompus ; ils préfèrent harceler les journalistes chinoises .. Le dernier des bergers ou des balayeurs algériens FLN de 54 est plus évolué et plus politisé que tous ces « députés » en costume luisant ou en foulard afghan de 2017 , qui puent l’ignorance , la bigoterie , la corruption et la roublardise …




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      anti-khafafich
      7 décembre 2017 - 8 h 35 min

      ah mon ami si tu n’avais pas mis le mot Khemisti devant celui de Abane tu aurais droit a des likes mais….un like de ma part




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    Anonyme
    6 décembre 2017 - 20 h 55 min

    Je pense que Mme Ghali est sincere dans ses convictions,quand elle dit que l Algerie et la France doivent
    s impliquer gagnant/gagnant,elle doit s activer a renforcer un lobby proalgerien a Paris




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    MERCI MADAME D'ETRE LUCIDE
    6 décembre 2017 - 20 h 18 min

    on veut avancer , il y’a eu des querelles et engendré ce qui a été engendré , et vous le dites bien :  » il ne peut pas passer son temps à s’excuser. Maintenant, il faut savoir qu’au-delà des excuses il faut avancer.!!  »
    ceci étant dit , nous avons besoin de la levée de ce monstre qu’on appelle visa , il n’ya pas un algerien qui n’a pas un oncle , une tante , des cousins , des amis …etc qui sont désormais Français : CE QU’ON VEUT , C’EST LA LIBRE CIRCULATION ENTRE LES DEUX PAYS . / et merci




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