Elections politiques du 4 mars : les Italiens retiennent leur souffle

Silvio Berlusconi élections

De Rome, Mourad R. – Selon nombre d’observateurs, la victoire in extremis de Matteo Renzi lors des législatives de février 2013 marquait déjà, en fait, un tournant important dans la situation politique en Italie et surtout dans la longue crise que traverse depuis des années la Gauche italienne. Obtenue sur le fil du rasoir, elle a prouvé encore une fois que cette dernière tardait à convaincre la classe moyenne et l’électorat centriste, et se découvrait encore fragile par rapport à la Droite.

Le chant du cygne

Une constante depuis ces élections : la coalition de centre-gauche emmenée par l’ancien maire de Florence ne cesse de tomber dans les sondages au niveau national et s’est établie de manière stable en-dessous de la barrière des 30%, se situant pour le moment à 26% (sondage la Repubblica).

C’est que Renzi peine à concilier les deux âmes de sa coalition, la réformatrice et la radicale, et semble de plus en plus englué dans les dissensions quotidiennes de ses alliés, qui persistent à renvoyer aux électeurs une image de cacophonie des plus contreproductives.

Un assemblage fragilisé par des réformes difficiles qu’il a voulu contre vents et marées et par la crise des migrants, qui lui valent aujourd’hui des records d’impopularité.

A cela s’ajoute les conséquences de son tournant néolibéral, qu’il opéra au début de la législature, pour mieux, je cite, «être à l’écoute de la bourgeoisie centriste, laquelle revendique une flexibilité sociale, l’abaissement des salaires, et des conditions de travail plus souples à même de contrer la concurrence internationale» ; une option qui a fini par fâcher l’aile intransigeante de sa coalition et de mettre à sérieux risque la stabilité et par-delà la cohésion de son gouvernement.

De fait, après les récents revers électoraux, les leaders du Centre-Gauche ne voulaient ni continuer comme si de rien n’était ni se résigner à une lente agonie qui aurait fait le jeu de la Droite…

Bien au contraire, ils ont voulu couper court à de nouvelles vagues de protestation sociale, à la critique au sein de leurs propres partis et mettre à profit la popularité de Paolo Gentiloni et son image de «Monsieur Propre» pour tenter de remonter dans les sondages et de sauver ce qui peut encore l’être et parer ainsi à l’éventualité d’un retour quasi certain aux affaires de Silvio Berlusconi.

Une logique qui pourrait paraître simpliste, au vu des divisions et des tiraillements actuels, mais qui demeure à ce jour l’unique voie que le Centre-Gauche peut parcourir pour tenter d’arrêter l’hémorragie politique qui le secoue depuis quelques mois et d’envisager une relance, qui faut-il le souligner, apparaît aujourd’hui des plus improbables.

Matteo Renzi n’a en tout cas plus rien à perdre et jouera son va-tout jusqu’au bout.

Silvio Berlusconi : profiter des erreurs de l’adversaire

Les conseillers de Silvio Berlusconi avaient prédit à leur chef, au lendemain de la courte défaite de février 2013, que le gouvernement de Matteo Renzi tomberait sur une loi de finances ou sur une réforme constitutionnelle. Une prévision qui, force est de le constater, s’est par la suite concrétisée, au grand dam du jeune leader florentin.

Et une chose est sûre, l’ancien chef du gouvernement entame depuis quelques mois son retour sur la scène politique italienne de la manière la plus tonitruante.

L’occasion, disons-le au passage, lui en a été fournie par la gestion maladroite des affaires, de la part de ses adversaires, faite d’augmentation des impôts et sans diminution des dépenses publiques.

Aussi, Silvio Berlusconi est intentionné aujourd’hui à capitaliser le mécontentement croissant de l’opinion publique et avertit ses adversaires que les choses vont changer dès le soir du 4 mars prochain. Et dire qu’il y a seulement quelques mois, l’ancien Premier ministre italien était prêt à jeter définitivement l’éponge !

Or, force est de constater que malgré ses déboires électoraux de 2013 et ses démêlés avec la justice, malgré son état de santé chancelant, il a bel et bien retourné la situation à sa faveur et se pose plus que jamais en chef incontournable de la droite et mentor du prochain Premier ministre, qu’il désignera lui-même.

Du reste, au-delà des considérations de politique politicienne, l’avance de la Droite est aujourd’hui trop nette et trop complète pour qu’elle ne prenne pas un sens qui dépasse le cadre des analyses actuelles. Berlusconi, aux yeux de l’électeur moyen, c’est la méthode de secours pour «mettre de l’ordre dans la maison»…

Moins d’immigration clandestine, plus de sécurité, baisse des impôts, et en politique étrangère, retour à l’axe préférentiel avec Washington. Une recette simple qui séduit l’autre Italie, celle qui ne manifeste jamais et qui préfère attendre et voir ; une Italie qui votera massivement à Droite et qui criera en l’occasion à la figure de l’actuelle classe politique de gauche son ras le bol, la jugeant trop figée idéologiquement pour mener à bien les réformes structurelles que le pays doit entreprendre pour se maintenir parmi les économies les plus performantes du monde.

Une aubaine pour Silvio Berlusconi (qui a fêté en septembre dernier ses 81 ans) et un second souffle pour une droite qui semblait pratiquement au tapis après la déconvenue de 2013. Les malheurs des uns ont (encore une fois) fait le bonheur des autres.

Luigi Di Maio

Troisième larron et épouvantail du microcosme politique romain, le Mouvement des 5 étoiles, fondé par le comique Beppe Grillo et emmené pour ces élections  par le tout jeune Luigi Di Maio, se veut le porte-étendard d’une campagne d’austérité et de restructuration radicale de la vie politique italienne.

Une approche irréductible et sans compromis qui a permis à ce mouvement de gouverner des villes aussi importantes que Rome, Turin et Parme, pour ne citer que les plus en vue…

Et tirant profit d’une défiance généralisée à l’égard des élites, Di Maio est, parmi les candidats au poste de Premier ministre, celui qui se présente comme monsieur tout le monde, un homme issu du peuple, loin des salons romains et de cette classe politique qui font la pluie et le beau temps depuis des décennies.

De fait, accrédité par les instituts de sondage de presque 30%, il sera à coup sûr, au soir du 4 mars, un élément incontournable de la scène politique en Italie, et quiconque voudra gouverner la Péninsule, le trouvera sur son chemin…

M. R.

Comment (2)

    Anonyme
    23 février 2018 - 0 h 18 min

    Rien ne changera, ca sera le status quo. d’ailleurs meme les marchés ne s’emballent pas, ils ont des garanties! Ce qui est presque sur par contre, c’est que le prochain gouvernement tombera tot ou tard et la ca va chauffer. Ils sont entrain d’agiter le spectre fasciste avec les groupes forza nuova e casapound en faisant monter la tension avec les antifascistes. Ca va chauffer.




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    TARZAN
    22 février 2018 - 11 h 53 min

    détruit par sarkozy, berlusconi va t-il se venger de sarkozy? en tout cas les italiens en veulent à sarkozy d’avoir humilié berlusconi devant le monde entier. et rêvent tous d’une vengeance secrètement




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